2008
Stéphanie travaillait à la Section de Recherche de Bordeaux. Cette unité d’enquête de la Gendarmerie Nationale opérait sur les cinq départements de la région Aquitaine. Elle était accompagnée par Bernard Rigaud, qui était son coéquipier. L’homme s’occupa de conduire jusqu’à Castétis, une commune située entre Orthez et Pau.
- La brigade qui a ouvert la porte nous a dit que c’était pas joli à voir, commença-t-il. Ils ont retrouvé un corps dans une maison.
- Merde, c’est moche ça, déclara Stéphanie.
- On ne sait pas du tout ce qu’il s’est passé.
A leur arrivée, des gendarmes les firent passer sous des rubalises. La pluie tombait à verse en ce début de mois de mars. Un des gendarmes les amena dans la cuisine de la maison où la tête de l’homme était plongé dans une assiette. L’homme était de forte corpulence. A côté de sa chaise se trouvait un seau avec du vomi datant de plusieurs semaines, si ce n’était plus. Stéphanie fut écœurée par cette découverte. Les volets étaient fermés, il n’y avait plus de nourriture dans le frigo qui avait sa porte grande ouverte. Au dehors, il y avait une Volkswagen qui était certainement la voiture de la victime. Par conséquent, il était rapide de retrouver le nom du propriétaire. Il s’appelait Olivier Da Costa.
Quand ils allèrent à la brigade pour en savoir plus sur lui, ils purent consulter son casier judiciaire. L’homme était inconnu des services de police. Néanmoins, certains dans la brigade reconnaissaient l’avoir vu à quelques reprises à vélo sur les routes de campagne. Un homme très discret, occupé, souvent en déplacement.
- Je pense pas que grand monde le connaisse ici, commença un gendarme. A vrai dire, c’est un petit patelin tranquille où il n’y a jamais de problème.
- Vous savez s’il avait des amis en ville ou dans les alentours ? Demanda Stéphanie.
- S’il avait une femme, alors elle n’a jamais vécue ici.
Après que la déclaration du décès soit faite, le corps fut transporté à l’institut médico-légal de Pau. L’intérieur était vraiment sale, pas éclairé et pas aéré. Une certaine puanteur régnait en ces lieux. Stéphanie parvint à trouver des cartes d’embarquements pour Paris, un classeur avec de nombreux tickets de péages et des tickets de caisse de restaurants ou de fast-food. L’ordinateur présent était un simple ordinateur de bureau avec une paire de lunettes de vue placée entre l’écran et le clavier. Le reste de la maison contenait des choses que tout le monde avait. Aux côtés du téléphone fixe se tenait l’annuaire des Pages Jaunes.
Stéphanie avait le sentiment qu’il s’agissait d’un homme visiblement seul et probablement malheureux. Avec Bernard, ils décortiquèrent pendant plusieurs heures tous les tickets de caisses, de péage et les billets d’avions, ainsi que de trains qu’il avait conservé. Le dernier ticket de caisse venait d’un supermarché d’Orthez remontant à trois semaines auparavant.
- Mouais, il n’a probablement pas pu tout conserver, fit remarquer Bernard. Personne n’a le réflexe de mettre dans un classeur ses tickets de Carrefour. On les mets dans sa poche et tu les retrouves en pâte dans ta machine à laver.
- Ca nous donne des indices sur son mode de vie, rétorqua Stéphanie.
- Ce qui m’étonnes, c’est qu’avec le travail qu’il fait, ses collègues n’aient pas donné l’alerte plus tôt.
- Alors on va regarder ses papiers pour savoir qui c’était réellement, ordonna Stéphanie.
Ils parvinrent à trouver un placard où de nombreux classeurs contenaient des bulletins de salaires. Mais les derniers bulletins remontaient à 2006. Le défunt semblait avoir travaillé pour une entreprise en informatique à Lille. Ensuite, les autres papiers concernaient un montage de projets pour l’ouverture de plusieurs fast-food aux alentours d’Orthez, Pau et Biarritz. Un autre indiquait un projet pour en construire dans les Landes et les Hautes-Pyrénées. Les déclarations d’impôts confirmaient qu’il était célibataire, sans enfants. Dans un tiroir, il avait conservé les actes de décès de ses parents. La coupure d’un quotidien régional concernant ces décès indiquaient qu’il avait un frère, Bruno.
Le lendemain, ils allèrent retrouver Bruno pour lui poser des questions sur Olivier. Bruno fut profondément choqué par cette nouvelle. Il les invita à s’asseoir autour de la table de la cuisine pour évoquer son frère.
- Il a toujours été très introverti, commença-t-il. Il n’avait pas de femme, pas d’enfants, c’était un vieux garçon quoi. Nos parents étaient déçus, d’ailleurs, de savoir qu’ils n’auraient pas de petits enfants de son côté. Ils acceptaient ça vraiment à contrecœur.
- On a remarqué qu’il avait travaillé dans une société informatique à Lille, vous savez pourquoi il est revenu dans la région ? Demanda Bernard.
- Son travail ne lui plaisait pas, pour être honnête. Il n’aimait pas qu’on lui donne des ordres, alors il a eu l’idée de faire son business en devenant franchisé pour des enseignes. Je dirais qu’il avait facilement un plan sur les quinze ou vingt ans à venir. Dans un premier temps, il voulait implanter des McDonald’s, ensuite c’était des concessions automobiles. C’était un mégalomane.
- Vous savez si des gens étaient contre ce projet de McDonald’s ? Demanda Stéphanie.
- Bien sûr. De toute façon, peu importe ce que vous proposerez, il y aura toujours des pour et des contre. Lui, son idée c’était de permettre à des jeunes d’avoir un travail, même s’il était conscient que c’était pas le meilleur job.
- Et parmi les opposants, vous pensez qu’il a eu des menaces de mort ?
- Pourquoi vous dites ça, vous pensez qu’on l’a tué ?
Bernard fusilla du regard Stéphanie qui comprit au bout de quelques secondes ce qu’elle venait d’insinuer.
- Non...Non… C’est juste pour savoir, balbutia-t-elle.
- Ecoutez, j’en sais rien du tout. Si c’est le cas, il n’a rien voulu me dire pour ne pas m’inquiéter. Je sais juste que quand il se baladait, parfois ça arrivait qu’il se fasse insulter gratuitement. Un agriculteur avait même une fois balancé des œufs sur les vitres de sa maison. Certaines personnes sont d’une méchanceté, c’est absolument affligeant !
- Il y a une chose qu’on aimerait savoir, M. Da Costa, c’est si vous avez eu récemment des nouvelles de votre frère, reprit Rigaud d’un ton sérieux.
- Ca faisait très longtemps que je ne l’avais plus eu au téléphone, ni que j’étais allé le voir. A vrai dire, nous avons – avions, devrais-je dire maintenant – des parcours des vie différents. On ne pouvait pas se comprendre.
En sortant de la maison de Bruno, Bernard engueula Stéphanie dans la voiture. Il lui reprochait de s’avancer sur la piste d’un meurtre alors que ce qui était bien plus probable était qu’il soit mort d’un arrêt cardiaque. Son physique allait dans le sens de ces soupçons. Le défunt était visiblement proche de l’obésité, et avait un mode de vie malsain, sans doute. Mais Stéphanie ne comprenait pas pourquoi il y avait ce seau de vomi à ses côtés. « Il pouvait se déplacer librement. Normalement, il serait allé aux toilettes » affirma-t-elle.
- C’est juste, reconnut Bernard.
- Il y a quelque chose de bizarre derrière, crois moi, ajouta-t-elle.

Annotations
Versions