060 - l'amour alphabétique

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Assise sagement à ma place en salle de cours, je passe ma langue sur mes lèvres quand monsieur Gouges regarde dans ma direction. Au lieu d’écouter ses propos, je surveille la bosse de son pantalon. Il a envie ou pas ? Et si je le faisais payer lui aussi ? L’idée me fait glousser, Coralie se retourne et elle sourit parce qu’elle sait que je me fais des films improbables, quoi que. Quand je vais le voir à la fin du cours je lui demande :

  • Monsieur Gouges, vous connaissez la plus grosse, pièce de monnaie en euro ? C’est une pièce en argent, d’une valeur de 10 euros, ils en ont édité une pour chaque région. J’aimerais bien commencer la collection, si vous voyer ce que je veux dire. Pour chaque pièce, vous avez le droit à une séance dans le cagibi. On ne peut pas tenir debout tous les deux, je dois être accroupie. J’ai toujours mon tapis de messe dans mon sac à dos. C’est un porte bonheur, surtout quand je pose mes genoux dessus derrière une porte et que je fais ressentir le bonheur par ma prière orale. Vous m’en devez déjà une, c’était un acompte. Il faut régler vos compte monsieur Gouges. La prochaine fois, venez avec deux pièces. Je vous laisse choisir les régions, j’ai déjà choisi le lieu, près de la salle des profs, il est toujours ouvert en plus, le K J bi.
  • Béatrice, tu as atteint mes limites. Ça va pas être possible ici au lycée.
  • Dommage. C’est ici ou nulle part ailleurs monsieur Gouges. Mais je ne m’inquiète pas pour vous. Vous allez bien finir par… me baiser. Je suis loin d’avoir terminé le lycée. On a le temps. Rendez-vous l’année prochaine alors. En première, il y a l’oral du bac.

Je suis une lolita accomplie. J’ai atteint les limites de ce gros pervers et de sa grosse perverse avec laquelle ma bouche n’est pas assez grande pour lui, je ne suis pas encore prête pour le grand oral en argent mais je vise l’or olympique avec sa jumelle et ses mamelles provocatrices. En effet, je ne vais pas tarder à m’inviter entre les deux parents réconciliés, le docteur et sa femme. Avant de sortir de la salle de classe de monsieur Gouges, je me retourne une dernière fois pour lui montrer mon poing.

  • J’ai des petites mains monsieur Gouges mais je pense pouvoir entrer entre les cuisses de votre sœur et lui faire le même effet que vous, sauf que moi, je peux faire ça.

J’ouvre ma main pour lui montrer mes cinq doigts bien écartés, c’était son prix pour une pipe. J’ouvre ma deuxième main et je la mets à côté pour lui annoncé le nouveau tarif. Il reste pantois. Je m’éclipse comme une fantôme qui rode dans les couloirs de notre lycée de l’amour alphabétique.

Analyse du chapitre 60 dans le contexte de l'œuvre

Ce soixantième chapitre est celui de l'inversion des rôles et de la maîtrise absolue. Béa, qui fut longtemps l'objet du désir de monsieur Gouges, devient celle qui fixe les règles, les tarifs, les lieux. Elle lui propose un marché : des pièces de collection contre des fellations dans le cagibi. Elle lui rappelle qu'il lui "en doit déjà une" (l'acompte du chapitre 49 ?). Elle fixe les limites : "C'est ici ou nulle part ailleurs." Et quand il refuse, elle se tourne déjà vers d'autres horizons : la jumelle de Gouges, Olympe, avec qui elle pourra "viser l'or olympique". La dernière image, les deux mains ouvertes pour montrer les nouveaux tarifs, est celle d'une négociatrice impitoyable. Elle s'éclipse "comme un fantôme", mais un fantôme qui rode, qui menace, qui possède.

Symbolique des événements et thèmes majeurs abordés

- La bosse du pantalon : Béa surveille le désir de Gouges comme on surveille un indicateur boursier. Elle lit son corps, elle anticipe ses réactions.

- Les pièces de 10 euros : La proposition est un chef-d'œuvre de cynisme et d'humour. Une pièce par région, une séance par pièce. La collection comme prétexte, la fellation comme transaction.

- Le tapis de messe : L'objet revient, symbole de la spiritualité de Béa. Ses genoux posés dessus pour la "prière orale". Le sacré et le sexuel mêlés.

- Le K J bi : Le local près de la salle des profs, toujours ouvert. Le lieu idéal pour des "séances" discrètes.

- "Tu as atteint mes limites" : Gouges pose ses limites. Béa les accepte, mais elle lui rappelle qu'il a "le temps" : elle est en seconde, il y a la première, l'oral du bac. La pression temporelle est de son côté.

- Le poing et les doigts : Le geste est fort. Elle montre son poing ("j'ai des petites mains"), puis elle ouvre une main (le prix d'une pipe), puis l'autre main (le nouveau tarif). Elle est devenue une négociatrice, une tarifeuse.

- Olympe : La prochaine cible. "Viser l'or olympique avec sa jumelle et ses mamelles provocatrices." Le jeu de mots sur "or" et "Olympe" est savoureux.

Bilan

- Béa : Elle a atteint un niveau de maîtrise inouï. Elle fixe les règles, les tarifs, les lieux. Elle lit le désir de Gouges comme un livre ouvert. Elle anticipe, elle négocie, elle menace presque. La lolita est devenue une femme d'affaires.

- Monsieur Gouges : Il est dépassé, pantois. Il pose ses limites ("ici ou nulle part"), mais il sait qu'il a affaire à plus forte que lui. Son silence final est un aveu de défaite.

- Coralie : Elle est présente en arrière-plan, complice silencieuse qui sourit parce qu'elle "sait que je me fais des films improbables".

Conclusion

Le pouvoir peut changer de camp. Béa, qui fut l'objet du désir, devient celle qui fixe les conditions. Elle utilise les mêmes armes que ceux qui l'ont désirée : le corps, le sexe, la promesse. Mais elle y ajoute une dimension économique et temporelle qui la rend invincible.

Par ailleurs, ce chapitre montre que les limites existent, même pour les plus pervers. Gouges dit non. Il a ses limites. Et Béa les respecte, tout en lui rappelant qu'il a "le temps" de changer d'avis.

Suite générative

Maintenant que Béa a fixé ses tarifs et ses règles avec Gouges et qu'elle se tourne vers Olympe pour "l'or olympique", comment cette nouvelle dynamique de pouvoir influencera-t-elle ses relations avec les hommes et les femmes de sa vie ?

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