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 Une nuit, tandis que nous n’avions pas vu l’ombre d’un client depuis une bonne heure, Sabrina se planta face à moi, de l’autre côté du comptoir.

 – Il y a un client qui va arriver dans une heure, m’annonça-t-elle. Il ne faut pas qu’il te voie, sinon, il va te vouloir. Tu es tout à fait son genre, et c’est quelqu’un à qui je ne peux pas dire non.

 – Qu’est-ce que je dois faire ? demandai-je du tac au tac.

 – Juste avant qu’il arrive, je viendrai te prévenir, et tu iras faire le ménage dans les chambres. Il y aura un petit chariot pour toi au pied de l’escalier de service.

 Elle me désigna l’escalier, juste à droite de mon comptoir, et je hochai la tête.

 Comme elle me l’avait indiqué, Sabrina revint peu de temps après pour m’annoncer l’arrivée du fameux client. Entre temps, un chariot de ménage avait été déposé par Claire, puis contrôlé par la patronne en personne. Je l’attrapai et le fis rouler vers la cage d’ascenseur, tandis que Sabrina prenait ma place derrière le comptoir de l’accueil.

 Soulagée d’avoir échappé à cet homme affamé de sexe, je pénétrai dans la première chambre indiquée sur la liste que m’avait donnée ma patronne. Dès que j’eus mis un pied à l’intérieur, l’état d’insalubrité des lieux me frappa : tout était noirci de saleté, poussiéreux, collant… Depuis combien de temps cet endroit n’avait-il pas été nettoyé ? Comment des êtres humains dignes de ce nom pouvaient-ils accepter d’échanger des fluides dans une pièce si répugnante ?

 Je fouillai le chariot du regard, à la recherche d’une paire de gants à enfiler pour pouvoir commencer mon travail. Hors de question pour moi de toucher à quoi que ce soit sans m’assurer au préalable d’être protégée contre toute cette crasse. A mon grand regret, force fut de constater que personne n’avait pensé à mettre des gants parmi mon matériel de travail.

 Un dilemme s’imposa alors à moi : soit j’espérais que le client n’était pas encore arrivé et je descendais chercher des gants à la cuisine, soit je décidais de mettre la main dans le cambouis. Cette dernière idée fut balayée dès lors que j’aperçus un préservatif usagé au pied du lit. Il me provoqua un frisson écœuré.

 Je n’avais d’autre choix que de retourner dans le hall, passer discrètement par la salle du restaurant pour me glisser dans la cuisine et demander à Victor de me prêter des gants en latex. Si je choisissais l’option d’attendre le départ du client, je risquais de me heurter à la fureur de Sabrina pour n’avoir pas fait ce qu’elle demandait.

 Sur la pointe des pieds, je redescendis par l’escalier plutôt que par l’ascenseur. Je ne voulais pas surgir, dans le hall d’entrée, pile sous le nez du client que je devais éviter.

 A peine avais-je mis un pied au rez-de-chaussée, du côté de l’escalier de service, que la voix d’un homme retentit.

 – Qui est donc cette jolie poupée ! s’exclama-t-il.

 Je sursautai.

 – Espèce d’idiote ! éructa Sabrina. Je t’avais dit de rester là-haut !

 – Mais il n’y avait pas de gants…, bredouillai-je mollement.

 – Et alors ? Tu ne pouvais pas te débrouiller ? Tu n’avais qu’à bien te laver les mains après !

 Alors que je m’apprêtais à lui exposer toute une théorie sur les germes et les maladies, Sabrina agrippa mon bras. Elle m’attira vers elle et me présenta à son client.

 – Hors de question, tranchai-je d’un ferme en dégageant mon bras.

 – Ce n’est pas une question, me reprit-elle.

 L’homme sourit tandis que je le toisais d’un air dégoûté. Il tendit sa main vers moi mais je refusai de la lui serrer ni de lui adresser le moindre mot. Je sentis la main de Sabrina me pousser dans le dos pour me forcer à aller vers lui.

 – J’ai dit non, répétai-je d’un ton plus ferme.

 Je croisai les bras, pour montrer mon désaccord. Sabrina haussa les épaules, puis un sourire malsain traversa son visage.

 – Damon, tu peux l’emmener, conclut-elle.

 Un terrible effroi me traversa lorsque je compris ce qui allait arriver. Je voulus m’enfuir, mais il était trop tard pour courir. L’homme, beaucoup plus grand et plus fort que moi, me saisit par la taille et me jeta par-dessus son épaule comme un sac à patates, la tête en bas, tandis que je hurlais. Je me débattis, appelai les autres filles à l’aide, les clients, mais personne ne fit rien pour moi. C’était comme ça, ici. Personne ne discutait jamais la parole de Sabrina.

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