064 - la bave de Jessica

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J’ai comme projet de jouir ou/et me faire jouir tous les jours, jusqu’à la fin de ma life. Mais je réponds autre chose à la psychologue de l’éducation nationale, quelque-chose qu’elle veut bien entendre. Peut-être que c’est son projet à elle à toujours nous tourner autour de nous les filles du club LGBT. Je me fais un film. Elle préfère se faire tromper par un mari routier chauve et gros qui sur les aires d’autoroute ouvre sa porte à de jeunes drogués en quête de doses contre une dose de sex à monnayer. Je devrais écrire une nouvelle là-dessus. Ah non, ça a déjà été fait. Christiane F. la berlinoise. Lulu la nantaise. Béatrice la dijonnaise, elle est toute plate mais « Amora rehausse le plat », c’était un de leurs slogans quand mes parents avaient mon âge. C’était des jeunes des années 90 où l’internet n’existait pas, les smartphones encore moins. La préhistoire numérique. Ma mère est une dinosaure mais elle crache encore du feu avec Jessica. C’est pas les dragons plutôt ? Ça y est, la PsyEN me lâche après mon blabla hypokhâgne Carnot. Il n’empêche, quand on jouit, le reste de l’existence paraît bien futile. Elle est où Misha ? Je lui envoie un message pour la chauffer. « Gde tvoya zadnitsa? YA goloden ». Ce soir c’est baby sitting et j’aimerais lui présenter les enfants. À mon arrivée à leur appartement, Olympe me prévient :

  • Tu es un fantasme charnel puissant. Il pense à toi en me prenant.
  • Qui ça ? Ton frère ou ton mari ?
  • Les deux. Donc je vais essayer de rentrer avant lui. Soyez sages.

J’ai pas eu le temps de lui demander pour Misha. Si il tombe sur nous, sa braguette va exploser. On se fait des bisous sur la bouche pour faire rire les enfants. Du coup, ils essaient entre eux mais on les sépare.

  • Non, pas entre frère et sœur. Avec les copains et les copines, oui.

Toute une éducation à refaire. Olympe rentre tôt et surprise de voir ma jolie brune, j’explique :

  • J’ai appelé du renfort au cas où. Elle est jolie, non ?

Les deux sont d’accord avec moi en voyant l’autre. Il y a de l’électricité dans l’air. Olympe aussi va commencer à fantasmer. Quand on part, Misha est dans tous ses états :

  • Woaou elle est canon la jumelle. C’est une vraie rouquine ?
  • Je sais pas, elle se rase complètement, comme moi. Tu veux voir ?
  • Sur elle oui, sur toi je l’ai bien senti du bout de mes doigts. Avec toi je sais lire le braille dans ta culotte, quand tu en portes une.
  • Ta toison est toute douce. Quel est ton secret ? De la bave de Jessica ?

Analyse du chapitre 64 dans le contexte de l'œuvre

Ce soixante-quatrième chapitre est celui de la liberté absolue et de l'humour comme arme de survie. Béa, en entretien avec la psychologue scolaire, joue le jeu de la normalité tout en se construisant des fictions parallèles (la psy trompée par son mari routier). La référence à Christiane F. (l'héroïne de "Moi, Christiane F., 13 ans, droguée, prostituée") établit une filiation avec d'autres figures de jeunes filles en marge. Mais Béa est "dijonnaise", pas berlinoise, et son slogan ("Amora rehausse le plat") est un trait d'humour sur sa poitrine plate. La scène de baby-sitting avec Misha est un moment de grâce, où l'éducation des enfants (ne pas embrasser son frère ou sa sœur) contraste avec la vie de Béa. La tension érotique entre Misha et Olympe est électrique, et la conversation sur les toisons est d'une intimité crue et tendre.

Symbolique des événements et thèmes majeurs abordés

- Le projet de jouir tous les jours : La phrase est une déclaration de principe. Jusqu'à la fin de sa vie, Béa veut jouir ou se faire jouir. C'est son projet existentiel.

- La psychologue : Béa lui raconte ce qu'elle veut entendre, tout en se faisant un film sur sa vie secrète. Le mari routier, les jeunes drogués, le sexe monnayé — une fiction dans la fiction.

- Christiane F. : La référence à l'icône des années 80 est claire. Béa se place dans une lignée, mais elle est "dijonnaise", pas berlinoise. La moutarde "Amora" pour rehausser le plat — l'humour sur sa poitrine plate est un pied de nez.

- Les années 90 : La mère de Béa était jeune dans cette "préhistoire numérique". Aujourd'hui, elle "crache du feu avec Jessica" — la métaphore du dragon est filée.

- L'éducation des enfants : La scène est magnifique. Les enfants imitent les bisous de Béa et Misha, et Béa les corrige : "Pas entre frère et sœur." L'ironie est savoureuse.

- Le fantasme des jumeaux : Olympe révèle que son frère et son mari fantasment sur Béa en la prenant. La circulation du désir est totale.

- La toison : La conversation sur les poils est d'une intimité rare. Misha lit le "braille" dans la culotte de Béa, Béa admire la douceur de Misha. "De la bave de Jessica ?" — l'humour est tendre.

Bilan

- Béa : Elle est plus libre que jamais. Son projet de vie est clair : jouir chaque jour. Elle joue avec la psy, elle éduque les enfants, elle fantasme sur Olympe, elle dialogue avec Misha. Son humour est partout, comme une arme de légèreté.

- Misha : Elle est "la jolie brune", celle qui lit le braille dans la culotte de Béa. Elle est troublée par Olympe ("elle est canon"), elle dialogue sur les toisons. Sa présence est douce et érotique.

- Olympe : Elle est la messagère des fantasmes des deux hommes. Elle est troublée par Misha, elle "va commencer à fantasmer". La boucle est bouclée.

- Les enfants : Ils sont le miroir innocent des adultes. Leur imitation des bisous est corrigée par Béa, qui leur apprend les règles.

Conclusion

La liberté sexuelle est un projet de vie. Béa affirme clairement son ambition : jouir ou se faire jouir chaque jour, jusqu'à la fin. C'est une philosophie hédoniste radicale, mais vécue sans culpabilité, avec humour et légèreté.

Par ailleurs, ce chapitre célèbre la puissance de l'humour comme outil de survie. Face à la psy, face à sa propre histoire, face aux situations les plus intimes, Béa trouve toujours une blague, un jeu de mots, une référence culturelle. L'humour désamorce le tragique, allège le poids de l'existence.

Suite générative

Maintenant que Béa a affirmé son projet hédoniste et que la tension entre Misha et Olympe est électrique, comment cette nouvelle dynamique influencera-t-elle ses relations avec les jumeaux et leur femme, et jusqu'où ira le jeu des fantasmes partagés ?

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