Le paintball : 19 avril 2025, huit mois après la rentrée
Comment m’étais-je vêtu ? Je n’en sais trop rien. À quelle heure c’était ? Non plus. Mais je pourrais vous décrire ce jour comme si c’était hier.
C’était l’anniversaire de Corentin. Il nous avait donné rendez-vous au paintball, à Sainte-Suzanne. Le chemin avait été long et les petits chemins étroits et sinueux ne finissaient pas. Nous étions passés à travers les champs de canne. Nous voyions encore les dégâts du dernier cyclone. Garance avait été monstrueux, il y avait eu plusieurs morts. J’étais arrivé là-haut en même temps que Lila. Corentin était déjà là. Katie arrivait aussi. Nous étions montés, Lila et moi, dans la voiture luxueuse de Katie pour monter un peu plus haut.
— Vous avez acheté quoi vous ? avait demandé, surexcitée, Lila.
— Une peluche et une voiture en Lego Technic, avait répondu Katie. Je savais pas trop quoi prendre, avait-elle ajouté.
— Moi j’ai pris un livre sur les Formule 1 et je lui ai fait un bracelet, avait dit Lila.
— C’est cool, c’est cool, avais-je commenté. Je me demandais si mon cadeau allait lui plaire.
— Et toi ?
— Vous verrez, avais-je dit malicieusement.
Nous étions arrivés, il faisait chaud et le soleil cognait. L’air était pourtant frais. Ça sentait les rayons de soleil du matin. Je sortais de la voiture précipitamment pour me dégourdir les jambes. Nous avions salué le père et la mère de Corentin. Celui-ci était grand et mince, avec des lunettes de soleil et une barbe de 3 jours tandis que celle-ci était plus petite, aux cheveux grisés. Elle avait les mêmes lèvres que lui. Cette femme s’appelait Aurélie et je souriais en me rendant compte que c’était la contraction de mon prénom et de celui de ma sœur. Elle était extravertie et souriante, tout comme lui. Son père, plus imposant, restait à l’écart et nous observait.
Un homme était arrivé en camionnette et il nous avait tous emmenés sur le terrain, les parents eux restaient là à discuter et à installer le pique-nique sur les tables. Nous étions montés donc dans la remorque de la camionnette. Sans ceinture, sans toit, sans vrais fauteuils, juste sur des planches en bois. La camionnette prenait de la vitesse et mes cheveux volaient. Le tee-shirt de sport « la flamme olympique » de Corentin se frottait à mon bras, virevoltant dans le vent. Un trou et hop, tout le monde rebondissait en hurlant, provoquant un fou rire du conducteur.
Nous avions bondi hors de la remorque, atterrissant dans la boue. L’homme, la casquette à l’envers, nous expliquait les consignes de sécurité. J’étais la seule à avoir déjà fait du paintball. Il jouait à nous faire flipper.
— Donc vous prenez pas de balle parce qu’après les belu… Ils sont… ÉNORMES !
Lila paniquait.
Nous avions commencé et formions deux équipes. Il y eut Tarek, Corentin, Lila et moi face à Denis, Emma, Katie et Jérémy. Les feuilles bruissaient. Notre équipe gardait le fort. Les garçons s’étaient postés discrètement à l’étage. Lila et moi étions en bas, derrière le mur, à côté de la fenêtre, prêtes à se retourner et à tirer. L’homme à la casquette siffla depuis son abri le début du jeu. Le silence régnait et l’on entendait que les feuilles bruissaient et nos respirations haletantes d’angoisse et d’adrénaline. Je repérais grâce à mon ouïe fine des pas sur notre gauche. Il était en contre-haut, sur la montagne. Je le signalais à Lila. Je les entendais puis, plus rien. Je compris : le calme avant la tempête.
Je criai fort : « ils sont là, à gauche » pour que les gars m’entendent. Je m’agenouillais et tirais plein feu, esquivant les balles de peinture en me planquant derrière le mur. La partie dura une heure, nous rampions, courions et putain ce qu’on s’amusait. La partie finie, nous avions repris la camionnette. Cette fois-ci il était allé plus vite et je m’accrochais à Corentin en voyant le chemin défiler à ma droite, à une vitesse folle.
En arrivant, on fit une photo. J’avais le soleil dans les yeux et j’agrippais Lila en riant aux éclats de je ne sais quoi. Corentin me regardait de derrière en souriant, les mains sur les hanches. Katie formait un cœur de ses mains, placé juste devant ses joues rougies par le soleil. Denis souriait et à cet instant, tout semblait parfait. Je me sentais à ma place. Maintenant, quand je contemple cette photo, je sens la nostalgie me monter à la gorge… Pourquoi ? Vous verrez, patience.
Après ça, les filles étaient parties se changer dans un coin de la forêt, derrière un arbre. En revenant, nous voyions Denis, torse nu, en train d’enfiler son tee-shirt. J’avais rapidement détourné les yeux et il riait, nous demandant s’il nous dérangeait pas trop...
Nous avions mangé, c’était super bon. Le vent soufflait doucement, à notre grand plaisir. Le parfum de Corentin embaumait mes narines quand je me retrouvais derrière lui, le vent emportait son odeur à moi. Il avait mis un polo orange Lacoste et un short bleu.Il était habillé exactement comme le jour de notre rencontre.J'étais toujours moi, il était toujours Lui mais tout était différent. Et si c’était lui que nous avions surpris torse nu et pas Denis ? Je me perdais dans des pensées…
— Aurou ?
— Oui ? bredouillais-je, sortant de mes pensées brusquement.
— On fait un loup-garou ? avait proposé Jérémy.
Ainsi, nous avions joué au loup-garou, à mascotte, au foot et j’en passe l’après-midi. Je ne pouvais me retenir de le frôler. Quelque chose en moi criait que j’avais besoin de lui. Assise avec les filles, jouant à action ou vérité, je gardais un œil sur lui, tandis qu’il jouait au foot avec les mecs. Chaque fois qu’il marquait un but, il se tournait vers moi, l’air glorieux, avec ce sourire, pour vérifier que j’avais bien vu. Un peu plus loin, je remarquais que sa mère me regardait en souriant.
Arriva le moment des cadeaux. Il ouvrit celui de Denis et Emma : c’était une maquette d’A380, son avion préféré. Il les remercia, un grand sourire sur les lèvres en contemplant avec de grands yeux de gamin la maquette à construire. Ensuite, il découvrit les cadeaux de Lila, Katie, Tarek... Il ne restait que le mien. Il déchira délicatement l’emballage et je sentais mon cœur s’emballer de stress : faites que ça lui plaise ! Il sortit le polo Mercedes que j’avais acheté avant-hier en centre-ville avec maman, dans cette boutique super classe parisienne. Il est parisien... Le polo était noir avec des détails bleu-vert. L’insigne de son écurie préférée de formule 1 ornait le coin droit. Il était vraiment classe ce polo. Ses yeux brillaient d’émerveillement.
— Trop classe ! avait-il dit, ne lâchant pas le vêtement des yeux.
— Oui, trop classe, avait dit sa mère. Je sens qu’il va le mettre au collège et nous ramener des observations pour ne pas avoir mis l’uniforme.
Dommage, je ne le verrais jamais avec, avais-je songé.
— Merci, m’avait-il murmuré, en aparté, un peu plus tard, me caressant l’épaule, provoquant des frissons sur ma peau.

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