Le café de la place, V

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Aix-en-Provence, c’est bien loin de Paris. Le retour vers la capitale s’effectua confortablement, Léon ayant pris soin de leur réserver des places à bord du « Mistral », le train climatisé le plus luxueux et le plus rapide du réseau Méditerranée. Lisa était toute en beauté pour le voyage, elle portait une robe blanche évasée, serrée à la taille par une large ceinture de tissu rouge et, pour avoir moins chaud, elle avait attaché ses longs cheveux en queue-de-cheval haute. Dans la voiture restaurant où ils allèrent déjeuner, toutes les têtes se tournèrent vers la ravissante jeune femme lorsqu’elle s’assit, en face de Léon qui avait enfilé une chemise propre. Huit heures plus tard, le train entra en gare de Lyon, Léon affréta un taxi qui les déposa devant le Café de la place.

— Voilà, on y est, déclara Léon en déchargeant les valises sur le trottoir. Il faisait encore grand-jour et la faim commençait à se faire sentir, il proposa de rentrer les bagages et d’aller dîner chez Gaston, une table correcte, à deux pas, où l’on pouvait déguster une moule-frites à l’ombre d’une tonnelle.

— Il fait bien chaud ici ! s’exclama Lisa.

Elle pensait sans doute que Paris étant une ville du nord, on y grelottait toute l’année !

— Té ! Gaston ! Apporte-nous l’apéro ! fit Léon en reprenant ostensiblement son pseudo-accent provençal. Qu’est-ce que tu prendras, Lisa ? Pour moi, ce sera un bon pastaga avec de l’eau bien fraîche ! Les voyages, ça assèche, con ! (Lisa, en fille sérieuse qui ne touchait pas à l’alcool, se contenta d’une grande menthe à l’eau). Je te présente Lisa, reprit Léon, notre serveuse, qui arrive d’Aix-en-Provence !

— Enchanté, mademoiselle, répondit Gaston, alors comme ça, vous venez du Midi ? En plus, vous nous apportez le soleil, vous allez vous plaire ici, vous verrez. Au début, ce sera peut-être un peu duraille... Mais à la Goutte d’Or, on est bien exposés, il ne pleut pas tous les jours. Vous verrez... Y a même des jours où il fait beau, comme aujourd’hui.

— Té, Gaston, tu « escagasses » Lisa avec tes réflexions ! Bon, qu’est-ce qu’on va tortorer ce soir... elles sont fraîches tes moules, con ?

— Si elles sont fraîches ? Elles sont encore vivantes... oh con !

Avant son départ pour Aix, Léon avait briqué la chambre qu’il destinait à Lisa, brossé et encaustiqué le plancher, lavé les rideaux et les carreaux de la fenêtre donnant sur la cour, il avait soigneusement fait le lit avec des draps propres ! Découvrant sa carrée, la jeune femme ne laissa paraître aucun signe de désappointement, ce qui rassura notre gargotier qui, il faut le rappeler, avait beaucoup de crainte à ce sujet.

— Voilà, dit-il, vous êtes chez vous, pardon, tu es chez toi. Il y a des tine... des ouatères privées dans le couloir, voici la clé. Tu as une petite douche dans la salle d’eau. Pour la prise de service, on se retrouve en bas à six heures. On prendra notre café ensemble.

— C’est très bien Léon, j’ai apporté mon réveil. Ne vous inquiétez pas, j’ai l’habitude de me lever tôt.

— Alors, c’est parfait. Bonne nuit, Lisa.

— Bonne nuit, monsieur Léon.

— Appelle-moi juste Léon, ça suffira. À demain.

— À demain Léon.

Dans le dix-huitième, les nouvelles galopent à la vitesse d’un pur-sang dans le prix de l’Arc de Triomphe. La plupart des habitués montaient déjà la garde devant le troquet du gros Léon depuis l’aurore. Ils commençaient à secouer le vieux rideau de fer afin que le bistrot ouvrît plus rapidement. Le tenancier, dans le chahut insensé des impatients, pressés qu’ils étaient de découvrir « leur serveuse », tentait d’explique à Lisa, le fonctionnement du percolateur électrique et de la machine à bière.

— Ne vous en faites pas Léon, je connais bien ce matériel. Il est plus urgent de calmer les fauves ! Je mets en route le percolateur !

Lisa n’avait pas encore prêté attention à l’état du comptoir que le patron avait négligé de laver avant de partir. C’est en posant les premières tasses de café sur le zinc, qu’elle prit la mesure de l’aspect lamentable du débit de boisson.

— Eh bé... J’ai du pain sur la planche pour remettre tout ça présentable ! pensa-t-elle tout haut. Allez, courage ! Il ne va pas le reconnaître, son café le Léon !

A suivre...

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