Samedi 14 Juin

8 minutes de lecture

« J’ai entendu la voiture de Gwendal partir, je suis certain qu’il est allé nous chercher des croissants. Si tu ne veux pas que je mange les tiens, il va falloir que tu te lèves ».

Je ne sais pas si c’est ainsi que le Prince a réveillé sa Belle au Bois Dormant, mais le baiser de Fañch sur mes lèvres et l’évocation de la promesse d’un bon petit déjeuner aurait suffi à me tirer moi aussi d’un sommeil de cent ans. J’avais super bien dormi. Mon chéri était en caleçon, avait enfilé un vieux tee-shirt et était en train de fouiller dans son sac à dos pour chercher un jean un peu élimé.

« Tu ne t’habilles pas mieux que cela pour l’anniversaire de ta nièce ?
- Gwendal a besoin de moi pour des travaux. Je me changerais après ».

Voilà qui ne m’aidait pas pour savoir comment m’habiller. J’ai pris le parti de m’habiller comme la vieille. J’irais me changer avec lui et comme cela je pourrais m’adapter.

Soizic et les enfants étaient déjà attablés dans la cuisine et firent un accueil triomphal à Fañch. Enora était montée directement sur ses genoux. Soizic avait protesté pour la forme et mais la petite avait répliqué qu’aujourd’hui c’était son anniversaire et qu’elle en avait donc le droit en me lançant un regard de défi qui disait clairement : « Et toi l’intruse, ne t’avise pas de protester, c’est MON Fañch ! ».

Gwendal est arrivé peu après avec une grosse brioche toute fraiche que nous nous sommes partagés. Ce n’étaient pas des croissants mais c’était tout aussi bien. Surtout que Soizic avait sorti tout un assortiment de confitures maison, toutes aussi bonnes les unes que les autres. Elle les vendait sur les marchés ainsi que des mélanges de plantes pour tisanes qu’elle cultivait et faisait sécher elle-même.

Sitôt le petit déjeuner terminé, Fañch et son frère sont se sont rendus dans la grange pour y poser ce fichu escalier. J’avais aidé Soizic à débarrasser la table même si je n’étais pas d’une grande utilité ne sachant pas trop où les choses se rangeaient. Soizic avait ensuite proposé que l’on fasse le gâteau d’anniversaire d’Enora tous les quatre. Elle a proposé à Enora différents types de gâteaux, des tartes aux fraises, des gâteaux aux pommes, des gâteaux bretons avec de la confiture de framboise dedans. Mais la petite n’en démordait pas : elle voulait un gâteau au chocolat.

« Elle n’aime que les gâteaux au chocolat », a commenté Malo que le petit jeu entre Enora et sa mère exaspérait plus qu’autre chose.

Nous nous étions donc tous mis à la pâtisserie. Soizic lisait la recette et sortait les ingrédients au fur et à mesure. Malo pesait sur une balance électronique au gramme près. Enora et moi étions en charge du mélange, Enora se chargeant en plus de gouter la préparation au fur et à mesure. Malo s’était également chargé de monter les blancs d’œufs en neige avec toujours une très grande application.

Quand le gâteau a été mis dans le four, nous avions remis en ordre la cuisine et j’avais aidé Soizic à la préparation du repas. Il n’y avait pas grand-chose à préparer. Enora avait voulu un barbecue avec surtout des chipos accompagné d’un gratin de courgettes et de chips

« C’est le même repas chaque année, Enora n’est pas très originale », m’avait expliqué Malo pendant que sa sœur lui tirait la langue. Nous en étions à assembler les brochettes sur des pics quand les parents de Fañch étaient arrivés. J’avais juste eu le temps de saluer Jacques, son père, que celui-ci était déjà reparti s’occuper d’allumer le barbecue non sans avoir auparavant critiqué ses fils pour ne pas l’avoir déjà fait.

« On ne mangera jamais à l’heure, organisés comme vous l’êtes !
- On s’en fout de l’heure. On mangera à quinze heures s’il le faut, la priorité c’est l’escalier », ont répondu les deux frères depuis la grange en se marrant.

Me retrouvant désœuvrée, j’étais allée voir où ils en étaient avec leur escalier. Ils avaient fini de le positionner et étaient en train d’essayer de fixer la rambarde. Visiblement, ils éprouvaient des difficultés. Fañch disait à son frère que c’est parce que le poteau d’arrivée n’était pas droit, Gwendal lui répondait que c’était lui qui était de travers, pas le poteau. D’un coup tout avait semblé s’emboiter correctement. Ils s’étaient empressés de tout fixer à grand renfort de vis, de colle et de serre-joint en attendant que la colle prenne. Ils s’étaient tapés dans les mains fiers d’eux. Gwendal avait conseillé à son frère de se changer et d’aller aider leur père avant qu’il ne parte en vrille, lui se chargeant de tout ranger.

J’avais donc accompagné Fañch dans notre chambre. Il avait repris une douche. Je lui avais proposé de lui sortir ses affaires propres pour lui faire gagner du temps. Et pour savoir aussi ce qu’il allait mettre, afin de moi-même adapter ma tenue. Il m’avait demandé de lui sortir son chino beige et son polo rose.

« Y’a de polo rose dans ton sac !
- Vrai ? Il est de quel couleur le polo que j’ai pris ?
- Jaune !
- Ah bon ! Et les tennis en toile que j’ai emmenées, elles sont de quelle couleur ?
- Jaune aussi !
- Tant mieux alors ! Sors-moi cela ! Et un caleçon propre s’il te plait ! Et des chaussettes si tu trouves.
- Quelle couleur le caleçon ?
- Comme du veux ! De toute façon, c’est essentiellement toi qui le verras ! »

Je lui ai choisi le caleçon tout blanc dans lequel je le trouvais très sexy. Donc le dressing-code de la journée, c’était décontracté-chic puisque Fañch faisait l’effort de mettre un polo au lieu d’un de ses habituels tee-shirt. J’avais ce qu’il fallait dans ma valise pour être dans le thème. A vrai dire j’avais quasiment de tout, mais rien jaune en revanche. Du rose m’aurait mieux arrangé. J’avais emmené une large et longue jupe bleue et un chemisier assorti. Je ferais avec.

Il est sorti flambant nu de la douche, a enfilé ses fringues, récupéré son ceinturon sur le pantalon qu’il portait le matin, et chaussé ses tennis jaunes. J’étais déjà changée moi aussi. Je me serais bien maquillée un peu mais il m’a dit que j’étais très bien comme cela.

« Allez vient on va voir mon père. Si la viande n’est pas mise à cuire à douze heures trente précises, il va nous faire une crise ».

Nous nous étions approchés de son père qui s’affairait à répartir les braises. Autant que je pouvais en juger, il avait l’air d’avoir très bien géré cela. Fañch m’avait murmuré à l’oreille : « Si tu veux te faire bien voir, va demander à Soizic deux whiskys ».

Je suis retournée vers la maison. Annie m’a demandé :« C’est pour le whisky ? Fañch en veut un aussi ? ». Comme je confirmais, Gwendal qui passait à ce moment-là, avait accusé : « Le Fañchou cherche à se faire bien voir. Il fayote ! Il doit avoir quelque chose à demander à Papa ! »

Il est vrai que je n’avais jamais vu Fañch boire un alcool aussi fort, lui qui buvait des panachés le soir où l’on s’est rencontré. Et sinon des pastis très dilués.

« Voilà ! Le sans glace, c’est pour Jacques, celui avec les deux glaçons, c’est pour Fañch » m’avait dit sa mère en me tendant les deux verres. J’étais retournée auprès de Fañch et de son père. C’est quand je lui avais tendu son verre de whisky, que son père avait enfin daigné m’adresser la parole. J’avais subi un nouvel interrogatoire mais le ton était plutôt bienveillant. Il avait juste fait une remarque qui m’avais à la fois flattée et inquiétée : « C’est la première fois que Fañch nous présente une de ses conquêtes ». Le fait que je sois la première que Fañch présentait à sa famille devait signifier que, pour lui, je comptais un peu plus que les autres. L’emploi du mot « conquêtes », au pluriel qui plus est, me plaisait en revanche un peu moins. Fañch était-il du genre à multiplier les aventures ? Avec sa petite gueule de surfeur californien, il devait avoir du succès, même si, en ce qui me concerne, ce n’était pas sa gueule qui m’avait séduite mais ses fesses qui, bien moulées dans son chino, étaient toujours aussi appétissantes. En tout cas voilà un point que je me promettais d’éclaircir à la première occasion.

Le repas s’était déroulé dans une ambiance détendue et joyeuse. Jacques (puisque je devais l’appeler ainsi et le tutoyer) s’était avéré être quelqu’un de plutôt drôle sous ses apparences bourrues. Il chambrait tout le monde. Quand j’étais revenue avec Enora de la cuisine où nous avions décoré toutes les deux son gâteau en écrivant un « 6 » avec des Smarties, il avait prétendu que nous nous étions trompées, que la petite n’avait que six ans et pas neuf. Il avait même demandé à Soizic si elle n’envisageait pas de lui faire redoubler son CP vu qu’elle ne savait visiblement pas compter. La petite qui avait pris cela au premier degré, était en fureur. Fañch a dû lui expliquer que ce n’était rien, que c’était son grand-père qui était nul. Elle avait soufflé ses bougies et reçu pleins de cadeaux. J’avais marqué des points avec le petit bracelet fantaisie que je lui avais acheté.

L’après-midi Fañch, Gwendal et Jacques m’avaient fait visiter le domaine de fond en comble. J’avais eu le droit à toutes les explications possibles sur le chantier de rénovation en cours, même celles que je n’avais pas demandées. J’étais ensuite allée aider Soizic et Annie à la confection de pizzas pour le soir. Je m’étais trouvée bien au sein de cette famille bien moins complexe que la mienne.

« J’ai l’impression que tu as réussi l’examen d’entrée dans la famille », m’avait confirmé Fañch quand en fin de journée, nous nous étions tous les deux retrouvés dans la chambre, après qu’il ait raconté la fin de l’histoire de Korrigans à ses neveu et nièce. J’avais alors réalisé que je n’avais pas été la seule à stresser pour cette journée, que lui aussi avait redouté tout autant que moi cette journée, qu’il avait sans doute craint que sa famille ne m’accepte pas et qu’il ait à faire un choix entre moi et eux. La pression que j’avais également ressentie s’était relâchée d’un coup.

Il était à moitié déshabillé, torse nu, pieds nus, le pantalon dégrafé, ouvert sur son caleçon blanc en train d’enlever sa montre. Je l’avais renversé sur le lit, avais fini de lui retirer son pantalon. Je m’étais assise à califourchon sur lui puis m’étais penchée à son oreille pour lui annoncer :

« Toi, ce soir je vais te violer !
- Tu n’y arriveras pas.
- Et pourquoi ça ? Tu me m'en croîs pas capable ?
- Je suis consentant ! »

Son caleçon blanc avait volé, mon slip et mon soutien-gorge aussi et je lui avais fait l’amour, passionnément, égoïstement aussi, je dois bien l’avouer, sans penser à rien d’autre que de jouir de son corps. Il avait eu l’air d’en être quand même satisfait.

Annotations

Vous aimez lire Passiflore ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0