Merci Maestra
Maestra,
Je ne me souviens plus de ton nom complet et peut-être que le temps a changé ton visage, mais ton titre, lui, n’a jamais quitté ma mémoire. Maestra. C’est ainsi que je t’ai toujours appelée, enfant comme adulte, même des années plus tard, même depuis la Belgique, même en revenant à Cuba avec une vie déjà différente. Ce mot est resté intact, comme un petit acte de fidélité.
Dans ta classe, nous étions quarante. Quarante enfants serrés dans nos uniformes rouges, quarante paires de chaussures noires qui faisaient mal aux pieds. Et pourtant, dès que tu entrais, un silence presque sacré s’installait. Nous nous levions quand tu arrivais, nous nous levions quand tu partais. Nous levions la main pour parler, et jamais nous n’aurions osé t’interrompre. Ce respect-là, tu ne l’imposais pas par la peur, mais par ta présence, ta constance, ta manière d’être juste.
C’est toi qui m’as appris à lire et à écrire. Deux aptitudes simples en apparence, qui ont ouvert devant moi un monde entier. Grâce à toi, j’ai découvert que les mots pouvaient devenir des refuges, des voyages, des outils pour comprendre et pour créer. Tu m’as donné les clés de tout ce qui, aujourd’hui encore, me permet de m’évader et de bâtir des univers.
Je revois Cuba : la chaleur sèche qui brûlait l’air en été et l’humidité lourde des jours de pluie qui collait aux vêtements. Je revois la salle de classe, le soleil qui passait à travers les persiennes entrouvertes, et toi, droite, patiente, attentive.
Je ne sais pas si tu te souviens de moi. Mais moi, je me souviens de toi avec un respect immense et une gratitude profonde. Tu as marqué mon enfance d’une empreinte que rien n’a effacée. Tu as été l’une de ces personnes discrètes mais essentielles, celles qui changent une vie sans jamais le savoir.
Merci, Maestra. Pour ta patience, pour ta voix, pour ta manière de croire que chaque lettre comptait. Merci d’avoir été la première à me montrer que les mots pouvaient sauver.
Avec toute ma reconnaissance,
Sayari

Annotations
Versions