Il faut que tu saches

3 minutes de lecture

Maman

Je ne te l’ai jamais dit mais ce qui m’insupporte le plus c’est que tu as toujours (eu) raison. Ta soif de culture est immense. Les livres de philosophie, d’histoire ta passion, ton évasion. Tu as raté ta vocation : medecine. Petits ou gros bobos même par téléphone ton diagnostic est toujours juste sauf la H1N1 que tu n’avais pas eu le temps d’apprendre.

Mais maintenant tu vieillis, comme tout le monde, et tu remues tes origines pour comprendre ton mal-être d’exilée. Avant qu’il ne soit trop tard car ta tête est en train de perdre un boulard, cet été j’y pars sur tes terres si chères à ta famille et ton coeur. Celles que j’ai tant reniées (famille comme terres) jusqu’à ce que je comprenne pourquoi.

Tu m’as protégée de ton lourd secret mais tu m’as amputée d’une branche de mes racines avant que je ne t’oblige. Puis moi aussi le hasard m’a mis un homme merveilleux sur la route. Puis moi aussi j’ai fauté (je crois que certains disent péché mais je ne vis toujours pas dans un arbre désolée !). Et là j’ai compris pourquoi je t’en voulais. Maintenant nous sommes en paix même si on ne se comprend pas forcément car nous sommes diamétralement opposées et si identiques. Mais tu as compris très vite qu’il fallait me laisser rebelle et autonome pour que je devienne ce que je suis : ta fierté de réussite même si plus de vingt ans après tu n’as toujours pas compris mon métier. Même si trente plus tard tu viens de découvrir que mon accident m’a empêchée de devenir celle que je voulais être. Et vivre uniquement de ma passion des sports. Mais à quoi bon te le dire à l’époque où tu étais en pleine crise de quadra … celle que je vis maintenant et que je comprends parfaitement ton absence. Mais ton secret restera presque bien gardé comme tu l’as souhaité et t’inquiète j’ai les miens à commencer par écrire ici sur scribay… et quelques petits autres. Mais ce que je voulais te dire c’est que tes choix d’éducation je les ai reproduits en copyright car oui la meilleure façon de grandir et de vieillir c’est de faire confiance et faire ses propres expériences comme ses propres choix. Tes petits-enfants. Mes enfants sont conscients de cette immense richesse d’ouverture sur le monde et les autres et de cette liberté que nous nous accordons mutuellement, basée sur la confiance. Essais, erreurs, corrections, progressions. Ne rien imposer. Laisser faire avec bienveillance et limites à ne pas dépasser … même si je les ai toutes franchies une fois pour voir comme je sais qu’ils franchissent les miennes. Et ma parentalité d’un cinquième de siècle (ça c’est pour les matheux !) me fait réaliser la chance que j’ai de finalement être tombée là plutôt qu’à côté. Et mon âge avançant me fait réaliser tout ce que tu as traversé sans jamais laisser rien paraître pour que mon enfance et mon adolescence soit heureuse, tout comme le reste de ma vie.

Enfin je te remercie de m’avoir permis de penser différemment de vous politiquement. Religieusement. Philosophiquement. Ton heure va sonner dans quelques années. Pour toi ça s’arrête là. Pour moi ça continuera car c’est sûr on se retrouvera dans une autre vie. On a encore quelques trucs à régler quand même toi et moi. Mais je t’aime comme le ciel de l’univers comme tu m’aimes comme le ciel autour de la Terre.

jFA

PS : je crois que je vais lui envoyer…

Annotations

Vous aimez lire j FA ?

Commentez et annotez ses textes en vous inscrivant à l'Atelier des auteurs !
Sur l'Atelier des auteurs, un auteur n'est jamais seul : vous pouvez suivre ses avancées, soutenir ses efforts et l'aider à progresser.

Inscription

En rejoignant l'Atelier des auteurs, vous acceptez nos Conditions Générales d'Utilisation.

Déjà membre de l'Atelier des auteurs ? Connexion

Inscrivez-vous pour profiter pleinement de l'Atelier des auteurs !
0