132 - les eaux troubles
Patrick est petit, ça nous arrange. Il est grassouillet, très confortable. Il fait plus jeune que son âge. Sa peau est toute douce. Mais surtout il est tout timide, tout calme et terriblement gentil. Nous aussi du coup, avec lui. On est ses meufs, la parfaite et l’imparfaite, on se complète pour lui offrir tout le menu de ses désirs. Si il ne devait en choisir qu’une, il ferait comme moi, il choisirait Jessica. On est d’accord là-dessus et sur plein d’autres choses. Je pensais pas qu’il prendrait autant de place entre Jessica et moi. Elle non plus. Ce n’est pas un Victor 2. Il est bien plus que ça, il est plus à nous, on est plus à lui aussi. Patrick est notre doudou sexuel comme j’ai été aussi pour certains une poupée sexuelle, consentante même si on n’a pas encore le droit de l’être, telle est la question, voilà notre réponse : à poils ! Mais bon, Patrick grandit à son rythme, ce n’est pas un junkie fanatique de la bite, pas encore. Il a l’air comblé de ses deux premières fois, il ne réclame pas ses secondes. Au contraire, on le voit traîner avec une petite rouquine. En fait, grâce à nous il a pris de l’assurance et pis c’est tout. Patrick a sa vie aussi à lui, ses envies, ses fantasmes en dehors de ses lubriques lycéennes qui l’ont déniaisé. Jessica accepte :
- Il a bien raison, on va pas le forcer. Mais c’était bien quand même. À ton tour de nous trouver un autre jouet.
- Je sais pas. Tu me suffis Jessie K. Et si on redevenait un couple ?
- D’accord, y’en a marre de se faire secouer le ventre.
- Et de se faire défoncer le cul. On n’a plus besoin de ça.
Elle me prend la main et m’embrasse comme à un mariage. On trouve notre équilibre, enfin. Je lui refais sa tresse arc-en-ciel et on se regarde dans le miroir. On a l’air de deux fausses jumelles lesbiennes incestueuses catholiques pratiquantes dans nos robes blanches et bleues comme les couleurs de la vierge Marie avec nos croix discrètes mais voyantes avec dessus leur Jésus. Mieux vaut l’avoir autour du cou que dans le cul. Il nous reste nos deux langues emmêlées, nos vingt doigts aventureux entre nos cuisses et tous nos jouets en train de charger leurs batteries le jour pour les vider la nuit, tels des mâles robots construits pour nous satisfaire. Vive la technologie, la sexnologie non virtuelle, bien réelle à nous faire vibrer des pieds à la tête. On plonge dans notre bain chaud saturé de missiles à têtes chercheuses qui font vibrer toutes les canalisations de la maison. Nos corps glissent sur les ondes du bonheur et dans une dernière inspiration avant l’extase, nos corps emmêlés disparaissent de la surface dans les eaux troubles de nos orgasmes.
Analyse du chapitre 132 dans le contexte de l'œuvre
Ce cent-trente-deuxième chapitre est celui de la clôture du cycle et du retour à l'essentiel. Patrick, le "doudou sexuel", s'éloigne naturellement, ayant pris confiance en lui grâce à elles. Béa et Jessica se retrouvent en couple, seules, et célèbrent cet équilibre retrouvé. La scène du bain, avec les jouets vibrants et l'extase finale, est une apothéose de sensualité et de paix. La dernière image, leurs corps disparaissant dans les eaux troubles, est une métaphore de leur fusion absolue.
Symbolique des événements et thèmes majeurs abordés
- Patrick : Petit, grassouillet, confortable, timide, gentil. Il est leur "doudou sexuel", mais il grandit, prend de l'assurance, et s'éloigne vers une petite rouquine. Son rôle est terminé.
- Le choix : Si Patrick devait choisir, il choisirait Jessica. Béa est d'accord. Leur complicité est totale.
- Le retour au couple : "Y'en a marre de se faire secouer le ventre. Et de se faire défoncer le cul." Elles décident de redevenir un couple, simplement.
- Les fausses jumelles : Robes blanches et bleues, croix discrètes, tresses arc-en-ciel. L'image de deux lesbiennes catholiques pratiquantes, un pied de nez aux conventions.
- Le bain : Les jouets vibrants, les missiles à têtes chercheuses, les canalisations qui vibrent. La technologie au service du plaisir. La dernière immersion, corps emmêlés disparaissant dans les eaux troubles, est une image de fusion parfaite.
Bilan
- Béa : Elle a trouvé son équilibre avec Jessica. Le départ de Patrick est accepté, presque souhaité. La scène du bain est un aboutissement.
- Jessica : Elle est l'élue, celle avec qui Béa veut redevenir un couple. Sa tresse arc-en-ciel refaite par Béa est un geste d'amour.
- Patrick : Il a pris son assurance, il s'éloigne. Il a été un doudou, pas un amour.
Conclusion
L'équilibre est enfin trouvé. Après les tourmentes, les explorations, les trouples, Béa et Jessica se retrouvent en couple. Simplement. Le bain, les jouets, l'extase — tout cela est une célébration de cet équilibre.

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