8-Là où tout commence vraiment

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Une semaine s'était écoulée depuis cette rencontre étrange dans le café, et malgré l'attente, il n'y avait eu aucune nouvelle, aucun signe du vieillard, aucune trace de Sarah, aucun mouvement identifiable d'Isac. Ce silence prolongé laissait Dylan dans un état d'alerte constant, au point qu'il avait fini par réduire considérablement son temps passé derrière un bureau pour reprendre un rythme plus opérationnel, préférant être sur le terrain dès qu'une mission se présentait, même lorsque celles-ci ne relevaient pas directement de ses affaires personnelles.

Durant cette semaine, il avait participé à plusieurs interventions rapides, supervisé des opérations de sécurisation de convois sensibles et accompagné des équipes sur des terrains qu'il connaissait trop bien, car c'était dans l'action qu'il parvenait le mieux à canaliser cette frustration. Même si ses collaborateurs étaient surpris de le voir aussi présent physiquement sur les missions, personne n'osa le questionner, tant il était évident qu'il cherchait à garder le contrôle par le mouvement.

L'une de ces missions les mena en Italie, dans une zone portuaire où un trafic d'armes de moyenne envergure devait avoir lieu, et ce qui avait d'abord été présenté comme une opération classique contre un réseau local se révéla rapidement plus intéressant lorsque les hommes qu'ils interceptèrent furent identifiés comme appartenant à un groupe travaillant pour Isac. Cela confirmait que, malgré son silence apparent, celui-ci continuait à faire circuler du matériel et à préparer quelque chose dans l'ombre.

Après avoir maîtrisé les trafiquants et sécurisé les caisses, les équipes procédèrent à l'ouverture du chargement, découvrant à l'intérieur plusieurs bocaux en verre soigneusement calés dans de la mousse de protection, contenant une substance sombre et visqueuse dont la nature restait inconnue. Malgré des heures d'analyse sur place et de premiers tests de terrain, personne ne parvint à déterminer de quoi il s'agissait réellement, ce qui ne fit qu'ajouter une couche de mystère supplémentaire aux activités d'Isac.

De retour au siège, Dylan s'était installé dans son fauteuil, le regard fixé sur l'écran de son téléphone, relisant pour la énième fois les rares informations qu'ils avaient pu tirer de l'opération en Italie, lorsqu'il sursauta légèrement en entendant Matheo traverser le couloir presque en courant, la voix suffisamment forte pour être entendue avant même qu'il n'entre dans le bureau.

— J'ai quelque chose, annonça Matheo en entrant sans attendre qu'on l'y invite, un message déchiffré dans les fiches trouvées dans le logement de Bryan.

— Comment ça ? demanda Dylan en relevant enfin les yeux.

— Par maladresse, de l'eau a été renversée sur l'une des feuilles, et un mot est apparu.

Dylan arqua un sourcil.

— Vous avez mouillé tous les dossiers, je suppose...

— Un peu, admit Matheo avec un air presque fier de lui.

Dylan soupira, puis, contre toute attente, le félicita malgré tout d'un geste de la main.

— Et donc ?

— Ça confirme l'histoire de l'arbre, de ton peuple et du vieillard, répondit Matheo, mais il y a aussi un nom, et peut-être même une piste sur l'endroit où il se trouve.

— Parle avec plus de respect, répondit Dylan machinalement, puis il marqua une pause en voyant Matheo fixer son téléphone, l'air soudain figé.

— Quoi ?

— Le vieillard vient de m'envoyer un message.

Dylan se redressa légèrement.

— Et il dit quoi ?

— Il m'a donné la ville... et l'établissement où elle étudie.

Un silence s'installa.

— Tu veux que je prépare une escouade ? demanda Matheo après quelques secondes.

— Non, répondit Dylan en se levant lentement de son siège, j'ai soudainement une envie de reprendre mes études.

— Tu n'es pas sérieux, Dylan ?

— Tu penses quoi d'Adrien comme prénom ?

— C'est pas mal... Non mais sérieusement, tu vas vraiment reprendre des études ?

— Je préfère pouvoir l'approcher sans lui faire peur, si elle est vraiment dans ce centre de formation.

— C'est vrai que si elle s'en rend compte, elle risque de disparaître de nouveau...

Dylan hocha la tête, déjà irrité par cette simple possibilité, car il était hors de question qu'elle lui échappe encore une fois alors qu'il se trouvait aussi proche du but. Il demanda à Matheo de lui préparer un CV impeccable et une nouvelle identité.

À l'époque, il s'était inscrit pour passer son diplôme après une formation complète comprenant psychologie sociale, droit des familles, médiation et accompagnement des publics vulnérables. Un cursus qu'il avait réellement entamé plus jeune avant d'abandonner pour reprendre l'entreprise familiale, et le simple fait de ressortir ces documents réveillait en lui des souvenirs qu'il aurait préféré laisser enfouis.

À l'époque, il avait envisagé une autre voie, plus discrète, plus humaine, loin des sphères d'influence et des jeux de pouvoir, et il se souvenait parfaitement de sa mère, assise dans le salon, lui parlant d'une voix douce mais ferme, lui disant qu'elle aimerait un jour le voir mener une vie normale, avoir une famille, des enfants, un métier qui ne l'exposerait pas constamment au danger. Ces paroles résonnaient encore dans sa tête tandis qu'il fixait le dossier posé devant lui.

Il sentit ses yeux se troubler un instant, retint la larme qui menaçait de couler le long de sa joue et se redressa, car il ne devait pas flancher. Il devait continuer, prouver à ses parents, où qu'ils soient, que leur sacrifice n'avait pas été vain, même s'il ignorait qu'il avait déjà largement dépassé ce qu'ils auraient pu attendre de lui, grimpant toujours plus haut dans l'échelle des puissants de ce monde pour ne jamais rester immobile face à leur absence, car pour lui, tourner la page n'avait jamais été une option.

Une semaine plus tard, tout était en place.

Dans la voiture, en route vers l'entretien avec le directeur du centre, Matheo feuilletait le journal posé sur ses genoux, affichant en une : "Dylan Lacoste prend des vacances", un article détaillant pour la première fois depuis qu'il avait hérité de l'entreprise de son père une pause officielle dans ses activités, les journalistes spéculant sur un épuisement professionnel, un projet secret ou même un changement stratégique au sein de Lincole.

— Monsieur, comment comptez-vous cacher votre identité ? demanda le chauffeur en gardant les yeux sur la route, même si nous avons trouvé des excuses, vous risquez de vous faire remarquer par... votre physique.

— Ne t'inquiète pas pour ça, répondit Dylan calmement.

Il leva la main, et une lueur bleue apparut au-dessus de sa paume avant de se diffuser brusquement autour de lui, traversant la voiture, puis s'étendant comme une onde silencieuse au-delà, modifiant subtilement les souvenirs liés à son image publique.

— Tu recommences..., souffla Matheo.

Dylan avait volontairement épargné Matheo et son chauffeur Eric.

— Il faut bien cacher mon identité, et malheureusement, je n'ai pas la capacité de changer d'apparence.

— C'est vrai que ce serait plus simple pour éviter ta Stella, ajouta Matheo en tapotant l'épaule d'Eric, qui étouffa un rire.

— Bande de cons..., lâcha Dylan en sortant de la voiture.

Sa capacité à modifier ou effacer certains souvenirs fonctionnait parfaitement, comme en témoignait la réaction du directeur qui feuilletait désormais un parcours académique s'étant arrêté très tôt, sans aucun lien avec l'homme d'affaires connu.

— Adrien, c'est bien ça ? demanda le directeur en relevant les yeux.

Dylan, debout près de la grande bibliothèque qui occupait tout un mur, observa les ouvrages soigneusement alignés avant de répondre.

— Oui, y a-t-il un problème ?

— Il veut dire oui, c'est bien lui, intervint Matheo en insistant pour que Dylan s'asseye sur le canapé au centre de la pièce.

— Et quel lien aviez-vous avec Dylan Lacoste de Lincole ? poursuivit le directeur.

Dylan, agacé par le ton légèrement condescendant de l'homme, s'apprêtait à répondre sèchement lorsque Matheo lui murmura de se retenir.

— Un cousin éloigné, répondit finalement Dylan.

— Je vois...

Matheo reprit la parole :

— L'entreprise se charge du paiement de ses frais de scolarité, dit-il en tendant la lettre de recommandation signée par Dylan lui-même.

— Mais pourquoi notre établissement ?

Matheo jeta un regard discret à Dylan.

— Ma tante a étudié ici.

Le directeur sembla surpris.

— Comment le savez-vous ?

— J'étais très proche d'elle, elle me l'avait conseillé.

— Isabelle..., répéta le directeur, et son regard s'adoucit légèrement. C'était une élève incroyable.

Il se leva.

— Nous ne pourrons vous prendre que l'année prochaine, par contre.

Dylan regarda Matheo, qui ne savait visiblement pas quoi répondre sur le moment.

— D'accord, vous nous libérez une place, c'est déjà bien.

Le directeur serra la main de Dylan et ils échangèrent quelques salutations polies.

— Bienvenue au centre Saint-Laurent, Adrien Shelder.

L'attente longue, mais pas impossible... au moins il aurait plus d'un an de « vacances », se dit-il.

Il finit par le saluer une dernière fois avant de sortir de son bureau.

— Bon, ça, c'est fait, dit Matheo en sortant.

Dylan semblait ailleurs, jusqu'à ce qu'il aperçoive Stella au loin.

— Elle fout quoi ici ?

— Euh... je ne sais pas..., répondit Matheo, tout aussi surpris.

— Dylaiin ! lança-t-elle en s'accrochant à lui.

Malheureusement, ses capacités n'avaient aucun effet sur les Ilyas, son propre peuple.

— Tu fous quoi ici ? demanda-t-il froidement.

— J'ai intégré l'école il y a deux ans, je te l'avais déjà dit.

Il avait complètement oublié cette information.

— Mais toi, tu fais quoi ici ?

— Je finalise des études que je n'ai jamais terminées. C'était une volonté de ma mère.

— Oh... et je suppose que tu as effacé ton identité de ces humains misérables, dit-elle avec son mépris habituel.

— Oui.

Il fit quelques pas, puis la retint par le bras.

— Si tu révèles mon identité, je ne manquerai pas de te le faire regretter.

Elle sentit la menace vibrer dans sa voix.

— Ok... ce n'est pas la peine d'agir comme ça.

Il appréciait chez elle ce mélange de défi et de peur, même s'il détestait son insistance et son besoin constant d'obtenir plus de lui qu'il ne voulait donner.

— Désolé, dit-il en l'embrassant brièvement avant de monter dans la voiture.

— Oh putain, j'ai la nausée à chaque fois..., marmonna Matheo.

— Démarre, ordonna Dylan.

— Bon, voilà, tu es définitivement inscrit à Saint-Laurent, dit Matheo.

Dylan regarda le bâtiment s'éloigner derrière les vitres teintées.

Un sentiment nouveau s'installa en lui.

Une forme de joie qu'il n'avait pas ressentie depuis longtemps..

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