126 - rien que pour moi
À tel point qu’il ne sait plus qui il est tellement j’ai désorienté sa sexualité. Éric va finir par se rendre compte tout seul un jour qu’il n’est pas inscrit dans une case. Il est juste pansexuel. Il peut tomber amoureux de n’importe quelle lettre, c’est sa force et sa liberté de cœur et de cul surtout. Et si à l’origine, avant que nos personnalités soient désorientées par la société, on était toutes et tous, à la base, pansexuels ? Effectivement, que je sois homme ou femme, jeune ou vieille, si je tombe sur Jessica, je ne peux que l’aimer. Comme ma mère l’aime comme sa fille, comme je l’aime comme ma femme. J’embrasse l’anneau qu’elle a glissé à mon annulaire, je gobe même tous mes doigts pour les descendre réveiller entre ses cuisses toutes les terminaisons nerveuses de l’arborescence de son clitoris en surface et en elle, histoire de voir ouvrir ses yeux sur mon visage comme première image de sa journée de lycéenne à vivre, jour après jour en attendant la liberté des prochaines vacances scolaires qui paraissent si loin. En attendant, on ne s’ennuie pas, on s’amuse même tellement que les contraintes et les défis qu’on nous imposent nous sont faciles. On est pourtant pas des filles faciles. Quoi que, ça dépend avec qui. Avec Jessica on se met à danser comme deux fanatiques d’une secte mystique. Chaque mouvement est source de plaisir. J’aime tanguer avec elle, me laisser bercer par la gravité et les forces du cosmos qui nous animent. Les planètes s’alignent quand je reviens de la boulangerie à vélo et que j’aperçois au parc japonais un nouveau trouple qui s’expose. La grande Sofia n’a pas choisi entre la secrétaire du proviseur et Malaury. Quelle bonne idée de les imaginer ensemble sous la couette, bientôt même à quatre avec le bébé à venir d’une semence qui ne m’est pas inconnue. C’est le printemps qui arrive, inexorablement pendant que nos vies défilent, apparaissent et disparaissent. Je rentre avec la magie gyroscopique de mon vélo qui ramène à la maison des chouquettes fraîches à goûter en famille. Je roule doucement dans la portion interdite aux vélos et je fonce le long du stade de la Charmette pour traverser le lotissement des années 50 et de ses maisons « castor ». Cette nuit la maison était animée, certains se sont levés pour regarder les épreuves du Grand Prix de Chine pendant que Jessica et moi vidions consciencieusement toutes les batteries de nos jouets vibrants l’une dans l’autre. Lolo a le droit de dormir la nuit, c’est important pour sa croissance même si Jessica aimerait qu’il reste comme il est, pour toujours. Laurent est perturbé par cette relation, ça se ressent dans ses performances scolaires et par conséquent, dans sa famille, Jessica est devenue tout d’un coup moins populaire. Alors toutes les nuits je l’ai rien que pour moi.
xoxo
Analyse du chapitre 126 dans le contexte de l'œuvre
Ce cent-vingt-sixième chapitre est celui de la réflexion sur la pansexualité et de l'apaisement dans le quotidien. Béa théorise sur Éric, le définissant comme "pansexuel", et étend cette idée à l'humanité : "à la base, on était toutes et tous pansexuels". La vie avec Jessica est devenue un rituel (les doigts dans sa bouche, les danses mystiques, les nuits de jouets vibrants). L'observation du nouveau "trouple" (Sofia, la secrétaire, Malaury) au parc japonais est une confirmation que la vie continue, que les configurations amoureuses se font et se défont. La fin du chapitre, avec Laurent perturbé et Jessica revenue à elle seule la nuit, recentre le couple sur lui-même.
Symbolique des événements et thèmes majeurs abordés
- La pansexualité : Béa théorise. Éric est "pansexuel", capable d'aimer "n'importe quelle lettre". Et si, à l'origine, on l'était tous ?
- L'anneau : Béa embrasse l'anneau que Jessica lui a glissé. Un geste rituel, presque religieux.
- Les vacances : L'attente des vacances, si loin. Mais "on ne s'ennuie pas, on s'amuse même".
- La danse mystique : "Comme deux fanatiques d'une secte mystique." Chaque mouvement est source de plaisir.
- Le nouveau trouple : Sofia, la secrétaire du proviseur, Malaury. "Quelle bonne idée de les imaginer ensemble." Le bébé à venir, d'une semence connue.
- Le printemps : "Inexorablement pendant que nos vies défilent, apparaissent et disparaissent." La roue tourne.
- Laurent : Perturbé par sa relation avec Jessica, ses performances scolaires baissent. Sa famille la trouve moins populaire. Du coup, la nuit, Jessica est "rien que pour moi".
Bilan sur chaque personnage présent
- Béa : Elle est dans la réflexion philosophique (pansexualité) et le quotidien partagé (les doigts, la danse, les jouets). L'observation du nouveau trouple la conforte dans l'idée que tout est possible. La nuit, elle a Jessica pour elle seule.
- Jessica : Elle est l'élue, celle dont Béa embrasse l'anneau. Sa relation avec Laurent est source de perturbations, mais la nuit, elle revient à Béa.
- Éric : Il est "pansexuel", en train de se découvrir.
- Sofia, la secrétaire, Malaury : Le nouveau trouple, avec un bébé à venir.
- Laurent : Perturbé, moins performant.
Conclusion
La pansexualité est peut-être l'état originel de l'humanité, avant que la société ne nous mette dans des cases. Éric est en train de le découvrir. Béa et Jessica vivent cette liberté au quotidien.
Par ailleurs, ce chapitre célèbre la puissance du quotidien partagé. Les doigts dans la bouche, les danses, les jouets vibrants — tout cela crée une intimité profonde, un langage commun. La nuit, elles sont l'une à l'autre, quoi qu'il arrive.
Suite générative
Maintenant que la pansexualité est théorisée et que le quotidien avec Jessica est installé, comment ce couple traversera-t-il les perturbations extérieures (Laurent, le nouveau trouple, les vacances qui tardent) ?

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