Chapitre 3

5 minutes de lecture

German Baxter lui demanda de positionner des rendez-vous avec tous les employés de la maison Bouchard, de la couturière aux responsables sans omettre personne. Cela avait été un vrai casse-tête de pouvoir coller aux horaires et contraintes de chacun, mais elle s’était plutôt bien débrouillée. Fière d’elle, elle s’autorisa une pause.

Marlon Horton, le responsable de production, était dans la salle repas quand Eva entra pour se servir une tasse du café qu’elle venait de faire couler. Marlon, l’homme qui pensait plaire. Celui qui avait toujours les mains baladeuses. De petits gestes qui se voulaient anodins, mais qui vous mettaient mal à l’aise.

Eva essayait le plus souvent de garder ses distances, mais Marlon savait toujours comment se rapprocher. Elle ne le supportait pas et se raidissait à chaque rencontre retenant ses émotions, trop fortes dans ce type de situation. Elle évitait tout esclandre avec M. Baladeuse, comme on le surnommait chez Bouchard.

Il lui tendit sa tasse et pendant que le nectar noir coulait, il tenta de se renseigner sur German. Il paraissait inquiet. Eva le rassura sur la bienveillance du personnage. Il profita de l’inattention de son interlocutrice pour se rapprocher et remettre une mèche de cheveux, défaite de son chignon, derrière son oreille. Il rit sarcastique, devant son geste de recul. Marlon n’hésita pas à poser la main sur l’épaule d’Eva, l’immobilisant légèrement. Le ton moqueur ne lui échappa pas lorsqu’il proféra « Ah ma petite Eva, toujours aussi apeuré qu'un chaton ? ».

Eva excédée ou vexée, elle ne savait pas bien, lui signifia sèchement qu’il était l’heure de son rendez-vous et lui tourna le dos pour sortir de la pièce. Elle le sentit sans le voir, Marlon dirigeait son regard sur un endroit beaucoup trop bas.

Le vendredi arriva enfin et Eva avait hâte de rentrer pour siroter un verre de vin avec Peter.

- Mlle Aguilar?

Eva sursauta au son de la voix de German Baxter

- Oui.

- Je vous ai fait peur ? dit-il avec un sourire en coin.

- J’étais concentrée et…

Il la coupa dans son explication, pas très intéressé.

- Je viens de me rendre compte que vous n’avez pas positionné votre rendez-vous.

- Mon rendez-vous ?

- Lorsque je vous ai demandé de positionner des rendez-vous pour l’ensemble des employés, je vous comptais parmi leur nombre…

- Ah ! Bien sûr ! répondit-elle en rougissant, je vais voir où je peux caler ça.

- Est-ce que dans une heure cela vous irait ?

Elle n’osa pas lui rétorquer que dans une heure elle entamerait enfin son week-end. Alors, elle accepta avec abnégation. Le devoir avant tout. Elle prit son téléphone et envoya un message à Peter.

« Heures supp ce soir. Aurais du retard »

Elle entendit le bip l’alertant de la réception d’un message.

« Nouveau patron abusif ?? »

Elle sourit, c’était du Peter tout craché. Toujours à donner des petits surnoms. Elle décida d’avancer sur la préparation du budget avant de passer à l’interrogatoire du patron « abusif ».

À 17h55 German Baxter sortit de son bureau, son manteau sur le bras.

- C’est vendredi et j’ai besoin d’un verre, cela ne vous dérange pas si nous faisons notre entretien au bar d’en face, cela sera plus convivial.

Eva ouvrit la bouche, mais aucun son ne sortit tellement cette invitation la déroutait.

- Alors… ?

- Oui, si vous voulez. répondit-elle timidement.

Eva se leva, prit son manteau et son bonnet, sous le regard d’un German Baxter qui la rendait nerveuse sans qu’elle comprenne pourquoi. Et voilà qu’elle allait prendre un verre avec lui ! Et qu’elle se mettait dans tous ses états comme une adolescente lors de son premier rendez-vous amoureux. Alors qu'ils attendaient l'ascenseur, Carla arriva derrière eux. Elle entama une conversation avec German comme si Eva n'existait pas. Ils traversèrent la rue pour rejoindre le bar, laissant une Carla vexée de ne pas être invitée à se joindre à eux.

Ils prirent place au comptoir et commandèrent :

- Une pression pour moi. Et pour vous ?
- Un verre de vin rouge, français de préférence.
- Bordeaux ça vous va ? dit le barman.
- Parfait, dit-elle avec un petit sourire
- Alors Mlle Aguilar…
- Eva
- Ah, Eva, répondit-il après l’avoir dévisagé longuement.
- Et voici vos verres messieurs dames. dit le serveur coupant court au léger malaise qui venait de s’installer entre eux.
- Eva donc...
- Elliott m’appelle Eva, cela sera plus simple. Comme si une explication était nécessaire.
- Certainement lui dit-il dans un sourire moqueur. Depuis combien de temps travaillez-vous pour Bouchard déjà ?
- Presque neuf ans maintenant.
- Vous avez commencé bien jeune dite-moi ?
- J’avais vingt ans tout juste quand j’ai commencé à travailler pour M. Bouchard.
- Cela vous fait donc vingt-neuf ans, je vous imaginais plus jeune. dit il en penchant la tête pour la regarder
- Vraiment ? dit-elle presque flattée, maudisant le rouge qui montait sur ses pommettes.
- Votre vin est bon ? dit German détournant la conversation.
- Je dirais passable.
- Pourquoi êtes-vous restée si longtemps chez Bouchard ?
- J’ai toujours été intéressé par la mode. J’aurais voulu être styliste, mais le destin en a décidé autrement.

Elle ne releva pas son haussement de sourcil et le regard qu’il coula sur ses vêtements qui voulait dire "au vu de votre accoutrement on ne le devinerait pas".

- M. Bouchard m’a fait confiance et je suis plutôt quelqu'un de fidèle. Voilà pourquoi je suis restée chez Bouchard.

L’échange était cordial et pas déplaisant dans le fond. German Baxter mettait un point d’honneur à connaître personnellement toutes les personnes qui travaillaient sous son autorité. Et il tenait à ce que son personnel en sache un peu plus sur lui. Elle apprit donc qu’il avait fait une école de commerce pour répondre aux attentes de ses parents et qu’il s'était ensuite orienté vers le stylisme, pour répondre à son désir à lui. Au bout d’une heure et demie, et trois verres, Eva se mit à regarder sa montre. Peter devait l’attendre depuis plus de trois-quart d’heures maintenant, et même si elle l’avait prévenu, elle n’aimait pas faire attendre.

- Je vois que ma conversation vous passionne…dit German remarquant ses petits coups d’œil.
- Oh, ce n’est pas ça. Excusez-moi, mais j’avais un rendez-vous et j’ai déjà beaucoup de retard.
- Oui, je suis impardonnable de vous retenir ainsi Eva. Je vous raccompagne.
- Oh pas la peine ! J’habite tout près.
- Alors je vous raccompagne tout près. Hors de question que vous rentriez seule.
- J’ai l’habitude, vous savez…
- De rentrer seule ?

Elle sentit la moquerie au fond de sa voix, mais s'abstint de répondre à cette insinuation. Qu’il pense ce qu’il voulait. Elle, elle préférait de loin rentrer seule de toute façon. Toutefois, il n’en démordit pas et la raccompagna jusqu’à son hall d’entrée.

Annotations

Versions

Ce chapitre compte 4 versions.

Vous aimez lire Vanecia ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0