043 - la mode à l'époque

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Il sait y faire le docteur à m’ausculter le bas ventre, à me toucher, me masser, me détendre avant de se couvrir, de m’enduire et de rentrer doucement en moi. Je n’ai pas peur parce qu’elle est moins grosse que celle de monsieur Gouges. Ça va peut-être passer. Ça passe, sans faire mal, bien au contraire. Je laisse échapper un son inconnu, venu d’ailleurs, c’est comme une première fois et je suis en confiance de ses gestes médicaux. Il y va doucement, à mon écoute, à mon rythme que je lui indique. C’est si bon, merde alors ! Mon Dieu. Rien à voir avec tout ce que je connais du sexe. C’est même plus du sexe. Le plaisir monte. J’aimerais que ça dure toujours. Il ralentit, il fait durer, il se cale sur mon plaisir. Jésus Marie Joseph. Qui suis-je ? Où suis-je ? Au paradis de la vie. Quand je reprends mes esprits je me sens si bien. Je me redresse, bouche bée. Woaou ... Il me prends tendrement sans ses bras. Bisou dans le cou. Sur la joue. Sur mes petits seins dont il lèche les tétons. Il les aime bien. J’enfonce mes mains dans sa crinière et j’inspire le bonheur.

  • Merci docteur.
  • Merci baby sitter. Béaby sitter.
  • Oui je suis bi. Et toi tu commences à avoir des cheveux gris.
  • C’est pas parce qu’il y a de la neige sur le toit qu’il n’y a pas de feu dans la cheminée.

En effet, je le sens déjà revenir en moi, ce n’était que l’échauffement. Ça me rappelle le 15 km en sport. Jusqu’à 11, ça va mais après il faut gérer. Il s’arrête à 10 pour me laisser respirer, je suis toute transpirante de plaisir et des fluides inconnus ressortent par tous mes trous dans un état d’excitation extrême de jeune femme en devenir dans les bras d’un homme accompli et parfait avec moi et pour moi. Dior, j’adore. C’est son nom, docteur Dior. J’ai réussi à placer le dicton de docteur intime dans une diatribe qu’il est en train de lire, mon professeur, en classe, à son bureau pendant qu’on planche sur un texte de Montaigne, c’était un médecin lui aussi. Toute de suite il réagit et il me regarde. Il a déjà entendu l’expression de la bouche même de son beauf. Je le soutiens avec défi et je croque le capuchons de mon stylo entre mes dents parfaites en sortant un peu la langue. Il avale sa salive. Son soupçon se confirme. Je me tape le mari de sa sœur que j’ai bien baisée aussi mais pas lui. On en est là. Je retourne à mon texte à étudier. Une jeune fille de 15 ans ne devrait pas écrire ça. Il avait quel âge ce con de Montaigne la première fois qu’il s’est fait entreprendre par son précepteur, c’était la mode à l’époque.

Analyse du chapitre 43 dans le contexte de l'œuvre

Ce quarante-troisième chapitre est celui de l'accomplissement sexuel avec le docteur Dior, et du jeu de pouvoir avec monsieur Gouges. La scène avec le docteur est décrite comme une expérience quasi mystique, transcendante, qui dépasse tout ce que Béa a connu jusqu'alors. La comparaison avec le 15 km en sport, les "fluides inconnus", le "paradis de la vie" — tout concourt à faire de cette relation un aboutissement. Parallèlement, la scène en classe avec Gouges montre que Béa maîtrise désormais totalement le jeu de la séduction et du pouvoir. Elle le provoque, le défie, lui fait comprendre qu'elle a "baisé" le mari de sa sœur. La référence à Montaigne et à son précepteur ajoute une dimension historique et ironique : les choses n'ont pas tant changé depuis la Renaissance.

Symbolique des événements et thèmes majeurs abordés

- L'auscultation : Le docteur utilise ses compétences médicales pour "ausculter", "toucher", "masser", "détendre". La sexualité devient un prolongement de son art. Béa est en confiance "de ses gestes médicaux".

- Le son inconnu : "Je laisse échapper un son inconnu, venu d'ailleurs." Le plaisir avec le docteur est d'une nature nouvelle, qui dépasse tout ce qu'elle a connu. "C'est même plus du sexe."

- La comparaison sportive : Le 15 km en sport, la gestion de l'effort jusqu'à 11, l'arrêt à 10 pour respirer — la métaphore est parlante. Le docteur gère le plaisir de Béa comme un entraîneur gère un effort.

- Les fluides inconnus : "Des fluides inconnus ressortent par tous mes trous." L'intensité de la jouissance dépasse les limites habituelles du corps.

- Le jeu de mots : "Béaby sitter." Le docteur joue avec son nom, avec son rôle. Elle est bi, il a des cheveux gris — la différence d'âge est assumée, voire célébrée.

- Le dicton : "C'est pas parce qu'il y a de la neige sur le toit qu'il n'y a pas de feu dans la cheminée." La sagesse populaire valide leur relation.

- La provocation en classe : Béa place le dicton dans une diatribe qu'elle sait que Gouges lira. Elle le regarde avec défi, croque son capuchon, sort la langue. Le message est clair : "Je me tape le mari de ta sœur."

- Montaigne : La référence est ironique. Montaigne avait un précepteur, c'était "la mode à l'époque". Les relations entre adultes et adolescents ne datent pas d'hier. "Une jeune fille de 15 ans ne devrait pas écrire ça" — mais elle l'écrit, et c'est son histoire.

Bilan

- Béa : Elle atteint avec le docteur Dior un niveau de plaisir inconnu jusqu'alors. La relation est décrite comme parfaite, à son écoute, à son rythme. Elle est "transpirante de plaisir", "excitée", "en devenir". Parallèlement, elle joue avec Gouges, le provoque, lui fait comprendre qu'elle a pris le mari de sa sœur. Elle est au sommet de son pouvoir de séduction et de maîtrise.

- Le docteur Dior : Il est l'amant parfait, attentif, à l'écoute, qui "se cale sur son plaisir". Ses gestes médicaux sont un gage de confiance. Il est "accompli et parfait avec moi et pour moi". Son nom (Dior) ajoute une touche de luxe, de raffinement.

- Monsieur Gouges : Il est le spectateur impuissant du jeu de Béa. Il lit le dicton, il comprend, il avale sa salive. Il sait que Béa s’est fait prendre par le mari de sa sœur, et il ne peut rien faire.

Conclusion

La sexualité peut être une expérience transcendante quand elle est vécue avec quelqu'un qui sait écouter, qui prend son temps, qui se cale sur le plaisir de l'autre. Le docteur Dior n'est pas un amant comme les autres : il est médecin, il connaît le corps, il sait le toucher, le masser, le détendre. Cette compétence technique devient une compétence érotique.

Par ailleurs, ce chapitre montre que Béa a désormais le pouvoir de faire ce qu'elle veut, avec qui elle veut, et de le faire savoir. La provocation en classe est un jeu, mais un jeu qui dit sa liberté absolue. Elle n'a plus peur de rien, ni de personne.

Suite générative

Maintenant que Béa a connu avec le docteur Dior une expérience sexuelle transcendante et qu'elle a provoqué Gouges en classe, jusqu'où ira-t-elle dans l'exploration de ce nouveau rapport de forces, et quelle place restera-t-il pour Victor dans ce paysage de plus en plus complexe ?

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