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Le professeur Isselam et Agnès avaient une conversation très animée, toujours sur le sujet : le voyage dans le temps. Ils s’étaient aperçus que les cahiers découverts par Scipion contenaient des données qui pouvaient résoudre leurs problèmes.
Agnès avait commencé à les éplucher, aidée par les textes explicatifs que Scipion lui avait traduits. Elle n’avait pas encore tout exploré et certaines équations lui paraissaient obscures, pour tout dire, incompréhensibles. Mais elle était certaine qu’ils arriveraient à tout comprendre et à appliquer ces nouvelles données à leur projet.
Isselam restait plus prudent, mais il sentait qu’il fallait déployer toute l’énergie dont ils étaient capables pour franchir le dernier obstacle.
Agnès affirmait que des modifications de la machine tenant compte des nouvelles données disponibles permettraient d’assurer le retour du passé. Mais elle attendait la traduction des commentaires de leur auteur que Scipion n’avait pas encore terminé.
John était du même avis mais le problème des coordonnées spatiales du point d’arrivée restait entier.
Deux jours plus tard, Agnès revint avec le sourire :
— John, j’ai une excellente nouvelle !
— J’en ai l’impression.
— Scipion a complété les traductions et le résultat est spectaculaire.
— Raconte.
— J’ai vérifié toutes les équations avec l’aide des commentaires, sans lesquels je n’aurais pas pu m’en sortir. Il va falloir repenser entièrement la machine, mais j’ai tous les éléments pour sa programmation : il sera possible de déterminer à l’avance les coordonnées spatiales et temporelles permettant de faire un saut dans le passé à un endroit donné, pour une durée donnée. Le temps de séjour dans le passé est très important car le retour se fera automatiquement à son terme.
— Très intéressant.
— Il faut bien comprendre deux conditions essentielles, pour ne pas dire vitales. Nous connaissons déjà la première condition, qui est la plus facile à respecter : le voyageur doit aller dans une époque située avant sa naissance, sous peine de ne jamais revenir.
— Oui, rien de nouveau.
— La deuxième condition est la plus importante : le voyageur doit se trouver exactement à son point d’arrivée dans le passé, une seconde au moins avant l’heure de retour, sous peine, là encore, de ne jamais revenir.
— Conformément au deuxième aphorisme des paradoxes du temps : « on ne peut pas en même temps être au four et au moulin ».
John Isselam avait décidément une prédilection pour les dictons populaires. Il reprit :
— Je comprends. Tu vas me passer toutes tes notes pour que je les étudie et, dans quelques jours, on se reverra pour repenser la machine et envisager les premiers tests. On a eu une sacrée chance et je crois qu’on tient le bon bout !
— On peut le dire, et si ça marche ce sera finalement grâce à ta curiosité d’enfant.

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