2008
Le banquier s’appelait Sébastien Pozzoli, trente-huit ans. Il passait sa vie entre Biarritz et Genève. Ainsi, Bernard s’était envolé pour la Suisse pour partir à la rencontre de la secrétaire de Pozzoli. Elle l’accueillit dans le bureau de son patron. Rigaud se laissa impressionner par la femme qui avait la trentaine, portait un tailleur-jupe et une paire d’escarpins en cuir. « C’est rare, ça, de voir une femme aussi élégante » pensa-t-il en l’écoutant parler à propos de son patron.
- … et je peux vous dire que sa femme, son fils et sa fille, sont inconsolables, termina-t-elle.
- Vous savez s’il avait des ennemis autour de lui ? Lui demanda Bernard.
- Bien sûr, mais certainement pas au point de vouloir le tuer.
Ensuite, Bernard partit interroger son épouse. La famille Pozzoli habitait dans un grand appartement donnant sur le Jet d’eau du lac Léman. Sandrine, l’épouse du défunt, lui ouvrit la porte en larme. Sur une table, il y avait des feuilles où été gribouillés ce qui semblait être les préparatifs pour l’enterrement de Sébastien. Rapidement, elle fit du rangement puis sortit du frigo deux cannettes de Coca qu’elle versa dans des verres.
- On habite dans cet appartement depuis huit ans, on menait la grande vie ici et c’est violent de se dire que c’est fini tout ça, dit-elle. C’est violent de savoir son mari décédé.
- Je suis allé voir sa secrétaire, elle m’a dit qu’il avait des ennemis.
- Vous avez rencontré Barbara ? C’est vrai ce qu’elle vous a dit, confirma Sandrine. Il avait des ennemis, mais vous savez dans le monde de la finance c’est compliqué de se faire des amis. Maintenant, mon intuition féminine me dit que ce n’est pas un de ses ennemis qui l’a fait tuer. Ca non.
- On ne résout pas une enquête par des suppositions, madame, lui fit-il remarquer d’un ton ferme. On a besoin de preuves, d’indices, de témoignages, pas de suppositions.
- Oui, ça j’entends bien, rétorqua-t-elle froidement. Ecoutez, je veux que vous boucliez le salaud qui a fait ça. C’est tout ce que je vous demande.
- Vous pouvez me dire qui étaient ces ennemis ?
- Il y avait de tout. D’autres banquiers, des écolos, des anticapitalistes… de tout ! Expliqua-t-elle. Sébastien a eu sa voiture dégradée et si les menaces allaient trop loin, il faisait un dépôt de plainte. Ca faisait depuis décembre qu’il n’avait plus rien reçu.
- Il en recevait aussi à Biarritz ?
- Non. Très peu de gens savaient qu’on avait une maison à Biarritz. On avait dit aux enfants de ne pas en parler.
Après avoir quitté le domicile des Pozzoli, Bernard décida de marcher le long du Quai Adolphe Ador. Les arbres commençaient à fleurir en ce début de printemps, l’air était doux mais le temps était couvert. Le gendarme tentait de comprendre si ces meurtres étaient liés ou si ce n’était qu’une coïncidence. Avec Stéphanie, ils avaient deux meurtres avec d’étranges similitudes : la mise en scène. C’était différent, à chaque fois. Son hôtel était juste à côté de l’aéroport international. Quand Stéphanie décrocha, Bernard était en train de regarder un Boeing au décollage. Il lui restitua les interrogatoires de Barbara et Sandrine, puis sa collègue lui annonça « La police suisse va faire une perquisition à son bureau et à son domicile. Ils nous enverront des pièces ».
Le lendemain, Stéphanie vint récupérer à l’aéroport de Bordeaux son collègue, avant de faire un débrief avec leur chef, Pascal Pech. Il leur présenta tout un classeur avec les pièces à conviction, et les autopsies de faites. A la fin, il leur dit « Vu les mises en scènes et le profil des victimes, je vous conseillerais de vous intéresser à la piste du tueur en série ».
- Qu’est ce qui vous faire dire ça ? Lui demanda Stéphanie.
- C’est toujours les mêmes modes opératoires. Il a l’air de s’attaquer à des personnes plutôt riches, expliqua Pascal. Il faut redoubler d’efforts, car ce ne sont pas ses dernières victimes.
- Malheureusement, vous savez très bien qu’on ne peut pas anticiper les victimes, ni les lieux de meurtres.
- Je sais, lui dit-il vexé. Pour le moment, il a l’air de se cantonner aux Pyrénées-Atlantique, mais peut être que la prochaine victime sera en Dordogne ou peut être même ici, à Bordeaux !

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