Ɛclipse

de Image de profil de AstroraphAstroraph

Avec le soutien de  ThomasRollinni, LauraAnco 
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  • Qui es-tu ?

L’être aux cheveux d’argent ne répondit pas. Plantée là immobile, depuis la pointe d’Etretat, elle contemplait l'étendue maritime, offerte à perte de vue. En contrebas, le chant des vagues, à l’assaut sans cesse de la muraille calcaire, semblait rythmer le diapason du vent froid de Normandie, lequel faisait danser la crinière de cette obscure inconnue. Une mer de sombres nuages, prête à se rompre, régnait en parallèle dans les cieux. L’accent du déluge ainsi promis était amplifié par la conjugaison du grondement de la houle au sifflement des bourrasques.

  • Mon identité ne t’est pas donnée, mais à l’inverse je sais qui tu es.

Sens en alerte, l’importun se décida finalement à s'approcher de la falaise. Son pas, lent et infaillible, était d’une fluidité sans pareil, comme si la pesanteur lui était exempte, glissant telle une ombre au travers des bourrasques d’automne. Une traînée de poudre cuivrée accompagnait sa foulée céleste, balayée aussitôt par la météo agitée. Il se stoppa net face au vide, aux côtés de la mystérieuse, mais l’horizon lointain continuait d’accaparer cette dernière. Au profil, il devina un visage allongé, centré d’un nez effilé, lui-même promontoire de lèvres cyanosées en contraste absolu de sa peau exsangue.

  • Tu es comme moi, affirma-t-il.
  • Je ne peux le nier.
  • Pourquoi as-tu fait cela ?
  • Quels faits me reproches-tu ?
  • Ne joue pas l’innocence. Je sais que tu es l'auteure de ce raz-de-marée. Le tsunami que tu as provoqué sur les côtes a emporté des milliers de vies.

Elle soupira sans un égard pour son délateur.

  • Il est vrai. Mais si tu n'étais pas intervenu, les conséquences auraient été tout autres, se félicita-t-elle.
  • Ne recommence pas.

À cet impératif, jugé incongru, elle daigna se détourner du panorama, dévoilant enfin son regard sans commune réplique. Lunaire serait le qualificatif approprié, car deux iris opalins, vierges de toute pupille, trônaient fiers dans les grands orbites de cette meurtrière, comme deux perles suspendues, dérobées des abysses. Des ancêtres communs seraient attribués à ces deux individus tant la singularité de leurs prunelles, animées en leur sein d’une lueur perpétuelle, était unique.

  • Quels en seraient les représailles ? répondit-elle le sourcil haut.

Le jeune homme resta indifférent à la provocation. Circonspect malgré tout, il ne savait pas comment s'y prendre avec cette inconnue aux intentions douteuses. Mais d'inconnu, elle n'en avait que le titre puisqu'il devinait sans nul doute ses origines nébuleuses. Des origines qu’ils partagent tous les deux.

  • Serais-tu présomptueux au point de croire que tu es le seul à veiller sur Terre ? Elïo, fils de Mère solaire ?
  • Je le répète : qui es-tu ? Et quels sont tes desseins ?
  • Je ne veux ni plus ni moins que la même chose que toi, mon très cher frère. À la différence près que mon libre-arbitre est resté sauf de toute émotion superflue.

L'œil déjà sévère d’Elio se plissa davantage.

  • Ton aura est impressionnante. J’en échapperais un frisson si je n’étais pas ton aînée.

Par delà leur discorde, la promesse de l’orage continuait de dominer les cieux. Un obscur cyclone nuageux tournoyait à l’épicentre de leur position. La pénombre régnait et le rugissement des vents soulevait l’océan à mesure de leur discussion.

  • Ne recommence plus. Je ne me répéterai pas.
  • Crois-tu pouvoir m'influencer ?

Elle dressa haut le poing, pouce et majeur en opposition, resta ainsi de longues secondes, de défi, puis claqua ses doigts l’un contre l’autre. La scène tout entière disparut aussitôt. Des couleurs de la vie, il ne restait que le néant et du désordre météorologique, un silence assourdissant.

  • Tu voulais connaître mon identité ? Ceci devrait t’aiguiller.

Elïo regarda tout autour de lui. Où qu’il se projeta, la morbidité d’un désert gris s’offrait à lui. Pas l’ombre d’un édifice ou d’une quelconque végétation ne se dressait au loin, mais de multiples cratères de différentes tailles ponctuaient la surface de cette surface stérile. Dans ce monde terne et sans âme, son interlocutrice lui apparut tout à coup beaucoup moins livide, comme si sa peau diaphane brillait tout compte à coup de mille feux.

  • Comment as-tu procédé ?
  • Ta prétention n’a donc aucune limite ? Tu n’es pas le seul à disposer de faveurs des astres.

Il savait pertinemment qu’elle n’avait rien à voir avec le commun des mortels. Il l’avait senti dès lors que leur essence étaient entrées en résonance, mais tout puissant qu’il soit, il était dépourvu d’une telle capacité.

Elïo leva le nez en l’air. L’absence totale d’atmosphère laissait libre cours à la perspective. Dans un coin du cosmos, il aperçut une planète bleue. Il avait foulé sa surface une paire d'années par le passé.

  • Alors ? As-tu deviné ? La Lune, ici-même, est mon astre-mère.
  • Cela ne m’explique pas tes actions ni tes objectifs.
  • Je te l’ai dit.
  • Auras-tu la décence d'éclaircir tes propos ?

La femme au regard sans fin s’esclaffa.

  • Qu’est-ce qui te fait rire ?
  • Toi. Tu t’exprimes comme eux !
  • Tu parles des êtres humains ?
  • Qui d’autre ? Je suis dans la confidence de ta mission. Celle qui te chargeait de les évaluer, de juger ou non de leur capacité à changer, à se repentir, mais surtout celle qui te chargeait de statuer sur leur avenir. Mère-Soleil pensait faire le bon choix en te la confiant. Malgré ses doutes, elle supposait que l’Homme pouvait mériter une seconde chance et toi, naïf et benêt tu ne pouvais que te faire influencer par ses créatures sans scrupules. Quinze ans après, force est de constater que c’était une erreur. Oh, mais ne me regarde pas avec ton regard de feu, je ne suis pas né du dernier astéroïde.
  • Penses-tu être plus impartiale ?
  • Ne le prends pas mal, mais sans nul doute possible, oui. Je conçois que tu aies été aveuglé par leurs faux-semblants, touché par leurs fragiles sentiments. Mais il n’en sera pas de même pour moi.
  • Tu es donc chargé d’anéantir l’humanité ?
  • Ne fais pas l'effarouché. Je sais qu’au fond de toi ton choix est empreint d’amertume, je le sens. Ton aura ne ment pas.

La crispation d’Elïo se fit entendre jusque dans ses phalanges. Il zieuta une nouvelle fois la planète bleue au-dessus de leur tête.

  • Donne-moi ton nom.
  • Qu’est-ce que cela changerait ?
  • Tu m’as qualifié de frère. J’estime avoir le droit de connaître ton nom.

Elle afficha un sourire obséquieux.

  • Je me prénomme Selenë.

Elle réitéra son claquement de doigts. Elïo retrouva seul le décor de Normandie. La pluie, comme suspendue jusqu’alors, se déversa en trombe sur le champ.

Science-fictionFantastique
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Chapitre 1Chapitre9 messages | 6 jours

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