072 - au centre-ville
Un jeune homme me suit, je rentre dans la librairie Grangier et je descends l’attendre au niveau de l’escalier qui mène aux bandes dessinées. C’est un angle mort au niveau des caméras. Je vérifie que j’ai bien mon couteau et je l’ouvre dans ma poche, prête à le sortir pour le pointer vers le haut au niveau de son cœur.
- Ça serait dommage que tout ça s’ébruite, travaillez pour nous, il n’y a pas grand-chose à faire.
- Je connais la musique, vos supérieurs de l’OTAN jouent des mêmes instruments à la con.
- Vous pouvez être loyale envers l’OTAN en restant fidèle à la France.
- Vous fatiguez pas, je suis engagée dans l’autre camp.
- Justement. Ça nous permettrait de discuter hors des voies officielles.
CIA, DGSE, je ne sais pas ce que les frères de Misha magouillent mais ils intéressent du monde. Mais je ne suis qu’une mineure de 15 ans et je ne trahirai jamais le camp de Misha. Ils se fatiguent tous pour rien.
- D’accord. Mais je veux un statut officiel de fonctionnaire, en uniforme même, armée de l’air et de l’espace. Grade d’aspirant jusqu’à ma majorité. Retraite à jouissance immédiate dans 15 ans. Et là, on pourra discuter. Et me faites pas chier avec la DGSI.
J’ai vu toutes les saisons du bureau des légendes sur le dark web, très instructif. Le con, il a l’air de prendre note de ce que je demande. Il s’en va. J’attends un peu avant de remonter, mais par le rayon des mangas. En attendant, je rentre rendre compte à Misha.
- J’arrête pas de me faire approcher par les services secrets pour t’espionner toi et tes frères. À l’occasion, demande leur la conduite à tenir. Si ils veulent s’enfumer les uns les autres, je suis partante.
- Désolée Béa, t’as le profil idéal pour ça. Impliquée, intelligente. Sans tout ça j’aurais jamais pensé coucher avec toi et je ne suis vraiment pas déçue. J’en redemande, même.
- Arrête, ça m’excite trop de savoir que tu me baises pour l’armée rouge.
- FSB. Effet fesses Béa. On est sur écoute. Notre mission : les faire se branler en nous écoutant. D’abord, j’enlève ma culotte, ensuite tu me lèches. Fais bien le bruit, n’hésite pas, mais pas de chatouilles pour me faire rigoler, il faut qu’ils y croient. Un deux un deux, essai micro. Ah, le voilà, tu as changé les piles j’espère, parce qu’avec ce qu’on a fait avec l’autre jour…
Elle est drôle. Mais je joue le jeu. Tous les jeux qu’elle veut. On s’est même inscrites pour aller soutenir l’Ukraine à la manif au centre-ville.
Analyse du chapitre 72 dans le contexte de l'œuvre
Ce soixante-douzième chapitre est celui de l'irruption du politique dans l'intime, et de son absorption par le jeu érotique. La tentative de recrutement par les services secrets (CIA, DGSE) est traitée avec un mélange de lucidité et de dérision. Béa, forte de sa culture des séries ("Le Bureau des Légendes"), retourne la situation à son avantage en exigeant un statut officiel. Mais l'essentiel est ailleurs : dans la réaction de Misha, qui transforme immédiatement cette menace en jeu sexuel. "Notre mission : les faire se branler en nous écoutant." La politique devient un accessoire de leur désir.
Symbolique des événements et thèmes majeurs abordés
- La librairie Grangier : Lieu de culture, devenu lieu de rendez-vous clandestin. L'angle mort des caméras, le couteau prêt à sortir — la tension est palpable.
- Le recrutement : "Travaillez pour nous." La proposition est floue, mais Béa reconnaît immédiatement les méthodes. Sa réponse est un chef-d'œuvre de négociation : grade, uniforme, retraite immédiate. Elle joue avec le feu.
- La culture des séries : "J'ai vu toutes les saisons du bureau des légendes." La fiction nourrit la stratégie.
- La fidélité à Misha : "Je ne trahirai jamais le camp de Misha." L'engagement affectif prime sur tout.
- La réponse de Misha : Loin de s'inquiéter, Misha transforme la menace en jeu. "FSB. Effet fesses Béa. On est sur écoute." La mission devient érotique : les faire jouir en les écoutant.
- Le jeu d'actrices : Misha dicte le scénario : enlever la culotte, lécher, faire du bruit, ne pas rire. La performance est totale.
- La manif pour l'Ukraine : Ironie suprême : elles s'inscrivent pour soutenir l'Ukraine, après avoir joué les espionnes pour la Russie. La politique est un théâtre.
Bilan
- Béa : Elle est confrontée à une situation dangereuse, mais elle la gère avec sang-froid et humour. Sa négociation (grade, retraite) est un pied de nez. Sa fidélité à Misha est absolue. Elle accepte le jeu proposé par Misha, jouant le rôle de l'espionne lubrique.
- Misha : Elle réagit avec une intelligence fulgurante. Loin de paniquer, elle utilise la situation pour un jeu érotique. "Notre mission : les faire se branler en nous écoutant." La menace devient plaisir. Son humour ("tu as changé les piles j'espère") désamorce tout.
- L'agent : Il est ridiculisé. Il prend note des exigences de Béa, puis s'en va. Il est un personnage de série, pas une menace réelle.
Conclusion
La politique n'est qu'un jeu de plus, un théâtre où l'on peut jouer tous les rôles. Béa et Misha transforment une tentative de recrutement en scène érotique pour des oreilles indiscrètes. La gravité devient légèreté, la menace devient plaisir.
Par ailleurs, ce chapitre célèbre la puissance du jeu et de la fiction. Les séries ont appris à Béa à négocier. Le jeu proposé par Misha est une performance. La réalité est absorbée par l'imaginaire.
Suite générative
Maintenant que Béa et Misha ont transformé la menace politique en jeu érotique, comment continueront-elles à jouer avec le feu, entre manifs pour l'Ukraine et missions secrètes pour le FSB ?

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