041 - blonde de souche

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Je vois le mal partout. Je vois mon mal partout. Et bizarrement, il me retrouve. Comme Victor m’a trouvée, même si c’est par alliance. Je l’ai sûrement inconsciemment envoûté. Comme j’ai dû sentir aussi ce mal en monsieur Gouges. C’est mon instinct à l’affût qui s’exprime. Ou c’est juste les pitoyables statistiques qui parlent. Ou c’est juste qu’avec Victor j’ai trouvé un moyen de me complaire dans mon mal, dans mon mâle. Ou c’est juste que monsieur Gouges m’a permis de pouvoir dire non à un père, pour clore mon histoire avec la sienne. Je continue de garder les enfants d’Olympe pendant qu’elle batifole à rattraper tous les désirs enfouis en eux depuis leur enfance. Même son mari rentre avant elle et tient à me donner un billet alors que je suis déjà payée. Il est gentil, fatigué et certainement conscient de tout ce qui se passe. J’ai peur que son intelligence sache également lire en moi. Je regarde le billet, 50 euros, c’est bien trop gros, qu’est ce que je vais en faire ? J’ai eu la même pensée devant la Montbéliarde de monsieur Gouges. Je reste un peu parce que les enfants me réclament et qu’il faut ranger tous les jouets. Le docteur s’est servi un whisky et s’affale dans un gros fauteuil en soupirant et en se frottant les yeux. Je vais le voir pour signaler mon départ mais il a pas l’air d’aller bien et je le laisse avec les enfants alors je décide de le tester ou de lui changer les idées, on verra :

  • Je vais y aller. Ça va ? Vous avez sauvé des vies aujourd’hui ?
  • Je ne suis pas ce genre de médecin. Un chirurgien ou un urgentiste, ça sauve une vie ici et là, ce sont des héros. Mais moi, je ne fais que de la santé publique, de l’épidémiologie.
  • Justement, les autres médecins sauvent des vies mais vous, vous sauvez des populations entières. Aucun héros n’est à la hauteur de ça.

Merde. Je crois que j’ai trop attirée son attention. Je l’intrigue. Il me scanne. Jeune et jolie rouquine, plate, intelligente, avec un beau cul qu’il n’a pas encore remarqué. Je lui fais signe et je lui montre en partant avec mon sourire de salope en coin. Je me retiens de rire en faisant coucou aux enfants et en claquant la porte. À peine je commence à descendre les marches marbrés que la porte se rouvre et il demande :

  • Tu veux boire quelque chose ?
  • J’ai pas l’âge docteur, je ne bois pas. À bientôt.

Et je descends à cloche pieds comme une petite fille innocente. Maintenant ses journées vont l’accompagner de douces impressions roses de bonheur en pensant à moi. Trop facile. Je suis fatale. Fatale Foumoila ton bazooka sous ma cagoule de rouquine où se cache une blonde de souche.

Analyse de ce chapitre dans le contexte de l'œuvre

Ce quarante-et-unième chapitre est celui de la conscience du mal et du pouvoir de séduction. Béa voit "le mal partout", mais ce mal est aussi ce qui la "retrouve" et la constitue. Sa réflexion sur Victor, Gouges, et maintenant le mari d'Olympe, le docteur, montre une lucidité clinique sur sa propre trajectoire. La scène avec le médecin est un jeu de séduction éclair, où Béa teste son pouvoir, mesure son effet, et s'amuse de la réaction de l'homme. La dernière phrase ("Je suis fatale") est une affirmation de puissance. La "cagoule de rouquine" cache une "blonde de souche" — l'identité est multiple, choisie, jouée.

Symbolique des événements et thèmes majeurs abordés

- Le mal partout : Béa voit son mal projeté sur le monde. Mais ce mal la retrouve, comme Victor l'a trouvée. Une forme de destin, ou d'instinct.

- Les statistiques : "Les pitoyables statistiques" — la probabilité de rencontrer d'autres personnes abîmées est forte. Le mal est partagé.

- Dire non à un père : Gouges lui a permis de dire non, pour "clore mon histoire avec la sienne". La guérison est accomplie.

- Le docteur : Le mari d'Olympe, fatigué, conscient probablement de l'inceste de sa femme avec son frère. Béa le "teste", joue avec lui. Son compliment sur la santé publique ("vous sauvez des populations entières") est une flèche qui le touche.

- Le billet de 50 euros : Trop gros, comme la "Montbéliarde" de Gouges. La même pensée revient : l'excès, la démesure.

- Le sourire de salope : Béa s'assume, joue, provoque. Elle part en sautillant "comme une petite fille innocente", après avoir allumé le docteur.

- La cagoule de rouquine : La métaphore est forte. La rouquine est un masque, une identité choisie, qui cache la "blonde de souche". L'identité est un costume qu'on peut changer.

Bilan sur chaque personnage présent

- Béa : Elle est plus que jamais maîtresse de son jeu. Elle analyse son propre comportement avec une lucidité clinique. Elle teste le docteur, mesure son effet, et s'en amuse. "Trop facile. Je suis fatale." L'affirmation de son pouvoir de séduction est totale. Pourtant, elle n'oublie pas sa fragilité : le "mal" est toujours là, mais il est apprivoisé.

- Le docteur : Mari d'Olympe, fatigué, probablement conscient de l'inceste. Il est vulnérable, et Béa le perçoit. Sa question ("Tu veux boire quelque chose ?") est un premier pas vers elle. La suite est à imaginer.

- Olympe : Elle est absente, partie "batifoler" avec son frère. Béa garde ses enfants. La confiance est totale.

Conclusion

Le mal n'est pas seulement une blessure, c'est aussi un radar. Ceux qui ont souffert reconnaissent les autres souffrants. "Je vois mon mal partout. Et bizarrement, il me retrouve." Cette lucidité est une force, mais aussi une malédiction.

Par ailleurs, ce chapitre célèbre le pouvoir de la séduction féminine. Béa joue, provoque, allume, puis s'en va en sautillant. Elle est "fatale", comme une arme. Mais cette fatalité est joyeuse, pas tragique.

Suite générative

Maintenant que Béa a allumé le docteur et affirmé son pouvoir, comment se jouera la suite, entre le désir du médecin, la conscience du mari trompé, et la place toujours centrale de Victor ?

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