20 - Sous les miroirs brisés
Le son de la musique résonnait dans toute la salle, se mélangeant aux voix et aux rires des invités. L’ambiance était animée, presque étouffante, chacun semblait profiter du moment en discutant autour d’un verre, sans vraiment prêter attention à ce qui se passait autour.
— Alors vous êtes cette superbe peintre qui fait parler d’elle depuis une bonne heure ?
— Euh…
— Moh, pas la peine de faire la modeste.
La jeune femme qui accompagnait le vieil homme agaçant ce matin avait pris place sur l’une des chaises devant le stand.
— Mais… vous avez vendu toutes vos peintures ?
Je regardai son stand qui, plus loin, était complètement vide.
— Pas de mensonge entre nous ? dit-elle.
J’acquiesçai de la tête.
— Ce ne sont pas mes œuvres, on m’a demandé de venir pour faire bonne figure, me dit-elle en me lançant un clin d’œil.
Je savais qu’elle n’était pas ce qu’elle paraissait être, mais c’était plus fort que moi… je finis par lui poser la question qui tournait dans ma tête depuis ce matin.
—Dites-moi… cela fait longtemps qu’Adrien était censé vous accompagner ?
— Ouh, il y aurait-il une jeune demoiselle qui s’intéresserait à lui ?
Je sentis immédiatement mes joues rougir, je détournai légèrement le regard, essayant de reprendre contenance.
— Non, absolument pas !!
Elle laissa échapper un petit rire, visiblement amusée par ma réaction.
— S’il m’a accompagnée, c’est seulement parce que je n’avais pas le choix, cela s’est fait à la dernière minute.
— Je vois… je m’en vois soulagée, je l’admets.
Elle se redressa doucement, prenant le temps de lisser sa tenue avant de se diriger vers le grand tableau resté exposé. Ses pas ralentirent en s’en approchant.
Depuis le début de la soirée, des dizaines de personnes étaient passées devant, certaines s’arrêtant longuement, d’autres proposant des sommes absurdes dans l’espoir de repartir avec. Pourtant, il était toujours là.
— Pourquoi n’est-elle toujours pas vendue alors qu’il te reste pratiquement plus aucune peinture ? me dit-elle en faisant lentement le tour du stand, observant chaque détail avec attention.
Je pris quelques secondes avant de répondre, déposant ma veste sur une chaise derrière moi.
— Je ne veux pas la laisser à n’importe qui… soufflai-je légèrement.
Ma voix était plus basse cette fois, presque hésitante, cette toile comptait plus que je ne le montrer.
— Je suis certaine que tu trouveras la bonne personne !
Elle se tourna vers moi avec un sourire sincère, un de ceux qui semblaient simples en apparence, mais qui portaient quelque chose de plus profond.
Elle semblait sincère dans chacun de ses mots, mais quelque chose en elle me disait qu’elle n’était pas si heureuse que ce que montrait son beau visage.
Je regardai longuement mon tableau, posé sur son pupitre, comme si j’essayais d’y lire une réponse. Puis je m’avançai, l’attrapai avec précaution et me dirigeai vers elle, le cœur un peu plus lourd sans vraiment savoir pourquoi.
— Je pense l’avoir trouvée.
— Moi ? Pourquoi ? s’écria-t-elle, étonnée par le geste.
— Je pense que tu te retrouveras là-dedans.
Son regard changea.
Elle posa de nouveau ses yeux sur la jeune femme représentée, un grand sourire figé sur le visage… alors que des larmes coulaient jusqu’au beau visage de ce nouveau-né dans ses bras.
— Je te l’offre… prends-en bien soin, c’est ma plus belle œuvre.
— Non, je vais te payer !
— Je refuse.
— Sarah !
Elle hésita un instant, puis finit par le prendre.
— Mais comment connais-tu mon prénom ? Il ne me semble pas te l’avoir dit, ni même lors de notre discussion plus tôt.
— Adrien m’a parlé de toi.
— Hein, pourquoi ?
— Ah bah, il était censé t’accompagner, ma belle.
— C’est vrai.
Elle ricana légèrement avant de se redresser, mais son expression changea immédiatement. Son regard devint froid, dirigé vers une direction bien précise.
— Oh bah… vous avez donc fini par le vendre.
— Oui… j’ai encore une toile si vous voulez… Isac, c’est bien ça ?
Il ne répondit pas. Son regard se perdit vers Alexandra, qui le fusillait d’un regard froid, tendue.
— Oh Mademoiselle Lacoste, quel plaisir de vous voir ici !
— Je ne vous crois pas…
— Bon… je…
Il me coupa directement.
— Je suis prêt à payer le triple de ce qu’elle vous a payé.
— Hein…
Alexandra répliqua immédiatement.
— Elle ne me l’a pas vendue, donc ce n’est pas à vendre.
Il me lança un regard questionneur, comme s’il cherchait à comprendre ce qui lui échappait.
— Eh bien, en plus d’être magnifique, vous avez grand cœur… me lança-t-il en s’approchant pour attraper ma main.
— Lâche-la !!
Alexandra apparut d’un coup devant moi, tenant fermement sa main qu’elle avait arrêtée.
J’avoue que le voir s’approcher, sûrement dans le but d’embrasser ma main, ne me plaisait pas du tout. Je ne pouvais que la remercier intérieurement. Mais comment était-elle arrivée aussi vite, et pourquoi cette inquiétude dans son regard ?
— C’est bien dommage, dit-il en se redressant, droit et fier, comme le montrait son apparence.
Un homme assez grand, des cheveux assez longs attachés tombant dans le dos, des yeux verts, un regard à la fois doux et froid, habillé élégamment. Lui aussi dégageait quelque chose de différent de tous ces riches… et pourtant, il semblait bien plus dangereux qu’excentrique.
Une fois qu’il s’en fut allé, Alexandra reprit, cette fois avec une sincérité bien plus marquée :
— Ne t’approche jamais de cet homme…
Elle se tourna vers moi, le regard plongé dans le mien, visiblement inquiète.
J’acquiesçai de la tête sans rien ajouter.
Mon corps frissonna de haut en bas, une sensation que je connaissais trop bien, un avertissement que je ne pouvais pas ignorer.
— Je vais y aller.
— Tu vas où ?
Le directeur était revenu. Il était occupé à discuter avec d’autres personnes, cherchant, je suppose, à élargir son réseau.
— Je ne me sens pas bien… il faut que je rentre.
— Je t’accompagne, répliqua Alexandra.
Mais je refusai aussitôt, ayant peur de pouvoir la mettre en danger.
J’attrapai mon sac. J’avais pris une seringue que ma tante m’avait conseillé d’emporter en cas de problème. Mais j’avais beau fouiller… elle avait disparu.
La panique ne faisait qu’augmenter, alimentant cette sensation qui grandissait en moi sans que je puisse la contrôler.
— Sarah… inspire… expire.
Alexandra m’attrapa contre elle. Elle me lança un grand sourire, et je sentis mon cœur ralentir progressivement. Cette sensation de danger diminuait, comme absorbée par sa présence.
Je restai quelques secondes la.. perdue.
Mes yeux se posèrent autour de moi. Les gens riaient, savouraient leurs apéritifs, plongés dans la musique et l’ambiance de la salle qui brillait spécialement pour l’occasion.
Tout semblait normal.
Oui… je devais me calmer.
Je ne dois pas perdre le contrôle, il ne faut pas.
— ATTENTION !
Mes yeux se posèrent alors sur le directeur qui, l’instant d’après, nous poussa aussi loin qu’il pouvait. Un BOOM retentit dans la salle.
L’immense miroir venait de tomber sur notre stand.
Je me redressai immédiatement. Les peintures ainsi que tout le reste qui se trouvait en face avaient été détruits.
Mais mon regard se posa aussitôt sur le directeur, sa jambe coincée sous le miroir.
Il hurla de douleur et, prise de panique, je courus vers lui tandis qu’une foule commençait à se créer autour de nous.
— Je vais t’aider à le sortir de là !
— Il faut appeler le SAMU et les pompiers ! dis-je à voix haute.
Un des hommes dans la foule s’avança.
— Je m’en occupe.
L’instant d’après, il se retrouvait au téléphone.
— Comment est-il tombé… ?
— Je n’en sais rien… il semblait pourtant en parfait état, répondit le serveur qui nous aida à dégager les quelques bouts de verre qui se trouvaient au sol.
— Bon, à trois on pousse !
Trois hommes se mirent alors à soulever légèrement le miroir pendant que nous tirions le directeur avec précaution.
Je passai légèrement ma main près des blessures à l’avant de son corps, qui touchaient les points vitaux, avant qu’il ne soit complètement sorti, afin d’atténuer sa douleur et de le soigner sans aller au bout, pour que cela ne paraisse pas trop étrange.
— Vous vous sentez bien ? répliquai-je avec hésitation.
— Je n’ai pas vraiment mal, à vrai dire…
Un homme s’avança.
— Je suis médecin, laissez-moi voir l’état de sa jambe.
Elle semblait bien abîmée.
— Vous aurez sûrement besoin de soins rapides pour votre jambe…
Son regard se posa ensuite sur le haut de son corps.
— Mais c’est incroyable que vous n’ayez rien de plus grave…
— J’ai donc de la chance…
Le directeur esquissa un sourire malgré la douleur.
Alexandra… je sentais son regard posé sur moi, avait-elle remarqué quelque chose ?
Je m’éloignai légèrement, cherchant du regard s’il restait encore quelque chose de mes toiles.
Je regardai alors mes mains tachées de sang, une boule au ventre. Je finis par monter à l’étage où se trouvaient les toilettes. Je pris quelques secondes pour me les laver, frottant jusqu’à ce que la moindre trace disparaisse, tentant aussi de calmer le tremblement qui ne me quittait pas. Une fois terminé, je relevai la tête vers le miroir, encore essoufflée.
— Eh bien… ça a dû vous chambouler, tout ça ?
Je me retournai et vis de nouveau cet homme. Isac..
— Décidément, vous êtes partout… lui répondis-je en voulant redescendre.
— Mais pourquoi ne pas l’avoir soigné complètement… ?
Je m’arrêtai net.
— De quoi vous parlez ?
— Vos capacités sont remarquables, Madame Ténor.
— Qui êtes-vous… ?
Il s’avança alors, une main dans sa poche, et je pouvais clairement distinguer ce qui s’y trouvait.
La seringue.
Celle que ma tante m’avait donnée. Mon calmant.
— Si tu refuses de me suivre, je devrai employer la manière forte… et je n’en ai pas envie.
Sans vraiment comprendre comment, je finis par me retrouver isolée dans un coin de ce long couloir.
La panique monta immédiatement.
— Je ne sais pas de quoi vous parlez… laissez-moi partir.
— Ce n’est pas ce que ton attitude laisse paraître.
— Laissez-moi partir.
Il continua de s’avancer, lentement, sans hésitation, alors que je reculais jusqu’à me retrouver le dos contre le mur.
— Allez, Sarah… contente-toi d’être obéissante, tu veux bien ?
— Non…
Une flamme apparut au-dessus de ma main. Je la fis tourner le long de mon bras avant de le tendre devant moi, prête à me défendre.
— Incroyable…
L’instant d’après, une boule de feu prit forme et s’élança vers lui.
— Il en faudra plus pour t’enfuir d’ici…
La boule de feu s’arrêta devant lui… avant de s’évaporer dans l’air.
— Comment…
Je remontai lentement ma main, le regard perdu dessus, incapable de comprendre, puis je relevai les yeux vers Isac, qui affichait désormais un air satisfait.
— Je n’étais sûr de rien… pas sûr de pouvoir contrer tes attaques, mais il s’avère…
Il s’approcha davantage, réduisant encore la distance entre nous, avant de poser sa main sur mon menton pour me forcer à le regarder.
— …que tu n’es pas totalement en mesure de les contrôler.
Mon regard se posa alors sur sa main restée dans sa poche… qu’il finit par sortir.
La seringue.
Mais cette fois… le liquide n’avait rien de normal.
Il était noir.
— C’est quoi… ?
— De quoi te tenir tranquille…
Il attrapa mon autre bras.
Au moment où il s’apprêtait à m’injecter le produit…
Il fut violemment projeté contre le mur en face.
— Sarah !! Tu n’as rien ?
Je regardai alors Alexandra, qui m’attrapa le bras. Sa tenue de bal se transforma sous mes yeux pour laisser place à une combinaison noire avec de légères rayures dorées… j’étais complètement perdue.
— Oui…
Elle observa mon bras à l’endroit où l’aiguille s’était posée.
— Alexandra… qui es-tu ?
Elle me regarda longuement avant de répondre simplement.
— Une amie.
Elle s’avança vers Isac, qui s’était déjà redressé malgré le coup avec lequel elle l’avait envoyé valser.
— Tu nous déranges !
Alexandra sortit alors deux sabres accrochés à son dos.
— Je te conseille de t’en aller…
— Tu sais très bien que sans Dylan, tu n’es pas capable de me vaincre.
Il se redressa complètement avant de relever la main, regardant la seringue qu’il tenait fermement, puis me regarda. Je m’éloignai immédiatement.
Mais l’instant d’après, il se retrouva debout devant moi.
— Hein...
Je n’eus pas le temps de réfléchir qu’Alexandra avait lancé son sabre sur la seringue qu’il s’apprêtait de nouveau à m’injecter.
— Joli lancer, dit-il en la regardant, debout au bout du couloir, proche des marches de l’escalier où il se tenait l’instant d’avant.
La seringue se brisa au sol, et le liquide noir qui s’en échappa me monta immédiatement au nez, jusqu’à me donner l’impression qu’il frappait directement mon cœur.
L’instant d’après, des vertiges me prirent, m’obligeant à me retenir contre la poutre qui se dressait entre lui et moi.
— Eh bien, niveau résistance, tu n’es pas bien forte… je ne te l’ai même pas injecté !
Je relevai les yeux vers lui, cette fois avec mépris et colère.
Et comme je m’en doutais… son visage laissa apparaître de la frayeur.
— Tu as peur de moi… ? dis-je avec difficulté.
Il ne répondit pas.
J’attrapai ma tunique en jean par le bas et, à l’aide du morceau de verre, j’en déchirai une partie avant de la placer sur mon nez pour atténuer l’effet du produit.
Alexandra arriva et m’attrapa par la taille.
— Je vais te mettre en sécurité…
Le directeur, qui était assis plus tôt, avait monté avec difficulté les marches de l’escalier, sûrement attiré par le bruit. Il semblait aller beaucoup mieux.
— Que se passe-t-il ?
Je n’eus pas le temps de répondre.
Isac était déjà arrivé dans le dos d’Alexandra.
Il leva la main. Une légère flamme prit forme au creux de sa paume.
— ATTENTION !
Elle se retourna juste à temps pour esquiver.
Les flammes vinrent frapper le mur derrière nous.
— Tu me gênes !
Il s’élança vers Alexandra, qui prit une posture défensive, mais à peine avait-elle eu le temps de bouger qu’il lui asséna un coup en plein ventre, la propulsant plus loin.
Son corps heurta le mur avant de retomber au sol.
Sans même réfléchir, je me relevai et courus vers elle.
— Où tu vas comme ça ?
Je perdais peu à peu le contrôle… je le savais.
Mais je ne pouvais pas la laisser dans cet état.
Mes yeux se posèrent alors sur Isac, qui s’avançait rapidement vers moi.
— Tu es un lâche !
Je retirai mon bracelet.
Les flammes que j’invoquai de nouveau s’étendirent le long de mon bras, d’un bleu vif cette fois, avant de venir frapper de plein fouet Isac.
Il se protégea avec son bras… qui prit immédiatement feu.
Il se mit à hurler de douleur en s’accroupissant au sol.
J’en profitai pour rejoindre Alexandra, étendue au sol, qui respirait avec difficulté.
— Tiens bon, je t’en supplie…
Je regardai alors ma main, les flammes… j’avais beau essayer de les contenir, rien ne fonctionnait.
A l'aide ma seconde main, j’attrapai alors son poignet.
Une lueur verte enveloppa ma main, venant parcourir le reste de mon bras puis mon corps, pour puiser dans mon énergie vitale et l’insuffler en Alexandra.
Je grinçai de douleur, ressentant chacun de ses membres fracturés, la douleur de ses poumons et de son cœur qui s’efforçaient de continuer à battre.
Au bout de deux ou trois minutes, elle rouvrit les yeux, et je finis par tomber, me retenant comme je pouvais à l’aide de mes bras.
— Sarah…
Elle redressa la tête et me fixa longuement.
— Reste tranquille… je ne t’ai pas totalement soignée, je n’ai plus suffisamment d’énergie.
Elle posa son regard sur sa jambe, qui était bien amochée.
— Il se passe quoi… ? Le directeur avait fini par nous rejoindre.
On lui avait mis un bandage à sa jambe.
— Toi, par contre, je peux…
Je posai ma main sur sa jambe et, avec les quelques forces qui me restaient, je finis par le soigner.
Mais son regard changea du tout au tout.
— Monsieur… il faut que vous nous aidiez… il faut faire sortir Alexandra.
Alexandra me retint.
— Tu ne peux pas sortir… avec ça, dit-elle en désignant ma main où le feu se dessinait encore.
— Je vais te tuer définitivement !
Je me retournai immédiatement en voyant Isac debout, tenant son bras complètement noirci par la brûlure que je lui avais infligée.
Il lança alors une nouvelle boule de feu qui arrivait cette fois droit sur Alexandra.
— NON !
Je me mis face à elle et la reçus sur mon bras, celui avec lequel j’avais fini par la soigner, espérant minimiser les dégâts.
Mais comme je m’y attendais… les soins n’avaient aucun effet sur moi.
Je hurlai de douleur en tombant à genoux.
— Vous finirez englouties par les flammes de toute façon…
À ces mots, il fit un mouvement de la main, et le feu qui était léger sur un mur vint s’étendre sur toute la surface, continuant de se propager.
— Adieu !
Il frappa alors le sol, qui s’écroula sous nos pieds.
Je me redressai avant le choc, nous enveloppant à l’aide de l’énergie du vent cette fois afin de l’amortir malgré moi.
Les gens qui étaient dans le hall principal se mirent à hurler en courant vers la sortie.
— Il faut absolument sortir… dit Alexandra en essayant de se redresser, sans y parvenir.
— Mes jambes refusent de bouger… dis-je en les regardant, autour de nous, les flammes qui s’élevaient et s’étendaient encore plus loin.
Je regardai alors mon bras, toujours enflammé, et sans réfléchir, je fis de même avec mon second bras, espérant arrêter sa propagation à l’aide des miennes.
Le feu s’étendit le long, venant faire le tour de la salle et des flammes rouges d’Isac.
Pour la première fois, elles faisaient ce que je voulais…
Mais les répercussions étaient telles que je l’imaginais.
Une douleur vint s’installer dans ma poitrine.
— Tu…
— Il faut que vous sortiez…
Alexandra me regarda.
— Tes yeux…
J’acquiesçai avec un léger sourire avant de les fermer, Je devais sûrement lui faire peur.
Ce qui me permis de me concentrer davantage.
— DYLAN !
Au bout de deux ou trois minutes, j’ouvris les yeux et Adrien se tenait là, devant moi, regardant Alexandra, pris de panique.
— Sors-les d’ici…
Son regard se posa alors sur moi.
Un regard qui changea du tout au tout. De la peur, mêlée à de l’angoisse.
Il hocha la tête avant d’attraper Alexandra, qui hurlait de la laisser.
— Essaie de te concentrer, Sarah…
Je regardai le directeur qui avait attrapé un chiffon et m’essuyait le front. Je ne voulais pas qu’il s’approche, et il l’avait compris.
— Aie confiance en toi…
L’instant d’après, voir Adrien arriver, attraper le directeur par l’épaule et le ramener me soulagea au plus haut point.
— Je reviens tout de suite, Sarah…
Je ne voulais pas qu’il se précipite… ni qu’il me voie comme le monstre que j’étais réellement.
J’avais trop peur…
Mais je voulais le voir revenir… pour moi.
— Je t’en supplie…
lançai-je, les larmes aux yeux, ne pouvant m’empêcher d’imaginer finir là… dans ces flammes, sans jamais pouvoir réaliser ce que j’aurais aimé vivre.
Mon regard se perdit un instant dans le sien avant qu’il ne s’en aille.
Voyant mes bras se noircir peu à peu, la peur me gagna.
C’était la première fois que je restais aussi longtemps sans mon bracelet.
Mon cœur sauta dans ma poitrine une première fois, ce qui me fit hurler de douleur, mais je me repris en réalisant que les flammes avaient repris de plus belle.
L’instant d’après, il sauta une seconde fois, cette fois accompagné d’une toux… et de sang.
Mes mains, encore enflammées, étaient complètement noires, et les flammes avaient changé de couleur pour devenir d’un violet vif.
— Non…
dis-je intérieurement en voyant Adrien arriver au loin.
Je répétais encore et encore la même chose…
Jusqu’à ce qu’il arrive face à moi.
Le regard complètement flou, je n’arrivais plus à distinguer correctement son visage.
— Repose-toi maintenant…
Je sentis alors une aiguille s’insérer avec difficulté au niveau de mon cou.
— Merci…
me lança-t-il avec un air attristé.
Je me laisser aller dans ses bras et tomber dans un sommeil qui n’attendait que moi…

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