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Une grande consternation régnait dans le laboratoire du professeur Isselam : le premier aller-retour dans le passé s’était soldé par la mort du voyageur, le rat. Le vétérinaire consulté avait conclu, après autopsie, que le rat était mort de faim et de soif, ce qui était totalement incompréhensible.
Isselam avait demandé que tous les calculs soient refaits et que la machine soit démontée pour rechercher un éventuel défaut de conception.
Plusieurs jours passèrent et aucune erreur n’avait été trouvée. Le démontage de la machine prit beaucoup de temps et chaque pièce fut vérifiée minutieusement. Le moral était au plus bas quand une erreur de raisonnement apparut : le voyageur était envoyé dans le passé à la vitesse de la lumière, or à cette vitesse le temps s’écoule plus lentement ; la durée de deux heures théoriquement programmées pour le séjour dans le passé correspondait à près de deux jours.
Toute l’équipe se mit au travail pour calculer le plus finement possible à combien de temps de séjour dans le passé correspondait une heure de façon à éviter un nouveau déboire.
La machine fut entièrement révisée, remontée et testée en vue d’une nouvelle tentative.
Le nouveau voyageur fut choisi avec soin parmi plusieurs individus et les réglages furent très minutieux.
Les paramètres de l’expérience étaient identiques aux précédents à la durée près : saut d’un an au même endroit mais séjour dans le passé de deux heures, soient deux jours.
Le grand jour arrivé l’équipe était au complet et Scipion avait été invité. Le rat était libre dans sa cage et un système automatique était censé lui délivrer sa pitance quotidienne ; trois jours de nourriture étaient prévus.
A la fin du compte à rebours, la machine émit un faible ronronnement et le rat disparut, ainsi que sa cage. Tout le monde retint son souffle et regardait l’aiguille du minuteur qui avait démarré pour deux heures.
Quand l’aiguille s’arrêta sur le zéro, la machine émit à nouveau un discret ronronnement et le rat réapparut dans la machine, toujours dans sa cage et cette fois bien vivant ; un jour de nourriture était encore disponible.
Des cris de joie retentirent, tout le monde s’embrassait et félicitait Isselam qui avait les larmes aux yeux.
Scipion le serra dans ses bras et lui murmura à l’oreille :
— La prochaine fois, je serai le rat.

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