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 J’avais terminé ma journée sans repenser aux paroles de Stan, et j’étais rentrée pour retrouver Ariella sans que ses mots n’effleurent davantage mon esprit. Ce ne fut que lorsqu’Ariella, qui venait d’avaler presque tout rond l’un des sushis qu’elle avait commandés pour nous deux, me demanda comment s’était passée ma journée que ma conversation avec Stan me revint à l’esprit. Je lui racontai dans les moindre détails les mises en garde de cet énergumène.

 – Et tu l’as fait ? m’interrogea-t-elle en touillant sa sauce soja salée avec ses baguettes.

 – Fait quoi ?

 – Taper son nom dans Google.

 – Pourquoi je le ferais ?

 – Je n’en sais rien. Juste comme ça, par curiosité. Tu ne veux jamais savoir ce qu’on dit sur les gens que tu rencontres ?

 Je haussai les épaules.

 – J’ai l’impression que tu n’es vraiment pas curieuse, insista-t-elle. Tu ne veux jamais rien savoir !

 – Crois-moi, c’est mieux comme ça. Si je commence à creuser, je suis presque sûre que je finirai par le regretter.

 – Est-ce que tu sais le faire, au moins ?

 – Oh que oui ! Et c’est par expérience que je te dis que je vais le regretter.

 A vrai dire, j’avais réussi à m’éloigner de ma propre curiosité après la déception de mon père biologique. J’avais eu si mal, si longtemps, après avoir découvert sa pathétique personnalité, que je m’étais promis de ne plus jamais chercher plus loin que ce que l’on voulait bien me dire. J’étais une partisane de l’adage « toute vérité n’est pas bonne à dire. » Et parfois, je m’imprégnais un peu trop de ce dicton.

 Pourtant, ce soir-là, poussée par Ariella, j’attrapai mon MacBook rose et entrai le nom de Mike Host dans mon moteur de recherche. Je songeai que les illusions pouvaient parfois être pires que la vérité. Il ne fallut qu’une demi-seconde à Google pour nous proposer toute une flopée d’articles mentionnant notre mot-clef. Je double cliquai sur le premier résultat.

 S’afficha alors un article du New York Times, illustré du portrait de Mike et Vanessa sur lequel je m’étais attardée lorsque j’étais arrivée chez lui pour la première fois. Ariella et moi en lûmes l’intégralité et, à mesure des mots que je lisais, mon visage se décomposait. D’une façon implicite, Mike était accusé d’avoir sciemment ôté la vie de sa compagne. Un non-lieu avait été prononcé pour manque de preuve. Vanessa n’était pas décédée dans un accident de voiture, comme l’avait prétendu Mike, mais elle s’était suicidée. Elle avait sauté du toit de sa propre maison. Sa chute lui avait été fatale : elle s’était brisé le cou en tombant. Et Mike avait été accusé de l’avoir poussée. C’était peut-être de sa peur de son mari dont elle parlait dans les lettres que nous n’avions pas lues…

 J’étais choquée et un regard échangé avec Ariella m’informa qu’elle l’était autant que moi.

 Je refermai violemment l’ordinateur portable, comme si ne plus avoir l’article sous le nez pourrait effacer de mon esprit les horreurs que nous venions de lire.

 – Tu crois qu’il l’a fait ? demanda-t-elle d’une petite voix.

 – Je n’en ai pas la moindre idée…

 – Tu vas continuer de travailler pour lui ?

 Je ne répondis pas à sa question. Je n’en savais rien non plus.

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