L'Arcane Sans Nom
Il a des pensées assassines, de sombres desseins se dessinent. Présages inquiétants, de mauvais augures sont les dérives du temps. Le monde s'assombrit, et les cris s'amplifient, hurlements d'agonie.
Au clair de lune, des rayons ivoire auréolés de larmes de sang, il observe les affres d'un tragique moment. Le ciel clame des lamentations, appel au secours ignoré de tous ; quelle triste constatation. Si même les arbres se mettent à pleurer, qui pourra les consoler ? Les racines perdent en vigueur, l'écorce s'abîme jusqu'à ne laisser que de mélancoliques troncs aux cœurs essoufflés. Les battements se meurent, à l'instar des tambours qui se taisent et sanglotent – en silence – une mélodie funeste.
Il a tiré les cartes, le Neuf d'Épée, à découvert, à l'endroit, sur une table bancale. Que murmure-t-il dans le chaos de cette vie ? Les insomnies inondent son monde et déversent des orages là où il a tenté de faire briller le soleil, l'éclat d'une lumière emprisonnée au cœur d'une brume suffocante. Il a espéré l'attraper, mais dans le néant, il ne demeure qu'un sentiment étouffant, faisant trembler ses doigts sur la pile de cartes qu'il tente vainement d'ignorer. Celles qu'il persiste à retourner, en espérant pourtant s'arrêter, ne sont que de ternes dessins. Elles lui brûlent l'âme et la raison, engouffré dans une relation qui lui extirpe des plaintes bruyantes. Elles résonnent, en chœur, avec le tonnerre qui refuse de se taire.
La mélancolie se répand si vite qu'il s'y perd. Il s'égare dans le brouillard, jusqu'à ce que son esprit devienne bagnard, scellé dans le marbre d'une stèle glacée. Les roses, sur sa tombe, ont si rapidement fané, laissant uniquement des pétales noircis par ces minutes d'agonie. Au bout de l'allée, une brèche se dessine, tel un chemin à emprunter pour un espoir d'oublier la douleur et les erreurs, les blessures et ces centaines de cassures sur un corps abandonné au bon vouloir d'une tempête d'été.
Sur la table désormais écroulée, l'Arcane sans Nom lui sourit, ultime tirage avant que le sol ne l'avale à jamais.
Voilà un nouveau départ pour cette âme empoisonnée que le monde a laissé se fissurer.

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