Chapitre 3 - Chargée de mission

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Buttes-Chaumont - Paris, 24 août

« Mais enfin, répéta une fois de plus Julie Delmas, pourquoi voulez-vous m’envoyer, moi, sur ce sujet ? Vous savez très bien que ce n’est pas le type de dossiers que je traite habituellement.

— Ce n’est pas l’aspect Faits Divers qui m’intéresse, répondit François Marceau, le rédacteur en chef. Je veux un article de fond, qui éclaire la situation et fait valoir les arguments des deux camps. Je ne vous demande pas de recopier ce que la Dépêche a écrit ces derniers jours. Nos lecteurs ne s’intéressent pas aux rivalités mesquines ou à l’égo des maires de villages. Ils veulent comprendre les enjeux économiques et écologiques qui se dissimulent derrière ces affrontements.

— Tout de même, d’habitude vous m’envoyez en reportage à l’étranger, sur des points chauds, là c’est une vallée perdue au fond des Pyrénées.

— Vous aviez fait de l’excellent travail avec la PJ de Versailles. Et justement, il me semble que votre ami travaille maintenant à Toulouse[1]. C’est une bonne occasion de le retrouver.

— Si pensez pouvoir faire des économies sur les frais de mission, n’y comptez pas.

— Je ne suis pas radin à ce point là ! s’offusqua Marceau. Pour tout vous avouer, nous sommes au mois d’août et je n’ai personne d’autre. Je vous promets que le prochain grand reportage à l’étranger est pour vous. Rendez-moi ce service, je ne serai pas un ingrat. »

Julie jugea plus judicieux de cesser le combat. En tant que journaliste free-lance, elle ne pouvait pas se permettre d’être trop exigeante sur le travail qui lui était confié. Après tout, c’était aussi une bonne occasion de passer quelques jours avec Ange. Depuis qu’il avait été promu à Toulouse, elle ne le voyait plus autant qu’ils l’auraient souhaité. Elle mit fin à la vidéo-conférence et commença à rechercher sur le web les articles déjà publiés sur le sujet. Au-delà des papiers écrits dans la Dépêche, en particulier par un certain Fabien Casals, elle trouva de nombreux billets publiés tant sur des sites dédiés aux exploitants agricoles que sur les plateformes hébergeant les militants écologistes les plus actifs.

Après avoir parcouru quelques articles, elle se décida à appeler Ange Ségafredi. Par chance, le commissaire répondit immédiatement.

« J’ai une bonne et une moins bonne nouvelle, déclara Julie tout de go.

— Moi aussi, je t’aime, lui répondit avec humour son compagnon. Commence par la bonne.

— Marceau vient de me confier un reportage dans les Pyrénées.

— Ce n’est pas trop ton terrain de chasse, répondit Ange.

— Justement, la mauvaise nouvelle c’est qu’il s’agit d’une histoire d’ours, de chasseurs et de brebis égorgées.

— Ah, oui, ces querelles intéressent donc les rédactions parisiennes ?

— Il faut croire. Tu en as entendu parler ?

— À peine, ce n’est pas trop mon domaine. Pour le moment, il ne s’agit que d’incidents ordinaires, un peu de fumier déversé devant la préfecture de Foix, quelques noms d’oiseaux échangés entre les deux camps et une compagnie de CRS pour les séparer. Le seul qui pourrait porter plainte, pour menaces de mort, c’est l’ours, mais pour le moment, il n’a pas encore d’adresse mail. Les écolos du coin vont sans doute essayer de faire un peu de bruit, mais pas de quoi saisir le SRPJ.

— C’est bien ce que je pensais, le journal veut que je leur sorte un dossier sur les grands enjeux de société qui se dissimulent derrière cette histoire à la Clochemerle.

— Je te souhaite bien du plaisir. Les habitants des vallées ariégeoises ne sont pas réputés pour leur empathie à l’égard des parisiens qui viennent fouiner chez eux. On se moque des Corses, mais sur ce point, c’est bonnet blanc et blanc bonnet.

— Je te remercie pour tes encouragements, si je n’arrive pas à les faire parler, je te demanderai de l’aide !

— Revenons à la bonne nouvelle, quand est-ce que tu arrives à Toulouse, il faut que je fasse un peu de ménage !

— C’est ça, pense à ranger les petits culottes de ta maîtresse, plaisanta Julie. Je vais regarder les horaires des vols, mais sans doute demain matin. Ne t’inquiète pas pour moi, j’ai les clés.

— Pas de problème, je pense pouvoir me libérer pour déjeuner avec toi. C’est plutôt calme ici, en ce moment. Je passerai te prendre à l’appartement et on ira se faire un resto en ville.

— Je préfère garder le resto pour le soir, j’achèterai de quoi faire un repas rapide en passant.

— Comme tu veux. Au fait, je suis très content de te retrouver plus tôt que prévu ! »

Julie raccrocha et ouvrit le site d’Air France pour acheter son billet. Ange, de son côté, appela son collègue de Foix pour en savoir un peu plus sur la situation dans le Couserans.

[1] Lire « Affaire sous Surveillance » et « Mélodie au Couvent »

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