L'accident
La tempête faisait rage dans les rues de Foggia, une province d'Italie. Les coups de feu retentissaient depuis plus d'une heure déjà.
Leandro Russo se débattait avec ses hommes contre un clan rival, mais la pluie rendait leur vision quasi nulle.
Une balle. Une seule, et Leandro se retrouva étendu au sol, se vidant de son sang.
De l'autre côté de la province, Livia quittait son travail. Serveuse dans un petit restaurant de quartier, cela faisait quelques années déjà qu'elle y travaillait, contrainte d'avoir dû arrêter ses études de médecine.
— À demain, boss. N'oubliez pas d'appeler le grossiste pour les boissons. On va être à court.
— C'est déjà fait, *bambina, lui sourit-il en essuyant un verre. Dépêche-toi de filer avant que le temps n'empire.
Elle lui rendit son sourire, le salua et quitta le restaurant.
Effectivement, la pluie tombait déjà et le tonnerre fulmina non loin, derrière les collines.
Elle fila rapidement jusqu'à sa voiture, mit le contact et partit sans attendre.
Après quelques minutes, le temps se transforma rapidement. La pluie était devenue torrentielle, le ciel s'illuminait d'éclairs tandis que le tonnerre grondait tout près d'elle.
Elle réduisit la vitesse du véhicule, la pluie troublant sa vision de la route. Essuie-glaces en marche à pleine puissance, elle ne vit pas l'obstacle qui se dressait devant elle. Elle freina brusquement, in extremis, évitant de faire une sortie de route et de venir cogner contre la rambarde de sécurité.
Le choc ne fut pas si violent, malgré le déclenchement de l'airbag. Livia fut légèrement sonnée. Il lui fallut plusieurs secondes avant de reprendre ses esprits.
Ses premiers réflexes furent de vérifier ses constantes, puis de se palper pour s'assurer qu'elle n'avait rien de cassé.
Mis à part une arcade sourcilière ouverte et la lèvre inférieure fendue, elle était certaine de n'avoir rien de grave. Elle sortit alors de la voiture pour voir ce qui avait déboulé sur sa trajectoire.
Ce n'est que quelques minutes plus tard qu'elle aperçut un corps étendu sur le sol.
Sans réfléchir, elle se précipita vers lui et constata qu'il s'agissait d'un homme blessé. Sérieusement blessé.
— Ce n'est pas vrai, souffla-t-elle.
Elle se pencha vers lui et tapota légèrement sa joue.
— Monsieur... Est-ce que vous m'entendez ? Monsieur ?
Il ne répondit pas tout de suite.
La pluie continuait de s'abattre et il n'y avait personne pour l'aider. Elle retourna à la voiture pour récupérer son téléphone.
Mais au moment où elle s'éloignait, elle sentit une pression sur sa cheville. Elle se retourna et vit l'homme à demi-conscient.
Elle se mit immédiatement à sa hauteur.
— Ne fuyez pas, dit-il faiblement.
— Je ne fuyais pas. J'allais chercher mon téléphone. Vous êtes blessé. Je dois appeler les secours.
— Pas les secours, somma-t-il en attrapant fermement sa main.
— Vous devez aller à l'hôpital.
— J'ai dit, pas de secours.
Son ton était ferme, sec, et ne laissait place à aucune discussion.
Elle l'observa quelques secondes et comprit rapidement qu'elle n'aurait pas le dernier mot.
— D'accord, répondit-elle. Est-ce que vous pouvez marcher ?
Il acquiesça d'un signe de tête.
Alors elle passa une main dans le bas de son dos et l'autre au-dessus de son épaule.
— Appuyez-vous sur moi, dit-elle en l'aidant à se relever.
Il le fit sans hésiter.
Ils se rendirent jusqu'à sa voiture, où elle l'aida à s'asseoir sur la banquette arrière. Elle se dirigea ensuite vers le coffre.
— Où allez-vous ? demanda-t-il en retenant son poignet.
— Dans le coffre. Je dois arrêter le saignement.
Il acquiesça de nouveau tandis que Livia récupérait son sac de premiers secours. Elle le gardait toujours à portée de main. Sans doute un vieux réflexe.
Elle revint ensuite vers lui.
Son sac ouvert, elle sortit une paire de gants qu'elle enfila, des ciseaux, puis commença par découper soigneusement sa chemise. Le geste était précis. Chirurgical. Ensuite, elle observa et examina ses blessures.
— Mauvaise nouvelle, on vous a tiré dessus, mais la balle est ressortie proprement.
Elle épongea le sang avant d'imbiber les plaies d'antiseptique. Il serra les dents, mais ne dit rien.
— Bonne nouvelle, vous ne mourrez pas ce soir.
Un bref rire s'échappa des lèvres de l'inconnu, plus amusé que soulagé.
— Vous savez ce que vous faites.
Ce n'était pas une question, mais une affirmation.
— Vous êtes quoi ? Infirmière ? Docteur ?
— Ni l'un ni l'autre. Mais j'aurais pu, répondit-elle en poursuivant les soins.
Elle finit par poser des pansements, puis un bandage autour de son thorax, avant de ramasser son matériel et de le ranger. Elle lança le sac derrière lui, retira ses gants et les jeta sur le siège.
— Vous pouvez partir. Vous ne risquez plus rien, à condition de changer vos pansements et de continuer à désinfecter.
Elle recula et se dirigea vers le siège conducteur, où elle chercha son téléphone. Après l'avoir retrouvé, elle se redressa, puis, lorsqu'elle se retourna, elle se retrouva nez à nez avec l'homme qu'elle venait de soigner... et trois hommes armés à ses côtés.
Surprise, elle recula, mais se retrouva coincée contre la carrosserie.
— Qu'est-ce que vous voulez ? finit-elle par demander.
Il la dévisagea un instant. Son regard, moins distant, plus discret, ne la quittait plus.
— Tu n'as pas froid aux yeux, toi, lança-t-il en lui braquant un flingue sous le nez.
— C'est toujours comme ça que vous remerciez les gens qui vous sauvent la vie ?
L'homme la fixa, surpris, puis se mit à rire. Il la détailla quelques secondes, hésitant, lorsqu'un de ses hommes s'approcha.
— Boss, elle a vu votre visage. Elle doit mourir.
— Quoi ! s'exclama-t-elle.
La peur, bien que minime, s'empara d'elle. Pourtant, elle ne se laissa pas démonter. Au contraire, elle fixa le chef droit dans les yeux, attendant qu'il prenne sa décision.
Après plusieurs secondes, il s'avança, attrapa le bas de son visage et posa son arme contre son front.
— Mes gars ont raison. T'as vu mon visage.
— Visage que j'aurai oublié dans quelques heures, lança-t-elle sèchement.
Il éclata de rire face à sa répartie, puis recula. Il la fixa encore quelques secondes avant de reprendre la parole.
— Je vais te laisser une chance... Une seule.
— Laquelle ?
— Épouse-moi... ou meurs.
Livia le dévisagea, choquée par une telle demande. Pourtant, l'idée de dire oui était probablement la plus raisonnable. Elle ne voulait pas mourir ce soir, ni se battre. Surtout qu'elle n'aurait pas le dessus face à quatre hommes armés.
L'inconnu s'impatienta lorsqu'elle s'approcha. Elle s'arrêta à quelques centimètres de lui, si près que leurs nez se touchaient presque.
Elle croisa les bras sous sa poitrine, puis sourit.
— D'accord. Marions-nous.
*bambina = fille en italien (terme qu'on peut employer lorsqu'on apprécie une femme/jeune femme/fille)

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