Prologue

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Estive de Pouilh - Ariège, nuit du 17 août

Alain Cathalo, berger expérimenté, avait regardé la lune se lever et contemplé le ciel à la recherche d’étoiles filantes. On était encore dans la période des Perséides, et à cette altitude, loin des lumières des centres urbains, le firmament était particulièrement propice à l’observation des étoiles. Il repéra sans difficulté Altaïr et Vega, ses étoiles fétiches.

Alain avait largement dépassé la cinquantaine et cela faisait plus de trente ans qu’il passait ses étés dans les estives, sans autre compagnie que la voute céleste et ses chiens de protection, trois patous, Julot, âgé de sept ans, Oscar, son fils et Noah, une femelle de quatre ans ainsi que Kaloum, un border collie chargé de la conduite des bêtes. Les chiens veillaient sur la sécurité d’un troupeau de plusieurs centaines de brebis et agneaux qui, à cette saison, passaient tout leur temps en plein air.

Il était près de minuit quand le berger, après avoir fait un dernier tour de garde, se retira dans le petit refuge pour dormir quelques heures. L’homme n’était pas assoupi depuis bien longtemps quand il fût réveillé par les aboiements furieux de Julot, bientôt rejoints par ceux de Noah et d’Oscar.

Les chiens connaissaient leur boulot, et il était bien rare qu’ils aboient de la sorte. Il leur arrivait parfois d’impressionner quelques randonneurs ignorants, s’aventurant sans précautions au milieu du troupeau, mais la plupart du temps, la seule apparition des patous, suffisait à leur faire rebrousser chemin, sans besoin de manifestation agressive. Alain comprit tout de suite que quelque chose n’allait pas dehors. Il se leva immédiatement et sortit sur le seuil de la cabane.

À l’extérieur, c’était la panique dans le troupeau. Les brebis couraient en tout sens, complètement affolées. Les agneaux faisaient des bonds, totalement désorientés. Les trois patous s’étaient regroupés, un peu au-dessus de la petite construction et continuaient à donner de la voix. Sous la lueur de la lune, le berger les aperçut après avoir contourné le refuge. Il comprit aussitôt qu’un prédateur s’était manifesté de ce côté. Ce n’était pas la première fois que les chiens mettaient en fuite un visiteur indésirable, mais cette fois les mises en garde ne semblaient pas être assez dissuasives. Cathalo pensa aussitôt à tout ce qui se racontait dans le Couserans et au-delà. Depuis que les ours avaient été réintroduits dans les Pyrénées, on ne comptait plus les brebis dévorées par l’animal affamé, ni les chutes dans les ravins de bêtes prises de panique. Alain connaissait les récits rapportés par des collègues ou des chasseurs. Il lisait aussi tout ce qui était publié dans la presse locale, mais il n’avait jamais été confronté personnellement à une telle situation.

Il n’eut pas le temps de se poser plus de question. Il entendit le grognement du plantigrade qui se dirigeait vers lui. Le berger n’était pas armé, et de toute façon, avec le stress, en pleine nuit, il n’aurait pas eu beaucoup de chances de faire mouche. Il se retourna et courut jusqu’à la cabane dans laquelle il s’enferma. Quelques instants plus tard, les trois chiens se jetèrent aux trousses de l’ours qui n’insista pas et prit la fuite. Alain attendit quelques minutes avant de ressortir pour constater les dégâts.

Les chiens avaient cessé d’aboyer et Kaloum s’activait à rassembler les brebis dispersées. Le berger l’encouragea de la voix et s’assit sur une grosse pierre près de l’entrée. Son cœur battait encore trop fort dans sa poitrine. Ce n’est qu’à ce moment qu’il prit conscience qu’il était passé à deux doigts de la mort.

Il resta un long moment assis là, abattu, tandis que les gardiens ramenaient le calme parmi les ovins. Enfin, il se leva et alla réconforter les patous. Les trois chiens semblaient fiers du travail accompli et acceptaient de bonne grâce les attentions de leur maître.

Au lever du jour, le berger fit le tour de la prairie pour se rendre compte des dégâts. Il remonta dans la direction de laquelle il avait entendu l’ours arriver. À quelques dizaines de mètres, il trouva la brebis éventrée. Le prédateur n’avait pas eu le temps de la dévorer, perturbé dans son repas par les gardiens. La pauvre bête était encore tiède.

Cathalo savait ce qu’il devait faire. Laissant le troupeau sous la garde des chiens, il descendit à l’auberge quelques centaines de mètres plus bas pour trouver un téléphone et prévenir les autorités.

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