Chapitre 1, Axen : Les quatre orphelins

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Tous les samedis, c’est chez Axel et Eden — en colocation — que nous nous retrouvons. Nous répétons notre setlist dans le garage reconverti en studio insonorisé, les après‑midi ou parfois dès le matin. Chaque soir, nous commandons à manger avant de nous installer devant un film pour profiter d’une soirée de détente ensemble.

Debout à l’entrée du salon, je parcours la pièce du regard : elle est décorée à la manière d’une garçonnière. Un vieux canapé en cuir, dont les coussins ont bien souffert, trône au centre et dénote face au nouvel écran plat fixé au mur. Entre les deux, une table basse en verre, démodée et rayée, renforce l’impression d’un manque d’intérêt pour la décoration chez les garçons. Les murs sont couverts d’un crépi beige où toiles d’araignée et poussière se sont accumulées ; je n’interviens plus pour le ménage depuis longtemps : j’ai estimé que ce n’était pas nécessaire, vu le peu de temps que j’y passe par rapport à mon appartement, et puis je ne veux pas jouer les rabat‑joie — c’est leur maison, après tout. Malgré tout, l’espoir qu’ils se prennent en main subsiste. Le carrelage, en revanche, est en bon état : ni éclats ni fissures n’entachent son beige effet marbre. Les volets sont fermés pour tenter de tenir la chaleur de ce mois d’août à distance. Dans cette obscurité, seule la lumière de la télé et une petite lampe d’appoint posée au sol dans un coin nous servent de guide pour nous installer. L’odeur du popcorn flotte dans l’air ; les ventilateurs vrombissent de désespoir, leur fin proche, mais ils sont indispensables en ce week‑end de canicule.

Lyam n’arrête pas de taquiner Axel jusqu’à lui faire péter les plombs, comme cet après‑midi à la répétition. Eden joue habituellement le spectateur et l’arbitre de leurs chamailleries, lorsqu’il n’y est pas lui‑même impliqué. Je ne me lasse pas de les observer. Nous sommes une famille, tous les quatre, depuis bientôt trois ans, et je suis reconnaissante de les avoir dans ma vie.

Axel, guitariste du groupe a trente et un ans, le plus âgé de cette fratrie sentimentale. Orphelin depuis ses dix-huit ans, il ne parle jamais de l’accident de la route qui a emporté ses parents. Peut-être est-ce ce silence qui l’a façonné. Ce qui est certain, c’est qu’il est le plus mature et raisonnable d’entre nous.

Brun aux cheveux courts, surtout sur les côtés, la peau claire légèrement hâlée, le visage ovale encadré d’une barbe discrète qui souligne sa mâchoire nette, ses yeux verts au regard assuré mais secret… Son piercing à l’arcade gauche, ses plugs noirs aux oreilles, le tatouage réaliste d’un loup sur le cou et ce blouson de cuir noir qu’il ne quitte jamais composent l’image d’un homme marqué par son vécu. Tout en lui évoque la douleur enfouie, son allure de loup solitaire faisant écho à son tempérament.

Eden, 29 ans, est un ami d’enfance d’Axel depuis la maternelle. Voisins depuis toujours, il était présent le jour où Axel a appris la mort de ses parents. Leur amitié, déjà solide, est devenue indéfectible à la suite de ce drame. Eden avait des parents dévoués jusqu’à ce qu’ils découvrent son homosexualité. Fervents croyants, ils ont choisi de le renier. Il n’a pas attendu leur jugement : il avait déjà décidé de quitter le domicile, sans jamais se retourner. Il aurait un petit frère, d’après ce qu’Axel m’a raconté, mais ses parents ont interdit tout contact entre eux. L’enfant n’avait que dix ans à l’époque et aucun moyen de s’imposer face à cette décision.

Aujourd’hui, notre bassiste-guitariste s’impose comme le plus solaire d’entre nous. Ses cheveux châtain clair, mi-longs et souples, retombent en vagues légères autour de son visage, souvent un peu en bataille, comme s’il sortait d’un rêve agité. Sa peau est claire, et ses traits sont fins. Ses yeux noisette reflètent la fierté de son assurance entière face à qui il est. Sa mâchoire subtilement dessinée, sa bouche aux contours nets et ses sourcils marqués encadrent ce regard avec justesse. Il porte un piercing discret à la lèvre inférieure, détail qui souligne son identité affirmée. Son style vestimentaire reste simple : un t-shirt gris sous une chemise noire ouverte, parfois froissée, comme enfilée sans y penser. Quelques bracelets en cuir ou en corde, une chaîne fine autour du cou — des détails sobres mais choisis.

Lyam a tout juste vingt‑cinq ans. Le plus jeune de nous quatre, il connaît Axel et Eden depuis aussi longtemps que moi. Nous avons été recrutés par AXEN — contraction de leurs deux prénoms, qui a donné son nom au groupe — il y a un peu plus de trois ans. Abandonné dès la naissance, il a grandi balloté de famille d’accueil en famille d’accueil. La plupart n’arrivaient pas à le gérer tant ses excès émotionnels étaient violents, et le délaissaient les uns après les autres. La dernière famille à l’avoir accueilli fut la seule à réussir à canaliser son tempérament : l’un de ses représentants l’initia à la batterie, offrant à Lyam un défouloir plus sage. Il quitta le système à 18 ans et a enchaîné plusieurs petits boulots, son instabilité émotionnelle lui valant des renvois à répétition. Malgré cela, il a su se responsabiliser : il a trouvé un logement et a appris à assumer les charges de la vie quotidienne. La batterie est restée son arme pour dompter ce feu intérieur.

Aujourd’hui, cette histoire se lit aussi dans son allure. Il dégage une présence froide et nerveuse ; son regard est glaçant, voire foudroyant, comme celui de quelqu’un qui se protège en dissuadant quiconque de l’approcher. Les vestes et les sweats à capuche sont sa signature depuis toujours. Les manches sont souvent relevées aux trois quarts, ce qui dévoile ses tatouages aux avant‑bras. La capuche sert de protection face au monde, lui permettant de se dissimuler dessous si besoin. Il se fond dans l’ombre quand il le veut, et n’en sort que de son propre chef. Ses cheveux sont courts et sombres, coiffés sans y penser, et une barbe naissante encadre un visage aux traits marqués par la vie. Sa silhouette, athlétique, trahit l’effort physique de la batterie ; ses avant‑bras montrent une force contenue. Quelques accessoires discrets — un bracelet, une bague en argent noir, un fin collier — renforcent sa retenue et son désir de ne pas être vu, comme autant de signes discrets d’une personnalité qui préfère se protéger plutôt que de s’exposer.

Et puis il y a moi, Luciana, j’ai tout juste trente ans. Ma mère est morte d’une maladie quand j’avais seize ans. À l’époque, nos proches disaient que je lui ressemblais beaucoup, comme un portrait craché, tant physiquement que dans la manière d’être. Après son décès, mon père m’a rejetée : je lui rappelais sans cesse celle qu’il avait perdue. Mon frère, mon aîné de presque sept ans, est parti peu de temps après pour refaire sa vie à l’étranger, me laissant là, se délestant d’un fardeau trop lourd à porter. À son départ, j’ai trouvé refuge chez mon petit ami de l’époque. Nous sommes restés ensemble jusqu’à mes dix‑neuf ans ; j’ai par la suite pris mon indépendance.

C’est sans surprise que mon apparence raconte autant que mes mots. Je porte souvent mon blouson de cuir marron, légèrement vieilli, par‑dessus un haut noir près du corps dont les manches en dentelle enveloppent ma silhouette sans tout révéler. La dentelle effleure mes poignets, camouflant partiellement un tatouage coloré de muguet qui n’apparaît que lorsque ma manche remonte. Un autre tatouage se dissimule en bas de ma nuque, entre mes omoplates : une boussole vintage avec une rose des vents, reflet de ma perpétuelle recherche de qui je suis. Des bottines lacées à talons épais, en cuir noir, allongent ma silhouette déjà grande. Le vernis bleu‑nuit métallisé sur mes ongles tranche avec la sobriété du noir. Un collier en argent, presque ras du cou, souligne ma nuque, et quelques bagues en argent d’inspiration celtique complètent mon allure. Plusieurs trous à mes oreilles m’invitent à mêler anneaux et petits clous. Mes cheveux, longs et ondulés, tombent en reflets bruns chauds autour d’un visage aux traits nets. Mon maquillage, discret mais présent, joue dans des tons bruns : paupières ombrées, cils définis, lèvres aux nuances naturelles. Mes yeux, d’un bleu‑vert profond, portent un regard bienveillant et pourtant perdu, comme si je cherchais sans cesse ma place dans le monde. Un léger sourire retenu laisse deviner une douceur contenue ; l’ensemble de mon allure mêle discrétion et spontanéité.

Et voilà comment quatre orphelins sont devenus une famille.

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