44

3 minutes de lecture

Scipion traduisait maintenant plus facilement, il avait acquis suffisamment de vocabulaire et n’avait aucun problème au point de vue grammatical. Il lisait presque à livre ouvert.

Journal de Syvantha Prom

Mon patron, le professeur Martino m’avait prévenue du danger que représentait l’enquête en cours sur toute notre équipe et nous avons décidé une manœuvre de diversion qui a parfaitement réussi et nous a permis de revenir dans les bonnes grâces du Gouverneur Général. Je siégeais au Haut Conseil de la Résistance et j’ai eu beaucoup de mal à faire comprendre à une faible majorité de ses membres qu’il fallait faire profil bas et cesser toutes les actions en cours pour faire croire aux autorités que le mouvement de révolte était dompté.

Il interrompit sa lecture pour se demander s’il ne devait pas informer le Dirigeant, par l’intermédiaire du Comité, de sa découverte et des données contenues dans la suite du Journal. Après une brève hésitation, il estima qu’il n’y avait pas urgence et décida de continuer sa traduction sans prendre aucune note.

Journal de Syvantha Prom

Nous avions entamé une réflexion qui fut très longue sur notre doctrine et sur la stratégie à adopter pour l’appliquer. Nous voulions revenir à une démocratie à taille humaine, c’est-à-dire pouvoir élire nos représentants et avoir des gouvernements locaux qui respectent les libertés et les droits de l’homme. Nous voulions revenir au système politique qui existait encore au début du XXIe siècle, avant que la grande fédération mondiale soit formée et piétine les droits de l’homme, restreigne les libertés les plus élémentaires : se déplacer, exprimer ses idées dans le respect de celles des autres et surtout la liberté de pensée.

Scipion resta songeur et essaya d’imaginer cette société idéale. La civilisation dans laquelle il vivait en était très éloignée. Il réfléchit à l’organisation de la société telle qu’on la lui avait enseignée pendant ses études.

Après le Grand Orage, la vie souterraine avait dû s’organiser. La population, complètement désorientée, s’était réfugiée dans les galeries du métro où, miraculeusement, l’électricité fonctionnait encore.

Rapidement, des personnalités ayant suffisamment de charisme et d’autorité s’imposèrent comme leaders, car il fallait gérer les pénuries et instaurer une certaine discipline. Tout manquait : eau, nourriture, vêtements, médicaments, etc.

Le bilan des ressources fut vite fait et les survivants, encore hébétés, se laissaient conduire comme des enfants, obéissant sans poser de questions.

Cinq personnalités émergèrent du chaos et formèrent un gouvernement provisoire qui élabora en quelques heures une Charte, sorte de constitution qui s’imposa à tous et contribua à mettre un peu d’ordre. Par la suite, ces cinq personnages furent appelés les Pères Fondateurs.

Le peu de nourriture qui avait pu être sauvé fut réquisitionné et un système de rationnement mis en place. Le problème de la nourriture, prioritaire, fut réglé par la création de cultures hydroponiques ; les premières semences avaient été rapportées par des hommes qui étaient retournés en surface, cet acte courageux leur ayant couté la vie. Petit à petit la vie s’organisa ; tout était à recréer ou à inventer. Des logements furent creusés dans les murs des galeries. Les compétences des uns et des autres étaient utilisées au mieux, pour construire, équiper, sécuriser, enseigner, soigner.

Les cinq gouvernants élurent parmi eux le Dirigeant et les quatre autres avaient chacun la responsabilité d’un secteur, sorte de ministère : alimentation, énergie, enseignement et sécurité. Il n’y avait pas d’élections et le renouvellement des gouvernants se faisait par cooptation.

L’obéissance au Dirigeant et à ses adjoints était un impératif catégorique et l’enseignement y contribuait. Il fallut attendre la troisième génération pour obtenir un peuple discipliné et respectueux des règles. La criminalité ou la délinquance n’existaient pas et la solidarité était générale.

Toutes les issues vers la surface avaient été soigneusement colmatées et le Monde d’Avant avait disparu de la mémoire collective, seuls quelques initiés continuaient à étudier le passé et le Grand Orage.

La population était sereine.

Annotations

Vous aimez lire Vaintrasse ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0