2008

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Quelques jours plus tard, le légiste convoqua Bernard et Stéphanie pour leur donner le rapport. Il s’appelait Patrick Ernoult. L’homme était derrière son bureau en train de leur faire un résumé détaillé. A la fin, il leur dit.

- Vous ne pouviez pas le voir mais, au niveau des chevilles j’ai remarqué qu’il avait des traces bleues circulaires, comme si elles avaient été ligotées. Pareil au niveau du corps. Tout a été fait pour l’immobiliser.

- Et vous avez découvert autre chose ? Demanda Bernard.

- Dans ses organes digestifs, il y avait énormément d’aliments. J’ai retrouvé des restes qui ressemblaient à des hamburgers, des frites...des aliments bien gras, quoi. Je vous cache pas qu’en trente ans de métier, je n’ai jamais vu une chose pareil. J’en suis encore écoeuré, vous voyez.

Les deux enquêteurs décidèrent de retourner à la maison d’Olivier pour fouiller les poubelles. Ils ne trouvèrent rien. L’intérieur de la voiture était propre. Ce qui perturba l’unité scientifique était des traces de pas ne correspondant à aucune paire de chaussures appartenant au défunt. Si Olivier avait l’habitude de porter des chaussures de villes et des baskets, les traces correspondaient à une paire de chaussures de randonnées. De plus, la pointure d’Olivier était le 45, alors que la trace était celle d’un 42. Ils surent que la victime avait été forcée de manger et de boire la même chose pendant plusieurs jours, si ce n’était pendant plusieurs semaines.

- Ca sent l’opposant au projet, déclara Bernard. C’est comme si Olivier avait été pris en otage à son domicile et que son ravisseur avait tout fait pour le dégoûter de ce qu’il allait faire ingurgiter à des gosses.

- Ca existe ça des personnes suffisamment perverses pour infliger ce type de traitement ? Demanda Stéphanie, circonspecte.

- Et pourquoi pas ? Des gens tarés, t’en as toujours eu et t’en auras toujours. Suffit d’un type suffisamment créatif pour ça, et voilà le résultat. Des tueurs qui se prennent pour des artistes, ça existe.

- On voit ça surtout dans les films, rétorqua-t-elle.

- Et justement, le ciné s’inspire de ces trucs là. Sinon, les films policiers n’existeraient pas.

- Bon, j’ai pas vu de traces d’effraction.

- On aura les résultats sur son ordi. On va découvrir certainement des choses intéressantes dessus.

Effectivement, sa boîte mail contenait de nombreux mails d’opposition au projet. Certains étaient courtois, d’autres étaient très insultants, injurieux, vulgaires et certains faisaient des menaces de morts. C’était cette dernière catégorie qui intéressait les enquêteurs. Lorsqu’ils allèrent les interroger, ils ne cachaient aucunement leur hostilité à ces projets, mais ils n’assumaient pas ces menaces. Tous eurent la même réaction : ils s’en foutaient. Et tous essayaient de garder une expression neutre lorsque les enquêteurs leur annoncèrent le décès de Da Costa. Au final, ils n’avaient pas les profils de tueurs, c’était des gens qui voulaient faire peur à une seule personne.

Le reste de son historique de navigation montrait une petite activité sur un forum d’amateurs de gastronomie. Ce qui était compliqué, c’était de trouver une piste chez un homme absolument sans histoire que certains habitants de Castétis trouvaient discret, mais sympathique. Le gérant du bar qu’il fréquentait parfois n’était pas plus inquiet que ça, car il venait peu. La seule personne qui avait remarquer un changement chez Olivier était le facteur du village, Jean- Louis.

- Je ne sais pas pourquoi, mais du jour au lendemain il avait les fenêtres fermées toute la journée, commença-t-il. Sa voiture était toujours présente, je savais qu’il était là. A un moment donné, oui j’avais remarqué que sa Passat était là tous les jours, mais quand on a une tournée à faire, on finit par ne plus trop faire attention à ça.

- Mais que recevait-il comme courrier ? Demanda Stéphanie.

- Si je me souviens bien, je venais souvent chez lui pour faire signer des recommandés. Rien d’alarmant. J’avais discuté avec lui, il me parlait de l’ouverture de ce Mcdo. Personnellement, je trouve l’idée chouette pour les jeunes. C’est vrai, ils sont obligés d’aller à Pau pour ça. Et puis soyons honnêtes, c’est pas des petits jeunes du club de rugby qui prendront plaisir à traîner dans un bar qui pue la clope et l’alcool.

- On a appris qu’il avait de nombreux ennemis quand même à cause de ce projet.

- Ben c’est normal. Vous croyez que c’était comment quand ils ont démonté le Mcdo de Millau ? Vous êtes ici dans un coin où la vue d’un hamburger et d’un gobelet en carton donne la nausée. C’est la ruralité ici.

- Vous auriez une idée de qui aurait pu le tuer ?

- La seule chose dont je me souvienne, c’était qu’une fois il y avait une femme qui s’était arrêtée devant chez lui. Il était dehors, elle était en train de l’insulter de tous les noms et elle est repartie brutalement.

- Vous vous souvenez de ce à quoi elle ressemblait physiquement ?

- Elle devait avoir dans les trente ou trente-cinq ans, par là, brune, habillée avec un survêtement et elle roulait dans une vieille Clio. Probablement la première génération.

- C’était quelqu’un du village ?

- Probablement pas, non.

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