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 Ariella avait très vite démissionné de son poste chez Host & Fisher Immobilier. Elle trouvait le classement d’un ennui sans fond. Je ne pouvais pas lui donner tort, mais je préférais rester parce qu’il me payait bien et que je voulais économiser pour pouvoir louer un appartement plus grand.

 Elle avait fini par trouver un emploi de vendeuse dans une petite confiserie. Le patron, Dominic, l’avait jugée adorable – elle m’avait par ailleurs grandement remerciée pour mes conseils – et l’avait engagée sans poser la moindre question. J’imaginais qu’il n’avait pas la moindre idée du passé criminel de sa vendeuse, à qui il laissait le champ libre pour côtoyer des enfants d’à peine dix ans. Même si elle adorait les enfants, je n’étais pas certaine qu’elle avait une excellente influence sur eux, étant donné ce qu’elle me racontait des conseils qu’elle leur prodiguait : elle avait appris à l’un d’eux quelques astuces de triche pour son prochain contrôle de math, elle était même allée jusqu’à expliquer à un gosse de douze ans comment faire le mur.

 Quant à moi, je rencontrais peu de monde durant la journée. Je passais mon temps de travail avec mes écouteurs vissés aux oreilles. Souvent, le midi, je commandais de quoi me faire livrer dans mon bureau. Parfois, Mike m’invitait à déjeuner, dans la même brasserie, la Brasserie des Arts, où nous étions allés la première fois. A chaque fois, Stan, le serveur, passait tout le repas à loucher sur moi. Il ne m’avait plus adressé la parole depuis le jour où il m’avait mise en garde contre mon patron, mais je voyais que me regarder déjeuner en compagnie de cet homme qu’il n’appréciait pas le dérangeait.

 Ce jour-là, Mike paya, puis quitta l’établissement le premier. Je lui emboîtai le pas mais fus arrêtée par Stan. « Tu as une minute à m’accorder ? », demanda-t-il d’un air gêné. Mon patron m’adressa un clin d’œil complice, comme s’il me donnait sa bénédiction pour arriver en retard si d’aventure je souhaitais conclure quelque chose avec ce garçon que je ne connaissais pas.

 Je hochai la tête, et Mike m’abandonna alors auprès du jeune homme.

 – Qu’est-ce que je peux faire pour toi ? lui demandai-je.

 – Je vois bien que tu n’as pas l’intention d’écouter mon conseil de l’autre fois, murmura-t-il.

 – Pourquoi je le ferais ? Tu ne m’as donné aucune explication. Je n’ai pas l’habitude d’écouter les rumeurs, surtout quand elles viennent de la part d’inconnus.

 Il sembla se sentir attaqué par mon ton tranchant, mais je n’aimais pas sa façon de dire du mal de mon ami. Encore moins lorsqu’il ne me semblait y avoir aucune justification.

 – Ok, je suis désolé. Je voulais juste te prévenir…

 – Mais de quoi est-ce que tu veux me prévenir ? m’impatientai-je, croisant les bras.

 Il jeta un œil à la tour de bureaux, face à lui, comme s’il cherchait à s’assurer que Mike ne pouvait pas l’entendre.

 – Ça fait quelques temps que je bosse dans ce restaurant, et les employés venaient souvent y manger avant que ton patron ne décide d’en faire son QG. Avant que les salariés ne désertent, je les ai entendu dire que ton Mike faisait des choses pas très catholiques pour obtenir des terrains constructibles…

 – Quel genre de choses ?

 – Genre provoquer des coupures d’eau, envoyer des cambrioleurs ou pire encore, provoquer des fuites de gaz. Il ferait n’importe quoi pour chasser des locataires.

 Si je comprenais l’indignation de ce garçon, je saisissais beaucoup moins son besoin de me la faire partager. De quoi comptait-il me protéger ? Mike aurait-il des vues sur mon immeuble ? De ce que j’en savais, ce n’était pas le cas.

 Face à mon air perplexe, Stan reprit :

 – Ecoute, je veux juste que tu saches pour qui tu travailles. Je te vois discuter et rire avec lui, mais tu ne peux pas lui faire confiance. Je t’en prie, ne le laisse pas entrer dans ta vie…

 Je levai les yeux au ciel. Je le trouvais pitoyable. Pourquoi cracher sur quelqu’un à qui il n’avait jamais parlé, répandre une rumeur odieuse alors qu’il n’avait d’autre source que des racontars de bureau qu’il avait vaguement entendus ?

 Je fis volte-face sans prendre la peine de lui répondre, mais il n’abandonna pas la partie pour autant.

 – Ecoute, il y a des choses que je ne t’ai pas dites parce que tu ne me croirais pas… Tape seulement son nom dans la barre de recherche Google et tu verras ! me cria-t-il alors que je m’éloignais.

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