Chapitre 7 — Seule sur la route

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POV Vivian (Présent)

— Personne ne partira les sauver… dis-je à voix haute, plus pour moi-même que pour l’armure immobile face à moi.

J’avais encore le journal dans les mains, le serrant si fort que mes doigts en devenaient douloureux.

En regardant autour de moi, je compris que tout ce qu’il me restait désormais, c’était mon père.

Mais lui… il n’était pas seul.

Pour ma mère, pour mes frères et mes sœurs… qu’allait-il leur arriver ?

Les utiliseraient-ils comme des poupées ? Les jetteraient-ils comme du bétail sur les routes de la guerre ?

Personne ne viendrait les aider.

Personne.

Je me levai brusquement et commençai à remettre la pièce en ordre, non pas par souci de propreté, mais pour m’occuper l’esprit. Je déposai sur la table tout ce qui pouvait m’être utile : du pain, des couteaux, une casserole… tout ce que je trouvais dans la cuisine.

Je me rendis ensuite dans la chambre de mes parents. Elle aussi avait été retournée de fond en comble. Mais mon père avait toujours été prévoyant.

Je m’agenouillai dans un coin de la pièce et arrachai trois lattes de bois du plancher. Le coffre familial apparut. Je le sortis de sa cachette et le déposai près de tout ce que j’avais déjà rassemblé.

Je pris le sac de mon père et commençai à y ranger méthodiquement ce qui pourrait m’être utile.

Avant de refermer le sac, je jetai un dernier regard au contenu du coffre. À l’intérieur se trouvaient plusieurs bourses, chacune appartenant à l’un de nous.

Je pris celle de mon grand frère, puis la mienne.

Je fus tentée de prendre aussi celle de mon père… mais non. Lui aussi en aurait besoin désormais.

Dans le coffre se trouvaient également les boucles d’oreilles de ma mère. Je les pris avec précaution et les attachai au bracelet de mon frère, comme pour les maintenir ensemble.

Je pris ensuite le couteau qui reposait sur la table et coupai la tresse que je portais dans le dos. Je l’abandonnai dans le coffre avant de le remettre soigneusement à sa place. Ce serait le seul message que je laisserais à mon père.

Une fois mon sac bien rangé et fermé, je me mis à genoux devant l’armure. Je la regardai en détail : elle n’émettait plus aucune lumière, aucun glyphe ne semblait encore animé.

Je tapotai légèrement le casque de deux doigts.

— Hé… il y a quelqu’un ?

Aucune réponse.

Je tentai alors de l’enfiler, mais la tâche se révéla bien plus compliquée que je ne l’avais imaginé. La lumière dans la maison faiblissait peu à peu. En me retournant, je vis le soleil approcher de l’horizon, prêt à laisser le monde dans l’obscurité.

Je récupérai ce qu’il restait de la lampe à huile pour m’éclairer, tandis que je faisais de mon mieux pour démonter l’armure. Chaque pièce était maintenue par de solides sangles de cuir, retenues par la cotte de mailles en dessous.

J’enfilai chaque élément au fur et à mesure, commençant par la cotte de mailles, puis les bottes de fer. Cela me prit un certain temps.

Une fois l’armure entièrement sur moi, je réalisai, à ma grande surprise, que malgré son apparence, elle n’était pas aussi lourde que je l’aurais cru.

Je m’assis sur une chaise et fixai le casque resté sur la table.

— Mais qu’est-ce que je fais…

Je tentai encore une fois de lui parler, espérant une réponse.

Mais rien. Seul le silence de la pièce répondait, accompagné du vacillement de la flamme de la lampe à huile.

Je me relevai et rangeai encore deux ou trois choses dans la maison. À travers la fenêtre, je vis passer plusieurs lueurs dans l’obscurité. Malgré le drame, le village semblait encore en mouvement.

La porte de la maison s’ouvrit doucement, laissant entrer la lumière tremblante d’une petite lampe. Une silhouette couverte d’un voile apparut sur le seuil.

— Vivian… on te cherchait.

Sa voix s’interrompit aussitôt lorsque son regard se posa sur moi.

Elle entra sans un mot et referma la porte derrière elle. Puis elle s’approcha et me serra dans ses bras. Je sentis ses sanglots contre mon épaule.

Elle ne dit rien. Elle posa simplement son front contre le mien. Je chéris cet instant, partagé avec elle, loin de tout ce qui venait de se passer.

— Quoi qu’il arrive, tu auras toujours une place ici, d’accord ? dit-elle en me regardant droit dans les yeux.

— Je le sais… répondis-je, gênée par cette douceur.

Je saisis alors le casque de l’armure et le plaçai sur ma tête, l’attachant soigneusement au reste de l’équipement, tandis que je prenais le sac dans ma main.

Je décrochai ensuite l’arc de chasse de mon père, accroché au mur, ainsi que quelques flèches pour compléter ce dont j’aurais besoin. Ma tante me regardait sans rien dire. En jetant un dernier coup d’œil dans sa direction, je la vis esquisser un léger sourire, aussitôt contredit par des larmes silencieuses.

— J’y vais, dis-je une dernière fois avant de franchir le seuil.

— Va… et n’aie aucun regret, répondit-elle doucement, juste avant que je referme la porte derrière moi.

Je partis dans la nuit, suivant la direction que mon père m’avait indiquée, quittant le village sans me retourner. Sur le chemin, mes pensées se perdirent dans les souvenirs.

Les journées passées à aider aux champs, les repas en famille, les jeux avec mes frères, mes sœurs et mes cousins dans la rivière non loin de là.

En passant près du grand arbre qui marquait la sortie du village, je me rappelai comment nous grimpions autrefois dans ses branches, cherchant à atteindre le point le plus haut pour profiter de la vue qu’il offrait.

À présent, j’étais seule sur la route.

Je me retournai une dernière fois, distinguant encore deux ou trois lumières aux fenêtres du village. Une ultime pensée tenta de m’arrêter, mais je repris ma marche.

Je ne pouvais plus revenir en arrière.

Le froid de la nuit se glissa sous les plaques de l’armure, me rappelant à chaque pas que le chemin serait long et sans promesse.

Je resserrai la sangle de mon sac sur mon épaule et inspirai profondément, laissant derrière moi la dernière trace de l’enfant que j’avais été.

Désormais, chaque pas m’éloignait du village… et me rapprochait de ceux que je refusais d’abandonner.

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