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Syvantha était obligée de jouer un double jeu de plus en plus périlleux, et la tension constante commençait à user ses nerfs.

Membre de l'équipe du professeur Martino, elle avait manifesté bruyamment son adhésion au projet BSK, le Biotel Sound Killer. Au grand étonnement de ses collègues qui la considéraient plutôt comme quelqu'un de modéré, elle était devenue la plus enthousiaste supportrice de cette nouvelle fonctionnalité mortelle.

Lors des réunions d'équipe, elle proposait des améliorations, suggérait des tests, se portait volontaire pour les tâches les plus techniques. Elle jouait son rôle de scientifique sans scrupules, obsédée par la performance technique sans considération éthique.

Elle avait convaincu Maxime de la suivre dans cette attitude. Lui aussi jouait maintenant le collaborateur zélé, proposant des innovations, manifestant son enthousiasme pour le projet.

Le professeur Martino les avait remerciés tous les deux pour leur soutien. Mais Syvantha avait remarqué quelque chose d'étrange dans son regard, du soulagement, peut-être, mais aussi du scepticisme. Comme s'il ne croyait pas tout à fait à leur conversion soudaine.

Les autres collègues, par contre, avaient commencé à les éviter. Dans les couloirs, dans la cafétéria, un silence gêné s'installait quand Syvantha ou Maxime arrivaient. On ne leur adressait plus la parole que pour les questions strictement professionnelles.

Ils étaient devenus des parias. Des collaborateurs trop zélés, suspects de vouloir s'attirer les faveurs du pouvoir.

C'était exactement ce que Syvantha voulait. Être insoupçonnable aux yeux des autorités valait bien d'être détestée par ses collègues.

À l'extérieur du laboratoire, Syvantha menait une vie complètement différente.

Elle était en négociation constante avec plusieurs anciens dirigeants d'associations dissoutes. Ces hommes et ces femmes vivaient maintenant dans la clandestinité, changeant régulièrement de domicile, évitant les caméras de surveillance, communiquant par des moyens détournés.

Car Syvantha avait réussi à « débrancher » leurs puces, c’est-à-dire à modifier leur microprogramme pour qu'elles envoient de fausses informations aux serveurs de surveillance. Officiellement, ces personnes menaient des vies normales, banales, prévisibles. En réalité, elles construisaient un réseau de résistance.

Elle avait réussi à les convaincre qu'il fallait éviter toute action violente ou manifestation, même pacifique, tant que des moyens de communication sécurisés ne permettraient pas de coordonner les différents réseaux de résistance puciphobe.

Le courrier matérialisé avait disparu depuis longtemps, trop facile à intercepter. Le téléphone filaire était surveillé. Et la puce était le seul moyen de communication universel, mais aussi le plus dangereux pour les résistants.

Syvantha travaillait d'arrache-pied sur un logiciel téléchargeable sur la puce qui permettrait d'envoyer sur les serveurs de surveillance une information de « sommeil profond ». Pendant cette période de pseudo-sommeil, les utilisateurs pourraient converser ou échanger des messages écrits sans être surveillés.

C'était un travail complexe et dangereux. Chaque ligne de code qu'elle écrivait dans le secret de son appartement la rapprochait de la découverte et de l'exécution.

Mais elle ne pouvait pas s'arrêter.

Un soir, lors d'une réunion clandestine dans l'arrière-salle d'un restaurant abandonné, Syvantha avait informé ses contacts du projet BSK.

Le silence qui avait suivi son annonce avait été total et glacial.

— Vous voulez dire, avait finalement articulé un ancien professeur de philosophie, que le gouvernement peut nous tuer à distance ? Simplement en activant notre puce ?

— Oui, avait répondu Syvantha d'une voix calme. C'est exactement ce que je dis.

Des murmures horrifiés avaient parcouru l'assistance. Certains pleuraient. D'autres serraient les poings de rage.

— Mais j'ai un plan, avait continué Syvantha. Avec Maxime, nous développons un virus qui sera inclus dans la puce et qui détournera l'ordre de générer l'ultra-son mortel. Ce virus désactivera la puce de façon progressive, simulant ainsi la mort de l'individu. Celui-ci, débarrassé de son implant, retrouvera une liberté totale de mouvement.

Elle avait expliqué le concept : il suffirait de manifester ouvertement son opposition au régime pour être « exécuté » via le BSK. Mais au lieu de mourir, la personne verrait sa puce désactivée et pourrait disparaître dans la clandestinité, officiellement morte.

— Le problème, avait-elle admis, c'est que ce processus sera lent. Il faudra des mois, peut-être des années, pour avoir suffisamment d'individus « morts » officiellement mais vivants en réalité pour envisager des actions de grande envergure.

Mais la patience n'était pas le fort des révolutionnaires. Syvantha le savait. Elle savait aussi que certains membres du réseau commençaient à vouloir des actions plus spectaculaires, plus immédiates.

Elle allait devoir les contrôler. Les empêcher de faire des bêtises qui compromettraient tout le mouvement.

C'était un équilibre délicat. Et elle marchait sur un fil de plus en plus fin.

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