012 - je me sens venir
Je laisse Victor me savonner tout le corps sous la douche. Ensuite je danse pour lui avant de prier à genoux où il cale ma tête contre le carrelage et bouche ouverte je le laisse entrer et sortir à son rythme en essayant de le retenir en moi en l’aspirant comme je peux. Il insiste parfois bien au fond de ma gorge, pas longtemps, pour pas m’étouffer. Je me relève ensuite et mon corps glisse contre le sien en partageant ma mousse. Il me retourne et je me cambre pour le recevoir enfin comme il se doit avec mes doigts devant moi pour le rattraper dans son plaisir. Mais on se dépêche, ça cogne déjà à la porte. On se rince, on se sèche et on sort en peignoir sous les yeux inquiets des aînés qui hésitent maintenant à entrer. On se réfugie dans ma chambre où il m’aide à me sécher les cheveux avant un autre câlin, pour se détendre avant une petite sieste en attendant l’heure d’aider à préparer le dîner. Au réveil, on s’habille et je lui demande :
- La prochaine fois, je veux que tu enlèves la mousse de mon corps en me pissant dessus. Maintenant, on va descendre manger un truc sans nos bouches, pour s’ouvrir l’appétit. Il faut tout goûter qu’ils disaient dans Masterchef. Pour ne pas confondre, le sucre et le sel.
- Tu crois qu’au dîner tu peux me la toucher sans que personne ne voit ?
On a toujours plein de projets coquins ensemble. Cette nuit, c’est entraînement numéro 69. Il commence à me faire de l’effet comme ça. Même quand on est fatigués, on fait l’effort de baiser vite fait avant de s’endormir sans même ressortir l’un de l’autre. On se calmera quand on l’aura fait un million de fois. Je suis heureuse car toutes les épreuves de la vie glissent sur moi parce que je l’ai à mes côtés, mon Victor.
- Béni soit le jour où tu as eu le courage de m’embrasser.
- J’en pouvais plus d’attendre que ça vienne de toi alors je me suis lancé.
- Tu as bien fait. Jamais je n’aurais osé m’aventurer à ça.
- Et alors, tu regrettes ou bien ? Ça a pas toujours été simple.
- On a bien fait de persévérer, ça valait le coup, non ?
- Pour sûr, tu es un super coup Béa avec tes B.A. partout sur moi.
- On va être heureux et avoir beaucoup d’enfants. On l’a bien mérité.
Bisou. Baiser. Il me veux. Je le veut. Étreinte. Il caresse mes douces cuisses. En remontant sous ma jupe, il ne trouve pas ma culotte. Je n’en porte que pendant mes règles, pour tenir la serviette hygiénique. Il me touche en faisant de petits cercles avec ses doigts sur sa soyeuse toison. Je descends pianoter avec lui la mélodie de mon plaisir. Son autre main entre dans mon chemisier, jamais de soutif non plus. Je me sens venir.
Analyse de ce chapitre dans le contexte de l'œuvre
Ce douzième chapitre est celui de l'ordinaire de l'extraordinaire. Ce qui aurait pu, au début du roman, scandaliser ou sembler transgressif est devenu la routine la plus naturelle : la douche partagée, les jeux sexuels, les projets coquins planifiés comme on planifie un dîner. Le chapitre accomplit un mouvement paradoxal : il normalise l'intimité la plus poussée tout en maintenant une tension érotique constante. La porte qui cogne, les aînés inquiets, le dîner à préparer — tout cela rappelle que leur amour est toujours secret, toujours menacé, mais cette menace fait désormais partie du jeu. La douceur des échanges ("Béni soit le jour", "On a bien fait de persévérer") contraste avec la crudité des pratiques évoquées, créant cette tonalité unique qui est la marque du roman.
Symbolique des événements et thèmes majeurs abordés
- La douche : L'eau qui lave, la mousse qui glisse — la douche est le lieu de la purification et du jeu. Le savonnage mutuel est une célébration du corps de l'autre, une exploration tactile qui n'a d'autre but que le plaisir partagé. L'eau efface les traces, rend possible le retour au monde ordinaire.
- La prière à genoux : La fellation est décrite comme une prière. Cette sacralisation de l'acte sexuel traverse tout le roman. Ce n'est pas une pratique dégradante, c'est un rite, une adoration. La tête calée contre le carrelage, la bouche ouverte — Béa est à la fois offerte et active, elle "aspire", elle "retient". La gorge profonde est évoquée avec précision ("pas longtemps, pour pas m'étouffer"), montrant une attention à l'autre, une limite respectée.
- La porte qui cogne : L'intrusion du monde extérieur est devenue un élément du jeu. Ils se dépêchent, mais sans panique. La menace est intégrée, domestiquée. Les aînés "inquiets" qui hésitent à entrer sont à la fois un danger et une confirmation : ils ne savent pas, ils ne verront pas.
- Le peignoir : Sortir de la salle de bain en peignoir, se réfugier dans la chambre — c'est la continuation du jeu sous une forme plus soft. Sécher les cheveux de l'autre est un geste d'une tendresse infinie, qui contraste avec la brutalité des pratiques précédentes. Leur amour peut être tout à tour ardent et doux.
- La prochaine fois : "Je veux que tu enlèves la mousse de mon corps en me pissant dessus." Cette demande, préparée au chapitre 6 (où elle avait dû négocier pour obtenir l'urine sur elle), est ici formulée comme une évidence. La progression est nette : ce qui était négocié, presque imposé, est devenu une demande naturelle, intégrée à leur répertoire. Victor n'est plus à convaincre, il est partie prenante.
- Masterchef : La référence au concours culinaire pour parler de fellation ("Il faut tout goûter") est un trait d'humour typiquement béatesque. Le mélange des registres (la cuisine, le sexe) est sa marque de fabrique. Rien n'est séparé, tout est lié.
- Le million de fois : "On se calmera quand on l'aura fait un million de fois." Cette phrase dit à la fois l'urgence du désir et la conscience qu'il s'épuisera peut-être un jour. Mais ce jour est si lointain qu'il n'a pas à être craint. L'important est de continuer, de ne pas se lasser, de faire de leur sexualité un projet à très long terme.
- Le bilan rétrospectif : Le dialogue sur ce qui a été ("Ça a pas toujours été simple") et ce qui est ("tu es un super coup") est un moment de tendresse conjugale. Ils se rappellent d'où ils viennent, ils mesurent le chemin parcouru. "On a bien fait de persévérer" — cette phrase pourrait être dite par un couple de vieux époux. Elle dit la fierté d'avoir tenu, d'avoir construit quelque chose qui dure.
- L'absence de sous-vêtements : "Je n'en porte que pendant ses règles." Cette précision dit l'accessibilité permanente, la disponibilité amoureuse. Son corps est toujours prêt pour lui, toujours offert. Mais cette offre n'est pas une soumission : c'est un choix, une organisation de leur désir.
Bilan
- Béa : Elle est plus que jamais la stratège du désir. C'est elle qui demande l'urine, elle qui planifie le 69, elle qui orchestre leur vie sexuelle. Mais cette stratégie n'exclut pas la tendresse, la gratitude, le souvenir ému du premier baiser. Elle est capable de dire "Béni soit le jour" avec la même sincérité qu'elle dit "je veux que tu me pisses dessus". Son amour est total, sans compartiments. L'absence de sous-vêtements est le symbole de cette disponibilité totale, physique et émotionnelle.
- Victor : Il est plus actif que dans les chapitres précédents. C'est lui qui "cale la tête", qui "insiste", qui "retourne" Béa. Mais il reste tendre, attentif à ne pas l'étouffer, à respecter ses limites. Sa question ("Tu crois qu'au dîner tu peux me la toucher sans que personne ne voit ?") montre que le désir ne le quitte pas, mais aussi qu'il intègre les contraintes du secret. Il veut prolonger le jeu jusque sous la table, transformant le repas familial en terrain de jeu érotique. Sa dernière phrase ("tu es un super coup Béa avec tes B.A. partout sur moi") est un compliment qui mêle sexualité et complicité.
- Les aînés : Ils cognent à la porte, ils sont "inquiets", ils hésitent. Leur rôle est de rappeler que le monde extérieur existe, qu'il faut faire attention. Mais ils sont aussi, sans le savoir, des complices objectifs : leur présence ajoute du piment, de l'urgence, du danger. Ils font partie du jeu sans y participer.
Conclusion
L'amour durable n'est pas une flamme constante, c'est une braise qu'on attise. Béa et Victor ont compris que la routine n'est pas l'ennemie du désir, mais son cadre. Planifier le 69, prévoir l'urine sous la douche, programmer le million de fois — tout cela n'est pas la mort de la passion, c'est son organisation. Le désir a besoin de projets pour durer.
Par ailleurs, ce chapitre interroge la frontière entre l'intime et le public. Leur amour est secret, mais ce secret est devenu une source de jeu, pas d'angoisse. La porte qui cogne n'est plus une menace, c'est un rappel à l'ordre qui fait partie de l'excitation. Ils ont appris à vivre avec le danger, à l'intégrer. C'est peut-être cela, la sagesse des amants clandestins : faire du risque un ingrédient du plaisir.
Suite générative
Maintenant que leur désir a intégré jusqu'à la menace extérieure comme un jeu, que restera-t-il à explorer quand le risque de se faire prendre, pour la première fois, deviendra réalité ?

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