Chapitre 5

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Le vendredi suivant, veille de vacances, Eva se prépara pour la soirée de Noël. Elle espérait que ses collègues apprécieraient l’organisation. Ce n’était pas la première fois, mais le trac l'habitait toujours, angoissée qu'un grain de sable ne vint enrailler son organisation.

Devant la penderie de sa chambre, elle réfléchit à ce qu’elle pourrait porter. Elle ne pu s’empêcher de repenser à la remarque déplacée de « M. Abusif » comme elle l’appelait avec Peter.

Peut-être pourrait-elle faire un effort pour ce soir ? Mais du coup, ne le prendrait-il pas pour une reddition ? Elle ne voulait pas qu’il pense qu’il pouvait la manipuler à sa guise sur des sujets personnels. Et puis , elle n’avait rien d'aguichant dans sa garde-robe.

Elle opta pour un chemisier blanc qui devait faire deux tailles de plus qu’il n’aurait fallu et le rentra dans une jupe noire ample lui arrivant aux genoux. Elle s’autorisa tout de même des escarpins à talons. Pour changer, plutôt qu’un chignon tourné à la va vite, elle noua ses cheveux bien serrés sur sa nuque.

Quand elle arriva au bureau elle se sentit gênée par son accoutrement. Beaucoup avait fait un effort et s’étaient mis sur leur trente et un.

Carla était époustouflante dans son fourreau rouge qui s’alliait parfaitement à son teint de brune. Jude avait elle aussi opté pour une robe cocktail, noire, simple et élégante. Seul German Baxter avait gardé le look business, cravate en moins. Elle se doutait qu’il n’avait pas eu le temps de rentrer se changer.

Il discutait avec Carla qui minaudait comme une chatte, envahissant l’espace intime d’un German Baxter qui restait poli et professionnel sans toutefois sembler être dupe. Eva admira la perspicacité de cet homme qui ne se laissait pas émouvoir par les faux semblant.

Eva tourna le dos à la scène qui l’exaspérait et s'approcha du bar improvisé pour prendre une coupe de champagne. Elle regardait tous ses gens qui souriaient, heureux de l’événement. Ses collègues qu’elle côtoyait au quotidien depuis de nombreuses années étaient ce qui se rapprochait le plus d'une famille pour elle, même si, comme à l’instant, elle se sentait parfois l’originale du clan que l’on acceptait sans tout à fait l’aimer.

Elle ne se rendit pas compte que German Baxter s’était approché et elle sursauta éclaboussant de son champagne Mathilda, l’une des couturières, juste à ses côtés. Elle se précipita pour éponger le chemisier de Mathilda qui la repoussa dans un soupir et se leva. German la regarda faire avec ironie. Eva avait une candeur rafraîchissante qui l'amusait.

- Bravo Eva c’est très réussi c’est tout à fait dans l’esprit de ce que je souhaitais.

- Merci c’est gentil.

Le buffet était délicieux et la décoration dans les tons or, vert et rouge traditionnels de Noel, réussie. Eva n’avait rien oublié, le champagne, le vin. Tout était à disposition pour que chacun puisse passer une excellente soirée. Elle avait même accompli l’exploit de trouver un orchestre qui jouait les chants de noël de façon feutrée. La musique d’ambiance était une bonne idée. Carla s'approcha de German, se colla contre son bras et se pencha pour récupérer une coupe de champagne. Elle entama la conversation avec un German qui s'excusa du regard auprès d'Eva. Eva de son côté en profita pour s'éclipser et rejoindre ses amis.

Eva, Jude et Guisseppe les trois inséparables compères avaient un peu forcés sur les verres et le rire bécasse de Jude retentissait fort dans la salle. Elle s’éclaffait devant les danseurs et leur chorégraphie des plus improbable sur un « All I want for christmas » tonitruant. Emêchée, mais pas trop, car elle n’aimait pas perdre le contrôle, Eva eut besoin de se rendre aux toilettes. Et s’éclipsa discrètement sans apercevoir l’ombre qui la suivait.

Alors qu’elle s’aspergeait le visage, le bruit de la porte lui fit tourner la tête.

Marlon Horton entra, l'oeil étrange. Le genre de regard qu’elle connaissait bien, celui de la convoitise. Il ferma la porte à clef et s’approcha tranquillement d'Eva qui sentit une angoisse dérangeante lui serrer la gorge. Elle l'observa avancer à travers le miroir et se positionner derrière elle, les mains sur ces épaules qu’il commença à masser.

-Ah Eva, je ne sais pas ce qui m’attire en toi.

Son élocution trainante lui fit dire qu’il avant sans doute trop bu.

-Marlon, je pense que vous avez un peu trop bu….

-Non, non j’aurais un peu moins bu que j’aurais quand même envie de faire ça dit-il en descendant ses mains sur ses seins et en les malaxant brutalement.

-Non !

Elle sentit la panique monter. Elle tenta de se dégager mais il resserra son étreinte. Bloquant ses bras, il tira, brutal, sur son chignon. Ses boucles brunes tombèrent sur ses épaules. Il entortilla une mèche de cheveux autour de son index. Il l'amena sous son nez, en respira le parfum. Eva se tortillait pour essayer de se défaire du bras d’acier qui l’enserrait.

-Oui frotte toi ma belle, tu m’excite. Lui murmura-t-il à l’oreille.

-Non arrêtez Marlon s'il vous plaît, arrêtez.

Il attrapa ses cheveux à pleine main, lui arrachant un râle de douleur alors que sa tête basculait en arrière.

-J’ai toujours voulu voir ce que tu cachais sous tes vieilles fripes. Je mettrais ma main au feu que ça vaut le détour.

En lui disant cela, il mordillait sa mâchoire faisant naître un frisson d’effroi à Eva. Lorsqu’il voulut l’embrasser, elle n’hésita pas et lui mordit la lèvre si fort qu’il la lâcha dans l’instant. Elle tenta de courir vers la porte, mais il la rattrapa par l'arrière de sa chemise, tendant le tissu dont les premiers boutons sautèrent découvrant sa poitrine. Bloquée dans son élan, elle glissa sur le carrelage et tomba à quatre pattes. Il se rua sur elle, la plaqua dos au sol et s’agenouilla enserrant ses cuisses de ses genoux, l’empêchant ainsi de bouger. Cette fois ce n’était plus de la convoitise dans son regard mais une colère mêlée d’une froide détermination. Elle se tétanisa, des images qu’elle s’efforçait de repousser ressurgirent. La rage de Marlon, la ramenait à une terreur passée. Son esprit semblait avoir quitté son corps. Elle observait la scène en spectatrice sans être capable d'effectuer le moindre geste.

-Petite salope !

La gifle qui accompagna l’insulte fut si violente qu’elle laissa retomber sa tête sur le froid carrelage, s’assommant à moitié. Elle percevait les larmes couler au coin de ses yeux, ses muscles ne répondaient plus, seuls ses gémissements et supplications qui semblait sortir d'un autre corps, résonnaient à ses oreilles, seul rappel de sa présence dans le temps présent.

- Tu vas les écarter pour moi tes jolies cuisses. Disait-il en lui relevant sa jupe.

Il inséra un genou entre ses jambes, la forçant à s'éxécuter. De sa main gauche, il commença à défaire maladroitement la fermeture de son pantalon.

-S’il vous plait…

Elle suppliait. Son corps bouillait d’un mélange de peur et de colère, mais la peur gagnait sa raison, la rendant incapable de se défendre, paralysée.

- Petite trainée, si c’était ton bellâtre de patron qui te le demandait, tu ne te ferais pas prier. Je t’ai vu le regarder. Cracha-t-il véhément en déchirant, d’un coup sec sa chemise.

Elle entendit à peine la poignée de porte qui s’agitait et les coups frappés. Dans le brouillard de sa peur, elle crut entendre une voix. Elle voulut émettre un son mais Marlon lui plaqua la main sur la bouche.

German qui était allé chercher quelques papiers dans son bureau, fut interpellé par de drôle de bruits qui provenaient des toilettes des dames, se rapprochant il entendit une voix d’homme sans discerner ce qu’il disait et les gémissements d’une femme. Il voulut tourner les talons, souriant, pensant qu’il s’agissait d’un couple qui s’était isolé mais il entendit alors comme une gifle et le mot « salope » très distinctement et à bien y réfléchir ce qu’il avait pris pour des roucoulements étaient plutôt des sanglots. Il s’approcha de la porte tenta d’ouvrir, sans succès, et il perçut un homme s’exprimant avec colère et les suppliques d’une femme. Son sang ne fit qu’un tour, il s’acharna sur la poignée, donna des grands coups sur le vantail :

« Eh qu’est-ce qu’il se passe là-dedans ? »

Il se rappela avoir un passe qui ouvrait l’ensemble des serrures dans son bureau. Il courut et revins en moins d’une minute. Il introduit la clef et poussa, pressé.

L'homme qu’il voyait de dos cherchait à remonter les jupes d’une femme qui pleurait d’épouvante. Il n’hésita pas une seconde l'attrapa par les cheveux et le releva. Marlon Horton !

- Horton ! dit la voix surprise de German.

German jeta un œil de côté pour voir qui était la victime de cet enfoiré. Il écarquilla les yeux en voyant Eva recroquevillée sur elle-même, tremblante. La colère monta en lui incontrôlable. Il plaqua Marlon contre le mur, l’avant-bras appuyant sur sa gorge et le dévisagea avec dégout :

- Quoi vous êtes surpris qu’elle veuille écarter ses cuisses pour moi patron !

- Vous êtes complètement saoul Horton.

- Ouais en attendant elle en voulait la petite

Le coup de poing que German colla à Marlon aurait pu lui faire décrocher la mâchoire.

La voix glaçante, German lui demanda de sortir et ajouta :

- Votre démission demain matin sur mon bureau.

Marlon ne se retourna même pas et sortit titubant, reboutonnant son pantalon.

German se baissa vers Eva qui eut un mouvement de recul.

- Tout va bien Eva, il est parti.

Elle leva les yeux sur lui, des prunelles imbibées de larmes. Le vert lumineux, l’aimanta, il n’avait jamais vu des iris pareils. Comment avait-il fait pour ne pas les remarquer jusqu’à présent. Ah oui ses grosses lunettes qui lui mangeait le visage. Il se retourna et les trouva sur le rebord du lavabo dont l’eau coulait toujours. Il referma le robinet, ramassa les lunettes et les lui tendit. Elle s'empressa de les remettre sur son nez. Il garda sa main tendue pour qu’Eva puisse s'appuyer pour se relever. Elle accepta et il l’aida doucement à se redresser prenant soin de ne pas la toucher. Elle apprécia. Vu l’agression qu’elle avait subie, elle ne l'aurait pas supporté.

Il vit alors son chemisier déchiré et entrevit sa poitrine bombée. Il dû s’ébrouer mentalement pour ne pas regarder. Quel gentleman en profiterait ! Il enleva sa veste et la lui tendit.

- Venez Eva je vais vous raccompagner chez vous.

Elle ne dit rien mais le suivit. Sans trop se l’expliquer, elle savait pouvoir lui faire confiance, elle n’imaginait pas German Baxter se comporter comme Marlon Horton. Ses larmes et sanglots revinrent de plus bel lorsqu’elle se remémora son incapacité à se défendre, à hurler pour qu’on l’entende Elle avait tout fait pour éviter ce genre de situation mais cela n’avait pas suffi. Et si German n’était pas passé par là, elle n’osait envisager la suite. Elle s’assit sur le siège passager de la voiture de German, il prit place côté conducteur, la regarda, lui tendit un mouchoir et lui posa la main sur l’épaule en un geste de réconfort lui murmurant des mots apaisants de sa voix chaude et sensuelle.

- C’est fini maintenant Eva, vous êtes en sécurité.

Il mit le contact et démarra. Ils arrivèrent devant l’immeuble d’Eva. Ils montèrent. Eva voulu ouvrir la porte mais sa main tremblait tellement que German dû l’aider.

L’appartement d’Eva était coquet. Pas très grand mais joliment décoré. German pris Eva par le coude et la guida jusqu'au canapé où il la fit assoir. Il se dirigea ensuite vers le frigo :

- Où se trouve vos torchons ?

Eva sursauta comme si elle revenait à la réalité. Les yeux perdus, elle semblait ne pas avoir compris.

- Où sont vos torchons Eva ? répéta German.

- Dans un des tiroirs à côté de l’évier.

German après avoir ouvert trois tiroirs pris un torchon s’approcha du frigo et fit tomber de la glace dans son milieu. Puis, il vint s’assoir près de Eva et lui posa la poche improvisée sur sa joue endolorie.

Il la regarda avec compassion et lui demanda :

- Que s’est-il passé ?

Il vit son regard s’assombrir, elle respira profondément avant de répondre :

- Je ne sais pas, il a débarqué comme ça. Je n’ai rien fait pour ça…

- Je sais Eva, vous n’êtes pas responsable.

- Il voulait…Il me disait….

German soupira, elle n’était visiblement pas en état de parler de son agression pour le moment. Il se leva et la regarda intensément.

- Prenez quelques jours Eva, je vais rentrer et je reviendrais demain pour que l’on discute de tout cela ensemble.

Il prit le chemin de la porte et se retourna avant de partir lui souriant avec confiance.

- Vous ne craignez plus rien maintenant que vous êtes chez vous.

Elle se leva le regard affolé, la main crispée sur la veste qu'il lui avait prêté, pour qu’elle ne s’ouvre pas.

- Non, non ne partez pas…s’il vous plait

Il stoppa net. Il se sentait un peu son chevalier ce soir et lui refuser quoi que ce soit, lui paraissait impossible. Il ne sut jamais si c’était le tremblement de sa voix, la panique dans son regard ou la fragilité qui se dégageait de toute sa personne mais German n’eut pas le cœur de résister alors même qu’il dépassait une limite qu’il s’était toujours interdite.

- Très bien si vous le souhaitez. Je vais d’abord passer quelques coup de fil et demander à Bouchard de clôturer la petite fête à ma place.

- Ne lui dites rien…

- Quoi ? Mais il doit savoir.

- Je ne préfère pas, s’il vous plait.

- Très bien si vous le souhaitez pour l’instant. Mais ce salaud ne s’en tirera pas comme cela.

Eva lui sourit en signe de remerciement. Elle se sentait plus rassurée maintenant qu’elle savait qu’il resterait pour la nuit. Elle prit la direction de la douche, prise d’une irrésistible envie de se laver, de se nettoyer du touché de Marlon, laissant German planté, debout au milieu du hall d’entrée.

Quand elle revint, moulée dans son peignoir, les cheveux encore ruisselant d’eau, il était assis sur le canapé pianotant sur son portable.

- Vous vous sentez mieux ?

- Oui, merci répondit-elle d’une petite voix.

- Vous devriez aller vous coucher et vous reposer.

Eva acquiesça en se dirigeant vers la porte de sa chambre.

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