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 Je repris mon poste derrière le comptoir de la réception sans protester, après que Sabrina m’en avait intimé l’ordre d’un simple geste – elle ne voulait plus m’adresser la parole, elle non plus. Il me fut très difficile de masquer mon agitation, mon irrépressible envie de fuir à toutes jambes par la porte vitrée, face à moi, qui me faisait de l’œil. Mais je devais patienter jusqu’au moment venu.

 Quatre des filles, pas les mêmes que celles à qui Sabrina avait présenté Ariella, s’étaient regroupées autour de la table basse, et Victor leur avait apporté des boissons chaudes et des petits gâteaux. Je les observais du coin de l’œil pendant qu’elles gloussaient. Comment pouvaient-elles s’esclaffer ? Comment pouvaient-elles ne pas être hantées par ce que ces hommes leurs faisaient ? Je ne comprenais pas, et je crois que je ne comprendrais jamais. C’était au-dessus de mes forces.

 Sabrina s’enferma de nouveau dans son bureau, et mon cœur commença à battre la chamade. Se rendrait-elle compte que j’avais envoyé Ariella en visite dans ses affaires ? Que mon contrat et les vidéos avaient disparu ? Comme je faisais profil bas, il n’y avait aucune raison qu’elle souhaite me les exhiber à nouveau pour me menacer et s’aperçoive qu’elles n’étaient plus là, mais je me méfiais comme de la peste de son tempérament imprévisible – qui ne l’était plus depuis longtemps pour Ariella.

 J’étais censée rester toute la soirée, finir mes heures comme si de rien n’était pour ne plus jamais revenir, mais je m’en sentais incapable. Chaque seconde qui passait s’apparentait à une torture. Tout ici me devenait insupportable.

 Je remarquai que personne ne faisait attention à moi depuis plusieurs minutes et je décidai d’enfin en finir avec toute cette tragédie. Je me glissai alors vers la sortie, passai la porte automatique comme si de rien n’était, puis, une fois sur le trottoir, je m’enfuis en courant. Je fonçai dans les rues, sans regarder où j’allais, comme quand j’étais plus jeune et que j’étais en colère au point de fuguer. Mais cette fois, c’était la peur qui me guidait, l’adrénaline dans mes veines qui me donnait la force de courir, tête baissée, pour ne jamais être rattrapée.

 Au bout d’un temps que je fus incapable d’estimer, je finis par m’arrêter au coin d’une ruelle sombre pour reprendre mon souffle. L’odeur de la benne à ordures tout près de moi ne m’incommodait pas. Je n’aurais même pas hésité même pas une seconde à plonger à l’intérieur si cela me permettait d’échapper à Sabrina.

 J’étais censée rejoindre Ariella, mais je n’avais aucune idée de l’endroit où je devais la retrouver. Je n’avais même pas un numéro de téléphone pour la contacter. Je ne pouvais pas rentrer chez moi non plus : aucune ligne de bus ne circulait aussi tard dans la nuit, et je n’avais pas assez d’argent pour prendre un taxi.

 Le quartier où je travaillais regorgeait d’hôtels et motels, mais je n’avais aucune envie de franchir la porte de l’un d’eux. J’en avais peur, en réalité. Je me demandais si l’hôtel de Sabrina était le seul à prostituer ses filles, ou bien si chaque hall d’entrée constituait un nouveau piège qui attendait de se refermer sur moi.

 Je quittai la petite ruelle, et me mis à marcher sur la route principale. Je regardais partout autour de moi ; je cherchais à m’assurer que Sabrina ne m’avait pas suivie. A mon plus grand soulagement, je ne la vis nulle part. Elle ne s’était probablement pas encore aperçue que je m’étais enfuie, mais je savais que je ne perdais rien pour attendre.

 J’avais beau être toute seule, la nuit, dans un quartier mal famé et des rues désertes, je me sentais beaucoup plus en sécurité qu’entre les griffes de Sabrina et son hôtel de malheur.

 J’avais froid, je frottais mes mains l’une contre l’autre. J’avançais tout droit, je songeai que je finirais par atteindre l’immeuble d’Eddy et Liesbeth si je continuais à marcher sans jamais m’arrêter. J’aurais pu les appeler pour leur demander de venir me chercher, mais je ne voulais pas leur raconter ce qui m’était arrivé, surtout à Liesbeth qui avait le cœur fragile.

 Je songeai alors à retourner au bar où j’avais pris un verre un peu plus tôt avec Ariella. Je supposai que c’était là qu’elle attendrait, puisque c’était le seul lieu que nous avions en commun en dehors de l’hôtel.

 Comme je m’en doutais, elle y était, assise sur le rebord du trottoir. J’avais beau la connaître depuis très peu de temps, j’étais ravie de la voir. Elle me rendit mon sourire.

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