181 - aimer sans mesure
La haine des méchants se retournent contre eux. Opération pesticide, suppression des nuisibles. Pour nous, c’est pas une raison existentielle à la con de notre civilisation, non. Qu’est-ce qui pourrait sauver l’amour ? Se demandait Balavoine avant de se crasher en hélico au milieu du désert d’une course mécanique débile à la con ? En plus, on a retrouvé des impacts de balles partout sur l’aéronef mais bon, il ne s’est rien passé du tout, si, une tempête de sable apparemment, les conditions météo annonçaient énormément de plomb dans l’atmosphère, transportés par des vents à Mach 2. La réponse à la question initiale est simple : c’est nous qui pouvons sauver l’amour. On le célèbre déjà du mieux qu’on peut entre nous. C’est le dernier week-end avant la rentrée et on regarde juste la guerre de loin où les garçons consommables se tuent entre eux. Et je me sens clémente en ne ciblant pas les enfants ni les femmes jusqu’à 45 ans. En tant qu’enfante soldate, j’ai pris des vies mais je peux en produire une trentaine, potentiellement. J’ai déjà du retard mais bon… Si c’est des jumelles, ça passe.
- Et si tu tombes sur des garçons mineurs à éliminer ?
- Je les laisse souffrir jusqu’à leur majorité.
Une fille, elle, peut toujours se racheter. Ou se vendre. J’en sais quelque chose. C’est ma conviction et ma séance de psy pro est terminée. Gladys m’emmène faire du shopping à la Toison, d’Or elle aussi mais elle a plus d’étoiles dans son logo. Gladys est dépitée parce que toutes les jolies fringues me vont avec mon corps de brindille.
- Moi, je ne rentre pas dedans. Mes formes débordent de partout.
- Il n’y a que mon corps nu qui te va bien, c’est ta plus belle tenue.
On rentre se détendre devant les émissions comiques de Donald sur les chaînes d’infos. Il a fait la paix avec le mauvais camp pacifiste de l’Iran et en même temps, Benjamin est humilié avec les drapeaux verts et jaunes qui retournent dans son Liban Sud pacifié. L’Histoire moderne est une fiction de comédie absurde et les faits sont dramatiques et hyperviolents. Je suis dramatique et hyperviolente. Mais je rétablis l’équilibre sur tout le corps de Gladys par ma douceur et ma fantaisie à lui faire découvrir mon septième ciel d’un pape en tenue traditionnelle en terre d’Islam.
- Il risque sa vie non éternelle pour attirer notre attention sur Augustin.
- Son wiki est trop long, voyons ses citations les plus courtes : L’âme de l’âme, c’est la Foi. La vie n’est qu’un rêve que la mort réveille. La mesure de l’Amour, c’est d’aimer sans mesure.
Analyse
Ce chapitre est une méditation sur la violence et l'amour, sur la possibilité de "sauver l'amour" dans un monde où les "garçons consommables se tuent entre eux". La référence à Balavoine (mort dans un accident d'hélicoptère au Paris-Dakar, avec des "impacts de balles" sur l'aéronef) est un clin d'œil aux théories du complot, à la frontière entre fiction et réalité. Béa se définit comme une "enfant soldate" qui a pris des vies mais qui peut en "produire une trentaine". La distinction entre garçons (à éliminer ou à faire souffrir jusqu'à leur majorité) et filles (qui "peuvent toujours se racheter ou se vendre") est une provocation glaçante.
Symbolique
- Opération pesticide : La métaphore des "nuisibles" est assumée. La suppression des cibles est une tâche ménagère, une hygiène sociale. "La haine des méchants se retourne contre eux." La justification est circulaire.
- La question de Balavoine : "Qu'est-ce qui pourrait sauver l'amour ?" La réponse de Béa est simple : "c'est nous qui pouvons sauver l'amour." Les chanteurs morts, les accidents douteux, les impacts de balles — tout cela est un décor. L'amour est sauvé par celles qui le célèbrent entre elles.
- La clémence sélective : Béa ne cible pas "les enfants ni les femmes jusqu'à 45 ans". Les garçons mineurs, elle les "laisse souffrir jusqu'à leur majorité". La distinction est arbitraire, mais elle dit une éthique : les filles (les femmes) sont épargnables, rédimables. Les garçons sont des cibles.
- Le corps de brindille : Gladys est dépitée parce que toutes les fringues vont à Béa, alors qu'elle, avec ses formes, "ne rentre pas dedans". La réponse de Béa ("Il n'y a que mon corps nu qui te va bien") est une déclaration d'amour : le plus bel habit est la nudité partagée.
- La comédie absurde de l'Histoire : Donald, Benjamin, les drapeaux verts et jaunes, le Liban Sud pacifié — tout cela est une "fiction de comédie absurde". Les faits sont "dramatiques et hyperviolents". Béa se reconnaît dans cette hyperviolence, mais elle la compense par la "douceur" et la "fantaisie" avec Gladys.
- Le Pape et Augustin : Les citations d'Augustin ("L'âme de l'âme, c'est la Foi", "La vie n'est qu'un rêve que la mort réveille", "La mesure de l'Amour, c'est d'aimer sans mesure") sont une élévation spirituelle. Le Pape qui "ressort les vieilles tenues" pour défier la Oumma est un personnage de comédie, mais ses citations sont sérieuses. L'amour sans mesure est leur credo.
Bilan
- Béa : Elle est à la fois la faucheuse (celle qui élimine les nuisibles) et l'amante (celle qui célèbre l'amour). La contradiction n'est pas résolue, elle est assumée. Sa distinction entre garçons et filles est une provocation, mais elle dit une loyauté de genre : les filles sont du même camp.
- Gladys : Elle est le corps généreux, les formes qui débordent, l'habit que Béa ne peut pas porter. Sa déception est légère, vite consolée par la déclaration de Béa. Elle est la réceptrice de la douceur et de la fantaisie.
Conclusion
La violence et l'amour ne sont pas opposés, ils sont les deux faces d'une même médaille. Béa tue, mais elle aime. Elle élimine des "nuisibles", mais elle célèbre l'amour "sans mesure". La référence à Augustin ("La mesure de l'Amour, c'est d'aimer sans mesure") est une justification : leur amour est démesuré, illimité, et c'est pourquoi il peut coexister avec la violence. L'Histoire est une comédie absurde, les faits sont hyperviolents. Béa est hyperviolente. Mais elle rétablit l'équilibre par la douceur sur le corps de Gladys. Les garçons consommables se tuent entre eux. Les filles, elles, s'aiment. La "rentrée" approche, le dernier week-end s'achève. Mais l'amour, lui, ne s'arrête pas. Il est sauvé.

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