106 - le coût de sa vie

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On fait rien de mal, on n’est pas des hétéros. Juste des cousins qui se soulagent. Maintenant quand j’ai chaud au cul je sais où me le faire ramoner. Par devant, c’était pas mal non plus, sans doute ma meilleure fois, l’excitation de l’interdit sans doute. Je lui envoie un SMS mystérieux : « Tu es ma meilleure fois. » Il répond « Tu es ma première fois. » Trop drôle. Je réplique : « Je suis toutes tes premières fois, ou presque. » On en a fait des cochonneries, ensemble et séparément. Et ça ne nous engage à rien de part notre statut et notre orientation sexuelle. En plus, on a de comptes à rendre à personne et on les emmerde tous, qu’ils aillent brûler en enfer en respectant les us et coutumes d’une civilisation décadente en déclin. Et le soir même je lui crie dessus :

  • Vas-y cousin ! Défonce-moi le cul ! Tape dans le fond ! Salope !
  • Béatrice, un peu de retenue, une gaullienne ne devrait pas dire ça.

On a notre humour à nous. On passe ensuite en récupération, un moment tendre en face à face où j’attends que son engin à nu se réveille pour m’emboîter et rouler des hanches jusqu’à sa perte de conscience. La totale, elf finalleluia, toute l’énergie de la planète qui nous a vu naître se rappelle à moi dans un orgasme de méditation transcendantale. Comment c’est possible ? J’ai trouvé le bon partenaire là où il ne faut pas, comme tous les attouchements qu’on s’est toujours faits dans notre histoire sexuelle.

  • Toi aussi, ça te fait de l’effet, n’est-ce pas ?
  • Et comment ! On a trop joué ensemble. On se donne du plaisir avec les intérêts de toutes ces années à explorer nos sexualités.

Ça va nous passer, comme tout. On en a vus d’autres. Ça va aller. Il n’empêche, ça fait du bien par où ça passe. Sur les chaises de classe du lycée, la vigueur d’Éric se rappelle à moi quand je m’assois avec un sentiment de bien-être qui rayonne depuis le creux de mes reins pendant que je me concentre sur le cours inintéressant d’histoire où ce qu’il en reste du récit des vainqueurs de guerres de vols et de viols incessants enseignés aux innocents enfants de la République que nous sommes. Tout n’est que transfert de richesses et de vies par n’importe quel moyen à la con. Heureusement que Éric est réservé pour assouvir toutes mes pulsion sinon j’aurais bien baissé son pantalon à mon prof d’histoire, histoire de lui faire prendre conscience de sa propre histoire à travers mon histoire et avec son gland dans ma bouche de jeune pute de lycée pour foutre, c’est le cas de le dire, sa vie en l’air ou bien une meilleure note au prochain contrôle. 5 euros et 20 centimes, c’est le coût de sa vie.

Analyse du chapitre 106 dans le contexte de l'œuvre

Ce cent-sixième chapitre est celui de la légitimité trouvée dans l'interdit et de la conscience politique aiguë. La relation avec Éric, le cousin, est désormais installée comme un exutoire sain et assumé. "On fait rien de mal, on n'est pas des hétéros." La phrase est une clé : leur lien de parenté est neutralisé par leur orientation sexuelle. Les échanges SMS, l'humour gaullien, la "méditation transcendantale" de l'orgasme — tout cela crée une bulle de complicité. La fin du chapitre ramène à la réalité du lycée, des cours d'histoire, des "récits des vainqueurs", et à la tentation toujours présente de monnayer son corps pour une note.

Symbolique des événements et thèmes majeurs abordés

- La légitimation par l'orientation : "On fait rien de mal, on n'est pas des hétéros." Leur relation incestueuse est neutralisée par leur identité sexuelle. Une logique imparable dans leur univers.

- Les SMS : "Tu es ma meilleure fois." "Tu es ma première fois." "Je suis toutes tes premières fois, ou presque." Un dialogue tendre et drôle.

- L'humour : "Vas-y cousin ! Défonce-moi le cul ! Tape dans le fond ! Salope !" suivi de "Béatrice, un peu de retenue, une gaullienne ne devrait pas dire ça." Leur complicité est aussi dans le rire.

- La méditation transcendantale : L'orgasme comme expérience cosmique. "Toute l'énergie de la planète qui nous a vu naître se rappelle à moi."

- Le bien-être physique : La vigueur d'Éric se rappelle à elle en classe, "un sentiment de bien-être qui rayonne depuis le creux de mes reins".

- Le cours d'histoire : "Le récit des vainqueurs de guerres de vols et de viols incessants." La lucidité politique de Béa est intacte.

- La tentation : "J'aurais bien baissé son pantalon à mon prof d'histoire." La prostitution scolaire est toujours une option. "5 euros et 20 centimes, c'est le coût de sa vie."

Bilan

- Béa : Elle a trouvé en Éric un exutoire sain, régulier, qui la satisfait pleinement. Leur complicité est totale, y compris dans l'humour. La conscience politique reste aiguë, mais la tentation de la prostitution scolaire est toujours là, comme un recours possible.

- Éric : Il est le cousin, l'amant, le confident. Ses SMS sont tendres, son humour est partagé. Il est "réservé pour assouvir toutes [ses] pulsions".

Conclusion

L'interdit peut être neutralisé par la façon dont on le vit. "On fait rien de mal, on n'est pas des hétéros." Leur relation incestueuse est légitimée par leur identité. La morale dominante n'a pas prise sur eux.

Par ailleurs, ce chapitre montre que la conscience politique est toujours là, même dans les moments de bien-être physique. Le cours d'histoire, avec ses "récits des vainqueurs", est un rappel constant de la violence du monde.

Suite générative

Maintenant que Béa a trouvé en Éric un exutoire régulier et que leur complicité s'est installée, comment cette relation évoluera-t-elle, et jusqu'où ira-t-elle dans l'exploration de cet interdit neutralisé ?

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