Chapitre 41 - Celui qui marche entre les secondes

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L’intercepteur noir disparut.

Pas vite.

Pas comme un appareil qui accélère.

Pas comme un pilote qui effectue une manœuvre brillante.

Il disparut.

Comme si quelqu’un avait pris une gomme et effacé un morceau du réel.

Une fraction de seconde plus tôt, il était là.

La seconde suivante…

plus rien.

Le vide.

Le cockpit entier se figea.

Même Nathan.

Parce qu’il connaissait les accélérations. Les téléportations. Les moteurs quantiques. Les sauts courts. Les systèmes furtifs. Les technologies militaires.

Mais ça…

non.

Ça ne ressemblait à rien de ce qu’il avait déjà vu.

IEVHA hurla dans toutes les couches du Psalm :

— IMPACT PHASIQUE !

Nathan serra immédiatement les commandes.

— Où ?

— PARTOUT !

Très bien.

Parfait.

Réponse totalement inutile. Excellente journée.

Puis le choc arriva.

Pas sur la coque.

Pas sur un moteur.

Pas sur une aile.

Dans le vaisseau.

Littéralement.

La lumière sauta.

L’air vibra.

Le temps se plia une demi-seconde.

Et tout le monde eut exactement la même sensation :

quelqu’un venait de traverser la frontière entre l’extérieur et l’intérieur sans utiliser une seule porte.

Sheratan bondit immédiatement.

Un grondement monstrueux secoua la soute.

Helena dégaina.

Nathan arracha les harnais.

Aliyha releva lentement la tête.

Puis le silence tomba.

Un vrai silence.

Pas l’absence de bruit.

Le genre de silence qu’on trouve parfois dans certains rêves. Ou dans certaines églises abandonnées. Ou juste avant qu’un miracle décide s’il va être magnifique ou monstrueux.

Quelqu’un était là.

Dans le Psalm.

Et personne ne l’avait vu entrer.

Très bien.

Excellente nouvelle.

Nathan se leva.

Puis sortit du cockpit.

Tout le monde suivit.

La soute principale était vide.

Enfin…

presque.

Au centre de la pièce.

Là où quelques minutes plus tôt Sheratan agonisait.

Quelqu’un se tenait debout.

Immobile.

Grand.

Très grand.

Long manteau noir. Aucune arme visible. Gants sombres. Silhouette droite.

Et surtout…

un masque.

Pas un casque.

Un masque blanc.

Lisse.

Sans bouche.

Sans décoration.

Comme une face de porcelaine fabriquée pour regarder les étoiles mourir.

Très bien.

Parfait.

Le genre de personne qu’on a immédiatement envie de ne jamais rencontrer seul dans un couloir.

Nathan descendit lentement les marches du cockpit.

Sabre à la main.

— Tu viens souvent dans les vaisseaux des gens sans être invité ?

La silhouette ne bougea pas.

Puis une voix sortit du masque.

La même.

Calme. Propre. Impossible à dater.

— Rarement.

Petit silence.

Puis :

— Les circonstances sont exceptionnelles.

Très bien.

Le monde venait donc de leur envoyer un psychopathe poli.

Excellente évolution.

Sheratan avançait déjà.

Lentement.

Très lentement.

Mais Nathan leva la main.

Le tigre s’arrêta.

Parce que quelque chose clochait.

Pas la peur.

Pas une menace immédiate.

Autre chose.

Aliyha regardait l’homme.

Et contrairement à tout le monde…

elle n’avait pas peur.

Pas du tout.

Nathan le remarqua immédiatement.

Puis :

— Qui es-tu ?

Le masque tourna légèrement vers lui.

Puis :

— Une mauvaise nouvelle.

Très bien.

Parfait.

Nathan soupira.

— J’en ai déjà plusieurs à bord.

Le silence dura une seconde.

Puis…

oui.

Pour la première fois.

Le masque sembla sourire.

Pas physiquement.

Dans la présence.

Comme si quelqu’un derrière cette façade blanche venait de reconnaître une plaisanterie.

Très bien.

Ça devenait intéressant.

Puis la voix reprit :

— Mon nom importe peu.

— Alors pourquoi es-tu là ?

Cette fois…

le masque tourna vers Aliyha.

Et toute la pièce changea.

Pas brutalement.

Subtilement.

Comme si l’air lui-même venait de se tendre.

Puis il dit :

— Parce qu’elle s’est réveillée.

Aliyha cligna des yeux.

L’homme continua :

— Et parce qu’elles se sont réveillées aussi.

Le sang quitta presque le visage d’Helena.

Nathan le vit immédiatement.

— Tu sais ce qu’il y a dans les Jardins.

Le masque pivota vers elle.

— Oui.

Petit silence.

Puis :

— Bien mieux que toi.

Très bien.

Excellente manière de se faire détester rapidement.

Puis quelque chose arriva.

Quelque chose d’inattendu.

Aliyha fit un pas.

Puis un deuxième.

Nathan voulut parler.

Mais elle continua.

Jusqu’à se retrouver à quelques mètres seulement du visiteur.

Le Psalm semblait retenir son souffle.

Sheratan aussi.

Même IKARUS s’était tu.

Et quand Aliyha parla…

sa voix était douce.

Comme toujours.

— Tu es triste.

Le silence explosa dans toute la soute.

Pas un bruit.

Une absence.

Une chute.

Comme si quelqu’un venait de poser une vérité nue au milieu d’une guerre.

Le masque resta immobile.

Longtemps.

Très longtemps.

Puis :

— Oui.

Nathan sentit immédiatement quelque chose se dérégler dans l’ambiance.

Parce qu’aucun des scénarios qu’il avait envisagés ne contenait :

"la petite prêtresse cosmique identifie instantanément la dépression existentielle du mystérieux intrus interdimensionnel."

Très bien.

Parfait.

Aliyha continua :

— Tu portes quelqu’un.

La voix ne répondit pas.

Pas tout de suite.

Puis :

— Oui.

Le silence devint presque douloureux.

Et Nathan comprit alors quelque chose.

Quelque chose de très étrange.

L’homme ne mentait pas.

Pas une seule fois.

Aliyha s’approcha encore.

Et soudain…

la lumière revint.

Très légèrement.

Autour d’elle.

Pas forte.

Pas spectaculaire.

Cette même lumière douce qui avait illuminé la tour. Qui avait guéri Sheratan. Qui semblait apparaître chaque fois qu’elle oubliait d’avoir peur.

Puis elle leva la main.

Pas pour attaquer.

Pas pour invoquer quoi que ce soit.

Juste…

comme une enfant.

Le masque la regarda.

Puis très lentement…

l’homme s’agenouilla.

Dans toute la soute, personne ne bougea.

Personne.

Parce que cette image était impossible.

L’être qui venait de traverser la réalité comme un couteau chaud dans du beurre.

Le pilote de l’intercepteur noir.

L’homme qui connaissait les Jardins.

L’homme qui semblait appartenir à une catégorie de problèmes encore inconnue.

Était à genoux devant une gamine de douze ans.

Aliyha posa doucement sa main contre le masque blanc.

Et alors…

oui.

le monde explosa.

Pas physiquement.

Spirituellement.

Pendant une fraction de seconde.

Nathan vit autre chose.

Helena aussi.

IKARUS aussi.

Sheratan aussi.

Ils virent un champ.

Immense.

Infini.

Rempli d’arbres blancs.

Des milliers.

Des millions.

Un jardin si vaste que l’horizon lui-même semblait avoir abandonné l’idée de le contenir.

Et partout…

des enfants.

Courant. Jouant. Riant.

Une Terre qui n’existait plus.

Une Terre qui n’avait peut-être jamais existé.

Puis…

une petite fille.

Une seule.

Debout sous un arbre gigantesque.

Elle ressemblait à Aliyha.

Mais ce n’était pas elle.

Et devant elle…

un garçon.

Un peu plus âgé.

Qui lui tenait la main.

Puis la vision disparut.

Le Psalm revint.

La soute revint.

Le métal revint.

La guerre revint.

Mais le visiteur était toujours à genoux.

Immobile.

Et quand il parla…

sa voix tremblait pour la première fois.

— Je croyais qu’elle était morte.

Aliyha inclina légèrement la tête.

Puis :

— Elle l’est.

Le silence tomba.

Puis :

— Mais tu l’aimes toujours.

Nathan sentit littéralement Helena retenir son souffle.

Sheratan aussi.

Parce qu’à cet instant précis…

plus personne ne regardait un ennemi.

Ils regardaient une blessure.

Une immense blessure.

Ancienne.

Vivante.

Et terriblement humaine.

Puis l’homme releva lentement la tête.

Le masque blanc regarda Aliyha.

Puis Nathan.

Puis Helena.

Puis :

— Vous n’avez aucune idée de ce qui arrive.

Très bien.

Enfin.

On revenait à quelque chose de normal.

Des menaces cosmiques.

Parfait.

Mais cette fois…

sa voix contenait autre chose.

Pas de la peur.

Pire.

De la certitude.

Puis il dit :

— Le Premier Jardin s’est éveillé.

— Le Deuxième est déjà ouvert.

— Le Troisième est en train de mourir.

Le silence frappa tout le monde.

Puis :

— Et quand le Troisième tombera…

— Le Dévoreur verra enfin où regarder.

Nathan sentit immédiatement la clé vibrer dans sa poitrine.

Pas fort.

Juste assez.

Comme si quelque chose venait d’entendre son nom.

Puis la lumière du cockpit vacilla.

Une fois.

Deux fois.

Trois fois.

IEVHA parla immédiatement :

— Nathan.

Sa voix était différente.

Presque paniquée.

— Quelque chose nous suit.

L’homme au masque tourna lentement la tête vers l’avant du vaisseau.

Puis :

— Ce n’est plus "quelque chose".

Petit silence.

Puis :

— C’est lui.

Et pour la première fois depuis le début du voyage…

Aliyha eut peur.

Vraiment.

Ses petits doigts se crispèrent.

Sa lumière vacilla.

Et elle murmura :

— Non…

Tout le monde compris immédiatement une chose :

Quelque chose de bien pire que Kalakanda vient d’entrer dans l’histoire.

Et quelque part…

très loin derrière eux…

dans les profondeurs du ciel noir…

quelque chose venait d’ouvrir les yeux.

Étape suivante prévue :

révélation partielle sur le Dévoreur

identité du pilote masqué (pas tout de suite)

premier arrêt hors Zone Nocturne

débrief émotionnel énorme

IKARUS révèle la cartographie mémorisée des Jardins

choix de la prochaine destination : le Deuxième Jardin

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