022 - avec tout ça
Je fais du shopping avec Coralie qui m’aide à choisir un parfum chez Marionnaud dans le grand centre commercial à un jet de tram.
- Oublie les tiges en carton, l’odeur du parfum se révèle surtout sur ta peau, ça donne un résultat différent sur toi ou sur moi.
Elle en profite pour me sentir dans le cou et frotter sa joue dodue à la mienne avec un regard doux. Il n’en faut pas plus pour me faire rougir. Quand je me touche j’ai des flash et c’est elle que je vois. Elle m’invite chez elle, un appartement chaleureux où sa chambre est comme un monde à part fait d’objets précieux et de lumières chaudes et tamisées. J’ai pas le temps de poser mon sac qu’elle m’embrasse déjà. C’est comme si je voyais ses yeux pour la première fois. Je lui rends son baiser et je commence à profiter des formes généreuses qu’elle a et que je n’ai pas.
- Tu en as mis du temps, Coco, je suis la dernière du club à venir ici.
- La dernière mais pas la moindre. On est toutes fragiles, tu sais. Toi, t’es une guerrière, et tu es si forte avec ton Victor.
On se cajole, plein de bisous et de tendresse mais rien de sexuel. Elle est comme ça Coralie. Tactile et sensuelle.
- J’aimerais bien changer de lettre et de couleur.
- Je t’ai vue regarder les teintures. Si tu te décides, je suis là.
- Entre rousse et brune, j’adorerais. Et les cheveux plus courts aussi.
- Parles-en à Victor d’abord, je ne veux pas d’ennuis. Et à ta mère ?
On fait ça pendant les vacances d’hiver. À la rentrée je suis une nouvelle Béa. Je pensais attirer l’attention mais je suis toujours aussi invisible. Le plus important, c’est que Victor est ravi aussi d’avoir une autre version de moi, plus femme. Je mets même du rouge à lèvre maintenant. Ça me change tellement, c’est dingue. Je revois mes fringues aussi. Coralie fait des merveilles sur moi. Elle me révèle. Je ne suis pas la première à avoir subi l’effet Coco. Elle me laisse la toucher et je la laisse me doigter. Je suis fascinée par ses seins que je scanne avec ma langue. Je ne vois pas quoi faire de plus avec elle à part de longs baisers langoureux. Ce qui me fait rire, c’est l’état d’excitation de Victor quand je lui raconte tout. Déjà qu’il jouissait trop vite, ça s’arrange pas. Je lui fais une grosse étreinte de tendresse et d’amour, si fort que je sens battre son cœur contre moi et je l’écoute ralentir après son orgasme sur mon ventre, même pas eu le temps de rentrer. Au fait, ma contraception ? J’ai encore refusé l’implant sous-cutané. Je préfère être libre de jouer avec les plaquettes numérotées et m’empoisonner le moins possible avec tout ça.
Analyse de ce chapitre dans le contexte de l'œuvre
Ce vingt-deuxième chapitre est celui de l'exploration des marges. Après vingt et un chapitres centrés sur le couple Victor-Béa, voici que s'ouvre un espace nouveau : celui de l'amitié féminine, de la découverte du corps d'une autre femme, de l'attirance pour Coralie. Ce n'est pas une remise en cause de son amour pour Victor, c'est un élargissement. Béa explore, elle expérimente, elle se laisse "révéler" par Coralie. Mais tout cela est partagé avec Victor, raconté, intégré dans leur dynamique. L'excitation de Victor devant ses récits est même un carburant supplémentaire pour leur sexualité. Le chapitre pose la question de l'identité sexuelle en actes, pas en théories. Béa n'est pas "bisexuelle" au sens d'une catégorie, elle est simplement ouverte à ce qui vient, à ce qui la touche, à ce qui la révèle.
Symbolique
- Le parfum : "L'odeur du parfum se révèle surtout sur ta peau." Cette phrase est une métaphore de tout le chapitre. Ce qui compte, ce n'est pas l'essence en soi, c'est la manière dont elle se révèle sur chacun. Coralie ne propose pas à Béa de devenir quelqu'un d'autre, elle l'aide à se révéler elle-même.
- La joue dodue : Le détail est sensuel et tendre. Coralie est "tactile et sensuelle", elle frotte sa joue contre celle de Béa, elle la fait rougir. C'est une sensualité sans objectif, sans programme, juste du contact.
- Les flashs : "Quand je me touche j'ai des flash et c'est elle que je vois." Le désir pour Coralie est présent, même en l'absence de Coralie. Il fait partie du paysage intérieur de Béa.
- La chambre de Coralie : "Un monde à part fait d'objets précieux et de lumières chaudes et tamisées." L'écrin est à la hauteur du joyau. L'intimité féminine est décrite avec une précision presque amoureuse.
- "Tu es une guerrière" : Coralie voit Béa comme une "guerrière", "si forte avec ton Victor". Ce regard extérieur est précieux. Béa n'est pas seulement une survivante, elle est une combattante, et son couple est sa force.
- Changer de lettre et de couleur : La demande de Béa ("J'aimerais bien changer de lettre et de couleur") est à la fois esthétique (la teinture) et identitaire (la lettre dans le sigle). Coralie répond en praticienne : elle l'aidera pour les cheveux, mais elle lui conseille d'en parler à Victor d'abord. La loyauté envers le couple prime.
- La nouvelle Béa : À la rentrée, elle est métamorphosée : cheveux courts, nouvelle couleur, rouge à lèvres. Mais elle est "toujours aussi invisible". La transformation intérieure ne change pas le regard des autres. L'important, c'est que Victor est "ravi".
- L'effet Coco : "Je ne suis pas la première à avoir subi l'effet Coco." Coralie a un pouvoir de révélation sur les femmes qu'elle approche. Elle ne les transforme pas, elle les dévoile à elles-mêmes.
- La sexualité avec Coralie : Elle est décrite avec une simplicité désarmante. "Je la laisse me doigter", "je scanne ses seins avec ma langue", "de longs baisers langoureux". Pas de performance, pas de programme, juste du plaisir partagé. Béa ne "sait pas quoi faire de plus" — ce n'est pas un manque, c'est une plénitude.
- L'excitation de Victor : "Déjà qu'il jouissait trop vite, ça s'arrange pas." Les récits de Béa l'excitent tellement qu'il jouit avant même de pénétrer. La tendresse de Béa ("je lui fais une grosse étreinte") montre que l'important n'est pas la performance, c'est le partage.
- La contraception : Le refus de l'implant sous-cutané est un refus de la contrainte, de la chimie permanente. Béa préfère "jouer avec les plaquettes", garder la main sur son corps, même au risque de l'oublier.
Bilan sur chaque personnage présent
- Béa : Elle est en exploration. Coralie lui ouvre un monde nouveau, celui de la sensualité féminine, de la douceur tactile, des baisers langoureux sans programme. Elle se laisse faire, elle découvre, elle apprécie. Mais elle reste ancrée dans son amour pour Victor, à qui elle raconte tout, avec qui elle partage tout. Sa transformation physique (cheveux, rouge à lèvres) est une affirmation de sa féminité, pas une trahison de son couple. Son refus de l'implant est une affirmation de sa liberté.
- Victor : Il est présent en absence, à travers les récits de Béa et son excitation. Il n'est pas jaloux, il est excité. Il ne se sent pas menacé par Coralie, il l'intègre dans leur imaginaire érotique. Sa jouissance trop rapide est presque comique, mais Béa l'accueille avec tendresse. Leur couple est assez solide pour intégrer ces explorations.
- Coralie : Elle est le personnage-révélation. Tactile, sensuelle, mais "rien de sexuel" au début — juste de la tendresse, des cajoleries. Elle a un don pour révéler les femmes à elles-mêmes ("l'effet Coco"). Elle voit Béa comme une "guerrière", elle respecte son couple (elle lui conseille de parler à Victor d'abord). Leur sexualité est douce, exploratoire, sans pression. Coralie est une initiation, pas une rivale.
Conclusion
L'amour n'est pas un jeu à somme nulle. Aimer Victor n'empêche pas Béa d'être attirée par Coralie, et cette attirance n'affaiblit pas son amour pour Victor — au contraire, elle l'enrichit, elle l'excite, elle le nourrit. Le partage des expériences, la transparence absolue, font de chaque exploration une aventure commune.
Par ailleurs, ce chapitre interroge la notion d'identité sexuelle. Les catégories (L, G, B, etc.) sont des approximations commodes, mais elles ne capturent pas la fluidité du désir. Béa n'est pas "bisexuelle" au sens où elle cocherait une case. Elle est attirée par Victor, par Coralie, par d'autres peut-être, mais toujours dans le cadre de sa relation fondamentale avec Victor. Son identité est relationnelle, pas catégorielle.
Suite générative
Maintenant que Béa a exploré la sensualité avec Coralie et que Victor a intégré ces explorations dans leur désir, comment réagira-t-elle quand Coralie, pour la première fois, ne sera plus seulement une amie sensuelle mais une rivale potentielle ?

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