Chapitre 20
Les jours qui suivirent laissèrent à Daniel toute l’opportunité d’apprendre les moindres détails de son précieux journal par cœur.
Le matin, il se promenait dans le parc. Il s’était lié d’amitié avec le vieux jardinier barbu, Bob, qui entretenait les espèces rares.
- Je connais le petit Rowan depuis qu’il est tout ch’tiot. C’est un bien gentil garçon. Il m’aide toujours à porter les charges trop lourdes pour moi.
En effet, le fugitif avait croisé le jeune homme à plusieurs reprises. Ce dernier gardait une distance polie et cordiale, mais sa relation amicale avec Bob le troublait.
Le bonhomme avait réussi à gagner sa confiance à l’aide de silences confortables et d’explications passionnées, et Daniel n’imaginait pas qu’il puisse éprouver autant d’affection pour une famille toxique. Il s’était vu dans l’obligation de remettre en cause son jugement.
Dame Elowen lui rendait visite tous les après-midi à quatre heures, accompagnée d’une petite servante qui poussait un chariot supportant un goûter appétissant.
- Je vais te remplumer ! lui avait-elle promis.
Petit à petit, il se laissa gagner par l’ambiance. Il écoutait la Dame lui raconter ses exploits de jeunesse et ses combats héroïques, les yeux brillants.
Puis Rowan commença à se joindre à eux. Dix minutes d’abord, puis plus longtemps. Enfin, il vint même seul, pour tenir compagnie au convalescent qui quittait peu son lit et dormait longtemps.
Il ne leur faisait pas encore totalement confiance, mais suffisamment pour se détendre en leur présence et ne plus sursauter au moindre geste inattendu.
Ce matin-là, il traînait au lit, et le loup s’était assis sur la liseuse, un ouvrage entre les mains.
- Dis.
- Oui ?
Il leva aussitôt les yeux vers le jeune homme, qui grimaça timidement.
- Quand tu as dit… la première fois… que tu ne lèverais jamais la main sur moi, c’était vrai ?
L’expression de Rowan s’adoucit.
- Oui.
- Tu le jures sur ta mère ?
- Oui.
- Pourquoi ?
- Parce que tu mérites qu’on te traite avec respect. Comme un être humain. Pas comme une chose.
Daniel fronça les sourcils, pas entièrement convaincu, mais estima que c’était suffisant pour le moment. Il hocha la tête.
- Je pense que je vais rester ici.

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