Le café de la place, épilogue.

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Le mariage fut célébré quelques semaines plus tard, très simplement. Le cafetier étant veuf et Lisa divorcée, seuls étaient présents les parents de Léon, ceux de la mariée qu’on fit venir par le "Mistral", ainsi que les témoins et quelques amis. La noce eut lieu dans l’auberge de Gaston, par une belle journée d’octobre. L’été avait eu du mal à plier bagages, cette année-là. Une lumière remarquable posa sur l’événement des couleurs dignes d’une toile d’Auguste Renoir. Tout le monde était ravi et garda de cette journée un souvenir merveilleux.

Marie naquit quinze mois plus tard. Les parents nageaient dans le bonheur, la fillette devint la mascotte du « Palace ». Les clients se disputaient pour la prendre dans leurs bras, la couvraient de peluches et de hochets. Depuis la rénovation du café, quand les ouvriers étaient repartis au turbin, certaines femmes du quartier s’installaient à une table pour commérer devant un petit jus. Elles en profitaient pour bercer la petite, ce qui permettait à Lisa de se consacrer à son service, l’esprit un peu tranquille.

Le couple, désireux de respecter la tradition, annonça le baptême prochain de la petite Marie :

— Dis donc René, on va baptiser la petite... Tu serais d’accord pour être son parrain ?

— Mais avec joie, Léon ! J’en serai très fier ! Il vous faut trouver une marraine pour cette poupette...

— Oui, on a pensé à Annie, la fille cadette de Gaston. Elle est d’accord. Lisa ira voir le curé dès demain.

Serai-je à la hauteur de cette responsabilité ? En tout cas, j’étais très fier d’être choisi pour tenir ce rôle.

La première tranche des démolitions était terminée. Les déblais et les gravats évacués, la poussière lavée par les premières pluies d’automne, l’arrondissement retrouva un peu de tranquillité. Les pelleteuses et les camions avaient disparu. Le profit émergeant toujours des stigmates de la misère, apparurent alors les géomètres, les architectes, les promoteurs... Convoités par les requins de la reconstruction, les terrains débarrassés de leurs taudis, se disputaient, s’arrachaient à prix d’or. C’est dans ce contexte que les tenanciers du « Palace », un beau matin, reçurent un courrier de la mairie leur signifiant que le café, se trouvant sur une zone de réaménagement, devrait être démoli. Le petit bistrot était voué aux mâchoires d’acier des investisseurs. Il fallait partir.

L’indemnisation des propriétaires expulsés ne suffisait pas pour acheter un nouveau bar à Paris, cependant au vu des résultats de leur commerce, la banque leur consentit un prêt assez avantageux. Associé à leurs économies, ce crédit leur permit d’acquérir un modeste hôtel-restaurant entre Manosque et Aix-en-Provence. Lisa, déçue par leur échec à la Goutte d’Or, fit contre mauvaise fortune, bon cœur. Prête à relever un nouveau défi, elle soutint ardemment son pauvre Léon... Ce dernier était brisé à l’idée de quitter le quartier de son enfance, ses amis et ses souvenirs. Mais il rebondirait, c’était certain !

Je fus invité pour l’inauguration de leur nouvel établissement. Il était situé dans un endroit charmant, sur une place ombragée, juste en face d’une fontaine, au cœur d’un petit village touristique. Ce n’était pas le Fouquet’s, mais il y avait de quoi faire bouillir la marmite.

— Allez, René ! On va prendre l’apéritif en terrasse ? Pastis pour tout le monde ? lança Lisa depuis le bar

Nous nous installâmes confortablement sous un parasol, dégustant ce moment agréable tandis qu’une petite serveuse, une fille du village, nous apportait nos consommations.

— Alors, quelles sont les nouvelles René ? m’interrogea Lisa.

— Bah, pas grand-chose, ah si ! Mimile a calanché le mois dernier. Dans son pucier... On l’a trouvé tout raide, deux jours après. On l’a enterré au Père-Lachaise, avec sa gapette !

— Avé sa gapette ? reprit Léon.

— Avé sa gapette ! conclus-je.

— C’est quoi une gapette parrain ? demanda ma filleule.

— C’est une casquette pour les vieux ! répondis-je en riant.

Marie était devenue une jolie petite fille, à la longue chevelure châtain-doré, comme sa maman. D’ailleurs, c’était son portrait craché. Lisa ne pouvait pas la renier ! Je la regardais distraitement sautiller entre les tables de la terrasse et je me demandais, qui de Léon ou de moi, pouvait bien être le père biologique de cette adorable enfant !

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