Chapitre 3
Elle n’avait pas réussit à fermer l’oeil de la nuit. Nolwenn s’était rejouée la scène encore et encore sans pouvoir mettre fin à ce cycle infernal. Elle se remémorait d’anciens cauchemars, ou bien des visions, elle ne savait plus trop. Revoyant encore et encore cette scène fatidique, où le tranchant de son épée empalait la gorge d’un membre de la Rose Noire, le sang coulant à flot tel un ruisseau sur les vêtements de la victime. « Il nous a monté les uns contre les autres ».
Malgré l’heure tardive, environ dix-neuf heures, elle n’avait toujours pas arrêtée de penser à la rencontre d’hier, pas même une seconde. Le calvaire se répétait encore et encore, sans qu’elle n’arrive à se concentrer dans sa cuisine qu’elle chérissait pourtant tant. Pànzi n’allait pas tarder à rentrer, se disait-elle, elle n’avait plus longtemps à attendre, lui saurait la consoler, lui donner une explication logique.
Meimei n’était pas revenue la voir, peut-être que Madame Láo ne lui avait pas révélée l’emplacement de son habitat, mais si c’était bel et bien une connaissance, elle était persuadée qu’elle n’abandonnerait pas aussi vite. Alors pourquoi n’était-elle pas venue, elle avait juste à demandée à n’importe qui dans le village pour savoir quelle était son adresse ?
L’odeur de son plat de nouille venait lui titiller délicatement les narines, mais elle n’arrivait pas à y prêter attention. Peut-être que sa soeur avait peur de venir ? Mais peur de qui ? D’elle, elle le savait.
Un voile d’or couvrait l’horizon, le ciel n’avait plus rien de bleu, prenant sa couleur si caractéristique de fin d’après-midi.
- C’est beau chez toi.
Elle arrêta tout ce qu’elle faisait, se retournant doucement vers l’intruse qui tenait de sa main droite une peinture d’elle et son mari.
- Je suis vraiment heureuse que tu aies trouvé ton bonheur, assura Meimei reposant le cadre. Beau gosse en plus.
Nolwenn prit un couteau rapidement et le pointa vers la jeune femme, tremblante.
- Sors de chez moi, ordonna-t-elle.
- Wow, dit l’intruse en levant les mains. Tu comptes quand même pas tuer ta propre soeur ?
Ces mots résonnèrent comme un poignard planté en plein coeur. « Soeurs ». C’était donc pour ça qu’elle la revoyait dans ses souvenirs, qu’elles se ressemblaient tant ?
- Je veux juste parler, assura-t-elle. J’ai en rien l’intention de t’arracher cette vie si tu y es heureuse, je veux juste que tu saches.
- Et si je n’ai pas envie de savoir, demanda Nolwenn tout en pointant son couteau, tremblante. Et si je préfère vivre ignorante et heureuse plutôt que savante et désespérée ?
Sa soeur, toujours les mains levées vers le ciel, s’avançait lentement vers son opposante. Elle gardait le contact visuel, essayant de paraitre la plus amicale possible.
- Alors il continuera à t’utiliser pour faire le mal, comme il l’a toujours fait.
Pour la jeune femme amnésique, c’était comme si, pendant quelques secondes, tout s’était arrêté autour d’elle. « Il continuera a t’utiliser », « comme il l’a toujours fait ». Elle ne pouvait l’accepter. Elle ne voulait pas savoir quelle était la raison pour laquelle certains ont souffert. Elle revoyait la scène, son épée enfoncée dans la gorge d’un être humain, se remémorant ses yeux remplis de désespoirs.
- Aaaaah, cria-t-elle en envoyant une bourrasque sur sa soeur qui traversa la fenêtre avant d’atterrir dans le jardin.
Le soleil illuminait le ciel d’une couleur rouge qui ne lui évoquait plus la magie et le bonheur comme quand elle était avec Pànzi. Ici, elle ne voyait que du sang, un ciel taché de sang, tout comme ses mains.
- Menteuse ! Menteuse menteuse menteuse !
La jeune femme avançait rapidement vers sa soeur, encore sous le choc du coup.
- Tu ne fais que mentir, cria Nolwenn en envoyant sa soeur valser encore une fois.
Meimei dévala la pente à toute vitesse, frappée par le vent à maintes reprises.
- Arrête, dit-elle allongée par terre, la main levée vers sa soeur, terrorisée par le regard mélangeant terreur et haine de celle-ci. Hier, j’ai sut dès la première seconde que tu ne te souvenais de rien, pourtant, avant de venir ici je n’arrivait pas à comprendre pourquoi tu avais fuit, pourquoi tu semblais ne pas vouloir savoir.
Nolwenn s’arrêta, reprenant son souffle. Le vent soufflait sur sa joue, une brise délicate et bienveillante, presque mélancolique.
- Si tu fais tout pour ne pas savoir, c’est parce que tu as peur. Peur de voir ce qu’il y a avant la première fois que tu as réouvert les yeux. Peur de découvrir qui tu es réellement.
Nolwenn regardait toujours de haut sa soeur, tout proche d’elle, complètement désemparée.
- Et je te comprends. Moi aussi je donnerais tout pour oublier, oublier la mort de tout ceux que j’aimais, oublier que je ne suis pas allé les venger ce jour là aux champs de roses, oublier que j’ai faillit partir hier sans ma soeur, malgré toutes les promesses de la ramener que je m’étais faites, par peur de la présence d’Aï.
Elle prit le temps de se relever, observant les larmes de sa soeur commencer à couler le long de sa joue.
- Mais pourtant je suis là, avec toi. J’ai pris mon courage à deux mains, et je te demande de faire de même, pour toi, pour moi… j’en ai besoin.
- Et si je découvre quelque chose que je n’aime pas, demanda Nolwenn en regardant le tatouage de sa soeur, repensant aux cadavres des roses ? Et si je n’arrive plus à vivre après avoir appris ce qui se cache ?
- Alors on y fera face ensemble, assura Meimei en collant son front à celui de l’amnésique. Comme des soeurs.
La respiration de Nolwenn se calma, ralentissant peu à peu, rassurée. Elle prit alors une grande inspiration, prête à écouter ce qu’avait à lui dire cette personne qui lui était pourtant encore étrangère avant hier.
- Tu t’appelles Nolwenn, et tu es la fille du chef de la Rose Noire, une organisation visant à exorciser tous les démons, et nous y étions presque parvenu, grâce à toi. Je me rappelle, dit elle le sourire au lèvre. Tu étais une bénédiction pour Papa. Une fille capable de parler au vent ! Une fille, humaine, avec une puissance que même les démons convoitaient. À seulement 17 ans, tu avais su ramener la paix, exorciser des démons que nous pourchassions depuis des siècles. Mais pourtant, un jour, tout bascula. Tu es tombée amoureuse de la mauvaise personne.
« Il s’était fait passer pour un simple marchand, t’amadouant petit à petit jusqu’à ce que tu tombes folle amoureuse de lui. Quand le moment fut venu, il t’arracha tous tes souvenirs, te forçant à le suivre, tuant tous ceux qui s’opposaient à votre fuite. »
Nolwenn, respirant de plus en plus vite, se remémorait peu à peu le feu brûlant le quartier général, les belles tapisseries épiques finissant en cendre. Elle se souvenait des cris, des pleurs et même de la main chaude qui la tirait vers l’extérieur.
- Quelques mois plus tard, un des survivants de cette attaque menée par Aï rapporta qu’il t’avait retrouvée, dans une contrée lointaine du pays, une région remplie de roses. Alors, tous les survivants, sans aucun ordre du chef, mort à ce moment là, allèrent te chercher, une mission suicide qu’il fallait pourtant mener à bien, pour tous ceux qui n’eurent pas la chance de pouvoir y participer.
Meimei se rappelait des dernières paroles de son père, avant de mourir de ses blessures « Allez arracher ma fille aux mains de ce démon, par la mort s’il le faut. Elle… dit-il la larme à l’oeil. Elle et son pouvoir ne doivent pas êtres utilisés pour faire le mal ».
- Mais je ne pouvais me résoudre à assassiner ma propre soeur, pas de mes mains, je… je ne devais pas… est-ce que j’aurais dû ? Est-ce que j’aurais pût changer le cours des choses ? Je ne le saurais malheureusement jamais. J’eu vent de la nouvelle, une bonne cinquantaine de cadavres trouvés dans un champ de roses loin de là, tués par une force de la nature, une tempête, semblait dire la rumeur.
La respiration de Nolwenn se coupa, tremblante comme jamais. Elle ne pouvait pas empêcher ses souvenirs de remonter, les cris, les supplications, le sang, les murmures du démon, les roses. Elle revoyait son sabres planté dans le coup de cette innocente « Pourquoi ? ».
- Non, cria-t-elle en envoyant sa soeur valser contre un arbre, la plaquant contre un arbre avec une bourrasque qui aurait put l’arracher du sol. Tu… ce n’est pas possible… je… je ne savais pas.
Des larmes commencèrent à couler le long de la joue de la jeune femme, désemparée. Elle ne supportait pas cette réalité, pourtant, tout au fond d’elle, elle le savait. Sa soeur haletait, murmurant des paroles incompréhensibles, sentant les petites branches coupées de cet arbre se planter lentement dans son dos.
- Je… comment aurais-je pût savoir ? Ce n’est pas de ma f…
Elle s’arrêta net, regardant le visage souffrant de sa soeur.
- Je les ai tous tués.
Elle lâcha. Meimei retomba sur le sol, sonnée mais vivante, sans danger. Elle tomba en même temps que sa soeur, agenouillée par terre, désespérée.
- Ça va les filles, demanda Pànzi, souriant mais transpirant, fatigué par ses deux longues journées de travail.
Meimei vit le marchand, sonnée, pourtant, son visage vrilla au violet. Elle essayait de se débattre, de partir, mais elle n’y arrivait pas.
Nolwenn, tant qu’à elle, était agenouillée par terre, ne pouvant s’arrêter de pleurer. Les larmes dégoulinaient sur son visage, se remémorant.
Elle se rappelait de tout. Du garçon qui l’avait séduite ce jour là, qui lui avait volé ses souvenirs, qui s’était enfuit avec elle. Elle se souvenait des moments chaleureux passé avec lui, de ses promesses, des roses, de la bataille, des cadavres, de tout.
Le souvenir de sa mère lui revint particulièrement clair. Elle était morte dans les bras de son mari lors de sa première fuite avec le démon. Nolwenn les avaient vues, mais ne les avaient pas reconnus.
La jeune femme la revoyait en train de lui apprendre à cuisiner. À se moment là, elle ne devait pas avoir plus de dix ans, et pourtant, elle avait l’intime conviction que celui-ci datait d’hier.
Elle sentait la main de sa génitrice posée sur la sienne, touillant le bon plat qu’elles étaient en train de préparer, elle ne se rappelait malheureusement plus de son contenu. Mais ce qu’elle savait, c’était à quel point le sourire de sa mère était rassurant, apaisant. Elle aimait la chaleur de son corps, c’était comme un bouclier, comme si quand elle était avec elle, rien ne pouvait lui arriver.
- Pourquoi tu appelles père comme ça, demanda la jeune fille ?
- Pànzi ? Pourquoi est-ce que je le surnomme comme ça, dit sa voix, si calme et si douce ? Parce que c’est mon petit pànzi à moi. C’est mon petit menteur.
Quand elle rouvrit les yeux, le soleil s’était déjà couché. Sa soeur était toujours allongée sur le sol, les yeux fermés, une rose à la main.
- Je n’ai rien pût faire, assura Pànzi comme désemparé. Elle est morte sous mes yeux, je suis désolé.
Nolwenn bondit sur le cadavre de sa soeur, s’affalant sur celui-ci, criant de toutes ses forces. Il était froid, sans vie, elle la serrait aussi fort qu’elle le pouvait, la rose lui piquait même le bras, mais pourtant elle ne voulait pas lâcher le corps de celle qui était revenue pour elle.
Ses larmes coulaient à flot, criant de toutes ses forces.
- Pardon pardon pardon pardon pardon.
Derrière elle, Aï prenait le temps de lui voler tous ses souvenirs.
- Pànzi, demanda-t-elle ?
- Je t’aimes Nolwenn, lui répondit-il, n’ayant plus rien d’humain. Je ne peux pas me permettre de te perdre.
Elle prit la rose de sa soeur et la serra fort dans sa main, jusqu’à ce que la douleur soit telle qu’elle la déconnecte au sort que le démon lui lançait. Il ne semblait pas encore avoir fait effet, alors, elle se mit à courir de toutes ses forces.
Aï se mit directement à la poursuivre, pour ne pas la perdre, pas la seule femme qu’il aimait. Soudainement, elle tomba par terre.
- Nolwenn, demanda le démon ?
Une peur lui revint en tête, une peur qu’il avait pourtant tant essayé d’oublier.
À l’époque, alors qu’il n’était encore qu’un petit démon, un jeune homme s’approchait à lui toutes les nuits et toutes les nuits il lui ordonnait de lui voler ses souvenirs.
- Ça ne marche pas tes trucs, disait-il. Tous les soirs ils me reviennent en tête, et tous les soirs je dois attendre en souffrant le moment où je te retrouverais, dans mon sommeil. Mais bon, au moins toi, tu ne veux pas ma peau.
Il prit une inspiration et le jeune Aï lança son sort.
- Quand je mourrais, quand les autres monstres auront enfin réussis à me tuer, tu seras libre. Tu ne seras plus une création de mon imagination prisonnier de mes cauchemars, tu feras pleinement parti de ce monde et qui sait, tu pourrais aider les autres à eux aussi oublier.
Il semblait fier que son créateur lui dises ça, il comptait sur lui pour aider d’autres personnes comme lui, et pourtant, il n’aimait pas comme il parlait, parce que au moment où il mourra, le jeune Aï se retrouvera seul, sans personne pour le retrouver toutes les nuits.
Une larme commença à couler le long de la joue de l’humain, due au sort qui commençait à faire effet.
- Je les ai tués, Aï. Ana, Victor et les autres, ils sont morts par ma faute. Je suis vraiment seul.
- Nolwenn, cria-t-il.
Il était agenouillé au sol, la tête de sa femme sur ses genoux, agonisant.
Elle s’était plantée le couteau de cuisine dans le torse.
- Nolwenn, s’il te plaît, ne me laisse pas seul, pas encore.
Les larmes coulaient le long des joues du démon sans coeur. Il regardait le couteau planté dans le seul coeur qu’il n’avait jamais aimé, l’achevant à tous jamais.
- Pourquoi, on était heureux, non ? Tu m’aimais !
Pourquoi avait-elle mit fin à ses jours, n’y avait-il pas meilleure alternative ? Si, mais elle ne supportait plus l’idée de vivre dans un bonheur avec celui qu’elle aimait, mais créé sur une montagne de cadavre. Elle ne voulait plus que personne une souffre par sa faute. Et cette erreur de jugement, cette précipitation menée par la souffrance signa la dernière décision qu’elle eu à prendre, un décision qui achevait tout espoir aussi fin soit-il d’un avenir heureux pour tous.
- Au final, essaya-t-elle de dire la bouche ensanglantée. C’est moi qui ai gagnée. Parce que je serais la dernière à te dire que je t’aime le plus, mon menteur à moi. Mon Pànzi.
Elle poussa alors un dernier soupire avant de s’éteindre pour de bon.
Aujourd’hui, des centaines d’années plus tard, on raconte que Aï hante encore la vallée, prêt à torturer tous ceux qui oseront toucher aux roses qu’il avait planté en la mémoire de sa femme. Mais une rumeur dit que si vous la donnez à votre partenaire, le démon sans coeur que tout oppose aux Hommes vous laissera peut-être en vie, ignorants de ce qui aurait dût vous arriver. Je dédie cette fiction à Aitite et Amama, deux des personnes les plus exceptionnelles que je connaissent, en espérant qu’ils aient la force de continuer malgré tout.
Merci à vos idées, vous la communauté, qui ont fondés les bases de cette histoire. En effet, cette fiction résulte d’un concept selon lequel vous avez créés les fondations de cette fiction, alors merci.
Merci aux soutiens de mes proches, aux retours constructifs de J.O, et tout particulièrement à Hugo, qui a sut me redonner le courage de continuer même quand j’en avait le moins envi, qui a en grande partie permis l’existence de cette histoire.

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