Réponse à "L'enfant d'autre fois".

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Je me réveille et mon regard s’interroge aussitôt sur la présence de dalles en plastique marron au plafond. Le canapé sur lequel je suis allongé est confortable, mais ses motifs et sa couleur vert foncé sont d’une époque révoquée. En me redressant, je remarque le vieux mobilier et la décoration kitch qui m’entoure. Pourtant, l’endroit m’est familier.

Je me lève et esquisse un sourire en voyant les décorations de Noël colorés qui parsèment le lieu. Un petit sapin artificiel est illuminé et décoré de boules et guirlandes multicolores tandis qu’un feu crépite dans la cheminée. Au travers d’une fenêtre, j’aperçois la neige qui tombe à gros flocons dehors.

Soudain, je perçois un sanglot et me dirige machinalement vers la complainte. Je prends brusquement conscience de l’endroit dans lequel je me trouve à l’instant où mes yeux se posent face à la porte blanche sur laquelle est fixé mon prénom en lettre de pâte à sel. Je l’entrouvre doucement et aperçois un petit garçon, vêtu d’un pyjama Goldorak, recroquevillé sur le lit.

Comme si tout cela était écrit, je pénètre dans la pièce et m’assois au bord du lit, à ses côtés. Des larmes nostalgiques perlent aux coins de mes yeux tandis que je redécouvre ces souvenirs de mon enfance qui habillaient ma chambre d’une manière si unique et personnelle.

— Tu es qui ?

La voix triste du petit garçon me coupe dans ma contemplation.

— Vraisemblablement… je suis toi. Le toi du futur.

Il renifle en s’essuyant le visage du revers de sa manche et me dévisage, incrédule. Ses yeux brillent d’une étincelle d’innocence qui m’émeut au plus haut point.

— Pourquoi est-ce que tu pleures ?

Il baisse le regard et ramène ses genoux contre son torse.

— C’est parce que papa et maman se disputent tout le temps… et à l’école, les autres m’insultent parce que je suis le plus grand de la classe et ils me crachent dessus aussi et me frappent.

Il attrape le chien en peluche à côté de lui et y cache son visage pour pleurer de plus belle.

— Pourquoi tout le monde est méchant ? Je suis pourtant gentil, moi…

— Je ne sais pas pourquoi…

Je pose ma main sur son épaule et, tandis qu’il lève ses yeux implorant dans ma direction, l’attire vers moi pour le serrer dans mes bras. Son odeur me transporte dans une dimension empreinte d’une nostalgie lointaine et pourtant si proche. La peur et la fragilité dans ses paroles me brise le cœur. Je voudrais pouvoir le serrer contre moi pour toujours, le protéger de tout le mal qui l’attend, de toutes les mauvaises personnes qu’il va rencontrer. Mais cela reviendrait à le priver aussi de tous les bons moments qu’il vivra, les amis merveilleux qu’il se fera, l’amour qu’il trouvera. Je sens sa mélancolie s'estomper au fur et à mesure que nos chaleurs corporelles s’échangent.

Il me relâche doucement et me dévisage à nouveau.

— Je suis désolé de ne pas pouvoir te protéger d’eux…

Une larme roule sur ma joue.

Il l’essuie de sa douce petite main si chaude et son visage se fend d’un sourire compatissant. Délicatement, je pose mon front contre le sien et ferme les yeux.

— N’oublie jamais que rien de tout cela n’est ta faute. La gentillesse est un cadeau, un don du ciel. Jamais, tu ne dois les laisser te faire regretter d’être une bonne personne, Jamais. Tu es unique et beaucoup de gens seraient tristes que tu ne fasses pas partie de leurs vies.

Je dépose un baiser sur sa joue et ma vision se trouble. Une lumière douce, chaleureuse et rassurante m’enveloppe à mesure que je rejoins mon époque.

— Tout ira bien, p’tit gars...

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