Richer et autres vermines - 001
Ils partagent tous le même regard de misère. Dans leurs orbites se trouvent deux grosses balles jaunâtres avec une pupille nerveuse et imprécise dessinée sur chacune d’entre elles. Chaque globe occulaire se cache sous des lambeaux de peau collées sur le visage un peu aléatoirement. Et par-dessus ça (et, là, j’en ris encore) des rideaux de cils grotesques s’amusent à se replier sur eux-mêmes, abattus, pathéthiques et parfois même secrètement suppliants. D’habitude, ces trous se remplissent d’une espèce de liquide oculaire qui hydrate toute la machine. Je ne dis pas qu’ils n’en ont pas, mais je n’ai jamais vu leurs balles séchées s’hydrater ou mouiller pour quoi que ce soit.
Par ailleurs, la nuit dernière, j’ai fait un drôle de rêve. Un homme qui m’était alors inconnu mâchouillait leurs rétines (et qu’est-ce que j’étais jaloux!). Il les recrachait et les chiquait et les broyait et en redemandait encore. Là, ça allait trop loin, bien entendu, donc je me suis réveillé. La nuit consista en une errerance dans mon appartement jusqu’au petit matin. Le silence était plat, horizontal. Je suis retourné au lit et j’ai encore rêvé de leurs rétines mêlées à des dents et à de la salive. L’homme est revenu, toujours en rêve. Il était assis par terre. Il était assis par terre, oui, dans une salle très blanche. Il était vêtu de blanc. Je pense que c’est le plus bel homme que j’ai vu de ma vie. Il n’avait pas de nom.
À mon réveil, les dents qui broient revenaient dans mes oreilles. Elles me rappelaient un sillement. Le signe d’une trahison peut-être. Je ne sais plus.
Je me suis fait de la viande au lever. Ce n’est pas dans mon habitude. Je mange très peu le matin. Parfois, je me fais cuire un œuf, mais rarement plus. L’été, j’admets me faire plaisir avec un pamplemousse sur lequel j’aime saupoudrer un peu de sucre.
En plus de ça, ces êtres de misère dégagent un parfum de dèche. Plus que ça, dès qu’on les voit, on reconnaît aussitôt qu’ils descendent et proviennent de la dèche. Rien que ça. Ni plus, ni moins.
On les reconnaît aussi par leur épiderme qui, même propre, demeure visqueux qu’elle que soit la saison. Cependant (et je suis forcé de l’admettre) avec un peu de chance, de loin, et avec beaucoup de parfum, ce n’est pas toujours évident, même pour un œil averti.

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