Réponse à "UNE NOUVELLE CHAQUE DIMANCHE #137".

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Rita Costa-Moretti : Amoureuse du risque.

Les diamants de la mafia.

— Vous êtes resplendissante, chère Rita.

— Merci, Alfred.

Les courbes parfaitement moulées dans une longue robe de cocktail dos nu noir pailleté, la belle Rita s’apprêtait à rejoindre la réception en l’honneur du centenaire de la création de la Orwaldo Tobaco Incorporation, propriété du richissime Mario Plassius Orwaldo troisième du nom.

Alfred, son majordome, l’aida à embraquer sur le zodiaque amarré à son yacht qui mouillait à quelques milles au large des côtes Sardes. Au loin, le somptueux et gigantesque palais Orwaldo, situé sur l’île privée Isola Delle Femmine et paré pour l’occasion de milliers de lanternes incandescentes, faisait scintiller les eaux turquoise de la mer de Sardaigne en ce début de soirée.

— N’oubliez pas, le parachute est caché sous la table d’honneur. Une fois que vous aurez récupéré la rivière de diamants, enfilez-le et sautez par le balcon arrière. Je vous attendrai au pied de la falaise.

— Alfred, je sais parfaitement ce que j’ai à faire, répondit-elle sèchement.

Le majordome se racla la gorge et poussa un soupir discret face à l’arrogance de celle qu’il considérait comme sa propre fille. Elle semblait oublier le nombre incalculable de fois où il lui avait sauvé la mise par sa prudence et son anticipation du moindre risque.

Tandis qu’elle finissait de remettre son rouge à lèvres dans sa pochette de soie noire, Alfred positionna le zodiaque à quai.

— Bienvenue, Mademoiselle Costa-Moretti, l'accueillit un valet au fort accent italien en lui tendant la main pour l’aider à débarquer.

— Grazie mólto, répondit-elle en défaisant son chignon pour relâcher sa longue chevelure noire.

Sitôt le pied sur la terre ferme, elle sortit une cigarette de son étui en argent et la porta à sa bouche. Un gentleman qui passait à côté d’elle au bras d’une mégère guindée, s’empressa de lui proposer du feu. Elle le remercia avec un sourire charmeur, se délectant de la jalousie qu’elle induisait à l'autre membre de la gent féminine par sa beauté et ses formes aguicheuses.

Un attroupement se forma devant l’entrée principale du gigantesque édifice pour admirer une parade de chevaux, danseurs et artistes de cirque, le tout au son d’un orchestre composé exclusivement de guitares interprétants l’hymne nationale Italien avec brio.

Sous les applaudissements de l’assistance, le maître des lieux apparut pour un discours de circonstance. La musculature saillante sous son smoking, le grand brun a la moustache fine et aux cheveux gominés sur le côté remercia un grand nombre de gros bonnets de l’industrie et de la politique Italienne, arborant un sourire en coin bien plus hautain qu’amical. D’origine Sicilienne, la famille Orwaldo avait fait fortune dans le tabac à la fin du dix-neuvième siècle. Une saga au lourd passé obscur, entaché à de nombreuses reprises par des scandales effacés à grands coups de corruption.

Rita écrasa nonchalamment sa cigarette dans le pot d'un laurier rose en fleur. Son regard fut subitement attiré par le rutilant bijou au cou de la future madame Orwaldo : une grande blonde chirurgicalement plantureuse, ex-mannequin américaine sans cervelle dont on devinait aisément qu’elle préférait l’argent de son époux à son intellect.

Telle un troupeau de moutons qu’on envoie à la tonte, l’assemblée pénétra dans la somptueuse demeure, saluant leurs hôtes au passage. Rita s’avança la dernière, marchant d’un déhanché séduisant et félin.

— Signorina Costa-Moretti, vous êtes éblouissante, c’est un honneur de vous recevoir, dit le bel homme d’une voix suave tout en lui baisant la main.

— C’est un enchantement de vous revoir, cher Mario.

— Hum… nous n’avons pas était présenté ? lança jalousement la jeune blonde en la détaillant de haut en bas.

— Caramia, je te présente Rita Costa-Moretti, une très grande… amie.

— Je suis enchanté Madame Moretti, dit-elle maladroitement en tendant la main vers Rita.

— C’est mademoiselle. Je suis enchanté, moi aussi. Toutes mes félicitations pour vos récentes fiançailles, déclara-t-elle en la lui serrant.

— Nous ferez-vous l’honneur de vous asseoir à notre table ?

— Avec grand plaisir.

Sans même un regard pour sa future épouse, il glissa le bras de Rita sous le sien pour monter le monumental escalier tapissé de rouge qui menait vers la salle de réception. Le brouhaha mondain qui régnait été entremêlé d’une musique classique jouée par un quatuor de violons accompagné d’un piano. D’un coup d'œil, Rita remarqua la centaine d’hommes de main au costume sombre qui parsemaient la pièce. Certains se tenaient droits comme des piquets, les mains jointes devant eux, tandis que d’autres déambulaient en scrutant les invités. Elle savait que malgré l’absence d’armes visibles sur eux, ils devaient être lourdement armés pour pallier toutes éventualités.

En passant prêt d’un grand vase garni de fleurs odorantes, elle y jeta discrètement une petite boule métallique, puis quatre autres tout le long de la grande salle où étaient installées les tables d’invités.

Son galant hôte tira sa chaise pour l’aider à s’asseoir et elle le gratifia d'un clin d’œil coquin.

— Mes chers amis, veuillez prendre place, annonca-t-il en tendant les mains vers l’assistance en contrebas.

La cacophonie ambiante laissa place au vacarme des chaises que l’on tire, au son des verres qui s’entrechoquent et au bruit des couverts glissant sur les assiettes.

Soudain, une détonation se fit entendre. S'ensuivit un épais nuage de fumée au niveau des premières tables de l’entrée, puis un deuxième, un troisième. En une poignée de secondes, la pièce n’était plus qu’un bain de fumigènes noyée sous les expectorations des convives affolés.

Dans un mouvement rapide et méticuleux, Rita retira la rivière de diamants du cou de la compagne Orwaldo assise à ses côtés, sans que cette dernière s’en rende compte. Elle la glissa dans sa pochette puis attrapa le parachute caché sous la table. Lorsqu’elle se retourna en direction du balcon dont les baies étaient grandes ouvertes, une main la saisit fermement par le bras.

— Si vous aimez tant les diamants, pourquoi avoir refusé celui que je vous offrais il y a cinq ans ?

— Oh Mario, vous savez pertinemment que je préfère prendre ce qui me revient de droit, plutôt que l’on me l’offre.

Elle le repoussa avec fermeté tandis qu’il hurla après ses gardes. Une salve de balles vint fracasser les immenses fenêtres, faisant pleuvoir des morceaux de verres autour de Rita qui courut vers la balustrade. Elle jeta un dernier regard dans son dos, avant de lancer un baiser en direction du ténébreux mafieux qui la regarda sauter dans le vide avec un sourire toutes dents dehors. Quelques balles sifflèrent à ses oreilles tandis qu’elle ouvrait son parachute pour disparaître derrière les rochers acérés.

Dans la pâle lueur lunaire, elle aperçut le zodiaque qui l’attendait sagement. Cependant, Alfred n’était pas à son bord. Sans réfléchir à la question, elle lança la rapide embarcation en direction de la balise rouge clignotante qui lui indiquait l’emplacement de son yacht dans la mer d’encre étalée devant elle.

Une violente déflagration suivit d’une explosion la firent tomber à la renverse. Lorsqu’elle se releva, le spectacle de son yacht en proie aux flammes l’horrifia.

— Alfred…

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