Recueillement
Déjà en arrivant sur le parvis de la cathédrale maintenant restaurée, le poids de sa magnificence prenait jusqu’à l’intime. Tant de beauté, presque insoutenable, forçait un respect au-delà de la conscience.
Devant les portes monumentales, on oubliait le sordide et la laideur du monde, pour s’émerveiller du savoir-faire millénaire des bâtisseurs d’autrefois.
Nous avons remonté la nef jusqu’à nos places. Le prétexte évident de cette renaissance ne pouvait qu’être sublimé avec Mozart. Le Requiem en exalterait encore la splendeur.
L’orchestre symphonique était déjà installé. Les musiciens réglaient leurs instruments dans une cacophonie créatrice. Les 80 choristes, sobrement vêtus d’une longue toge noire et d’une écharpe d’or s’installèrent dans un silence recueilli. Les quatre solistes rejoignirent leur sièges ; le maestro monta sur son estrade et salua un public en apnée.
La baguette levée, l’ensemble entama l’Introitus. Tous nos sens ont plongé dans l’œuvre dans un frisson de bonheur. La réflection du son sur les parois offrait une résonance que nous n’avions pas même espérée. Nous étions partie intégrante de cette musique interprétée jusqu’au sublime..
Les solistes, au sommet de leur art, magnifièrent chaque mouvement. Soprano, alto, ténor et basse, se répondant au-dessus des portées, firent s’envoler nos peines et nos colères, et nous nous aperçûmes, stupéfaits que nous n’étions plus qu’espérance.
Et soudain, montant jusqu’à la clé de voûte miraculeusement réinstallée, le choeur entama le Lacrymosa.
L’émotion était telle que, impuissants, nous n’avons su que pleurer sur notre jeunesse perdue

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