Chapitre 17

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Claire
Appartement 54

Je finis d'appliquer de la crème sur mon dos. Le couteau m'a fait une belle écorchure mais rien de grave. Juste une cicatrice pendant quelque temps. Maintenant je dois appliquer une crème cicatrisante matin et soir et dormir sur le côté. Et le pire dans tout ça, c'est que je n'ai toujours pas payé ma dette. Nathan ne m'accordera pas un jour de plus.

Avec Sarah, on s'est mis d'accord : on y retournera le jour de l'inauguration du nouvel immeuble. Nous serons toutes les deux présentes à l'événement ce qui sera plus facile pour avoir un alibi au cas où. Nous retournerons cette fois-ci au squat initial. Puisque ça fait un moment que nous n'y avons pas été, peut-être aurons-nous moins de risques de nous faire chopper ? C'est un grand squat et on aura plus de chances d'arriver à faire ce qu'on doit faire. De toute façon, ce jour-là sera le dernier pour honorer notre dette, alors nous ferons ce qu'il faut. Je regrette d'en arriver là, mais je suis allée trop loin pour reculer maintenant.

Un peu plus tard, je sors d'un rendez-vous avec mon agent. Il y a une nouvelle pièce de théâtre dont l'écriture est bientôt terminée. Les castings ne sont pas encore ouverts, mais il a eu vent de cette nouvelle par son réseau.

- Je nous ai organisé une rencontre la semaine prochaine, m'annonce-t-il. C'est une personne avec qui j'ai déjà travaillé dans le passé. Il est exigeant, mais c'est surtout quelqu'un de passionné. S'il voit que tu comprends sa vision de la pièce, il peut t'attribuer le premier rôle. Ce n'est pas seulement du talent qu'il recherche. Il veut avant tout quelqu'un capable de comprendre son univers à lui.
- Je vois ce que tu veux dire. Hâte de le rencontrer !
- Super. Il t'expliquera la pièce et les rôles. Ne te jette pas forcément sur le premier rôle, ou il pourrait te percevoir comme une opportuniste. C'est important que tu lui poses aussi des questions. Mais je ne me fais pas de soucis pour toi, je sais que tu es passionnée par le théâtre.

Quelques jours plus tard, je sors de ma séance avec le Docteur Livier. Je commence à apprécier ces séances d'hypnose, et j'en ressens aussi l'efficacité. Mes cauchemars s'écourtent, et certaines nuits je ne fais aucun rêve.

Je file ensuite chez Catherine chercher ce dont j'aurais besoin pour ce soir.

Catherine m'accueille chez elle et me donne le matériel. J'ai donc dû lui expliquer que tout ne s'était pas passé comme prévu la dernière fois. Ce qui explique que j'ai si tôt à nouveau besoin de son matériel. Elle me semble très détachée de ce que je lui raconte. Je la sens préoccupée par quelque chose.

- Claire, me coupe-t-elle. Je dois vous faire part de mes récentes découvertes. Comme vous le savez, je souhaite vous accompagner dans votre quête contre Léviathan et ses gélules. Je compte aussi sur vous pour ne pas vous perdre dans vos ambitions. Vous semblez voir la vie comme une pièce de théâtre, mais n'oubliez pas le rôle qui vous reste à jouer.

Je n'apprécie pas tellement son ton directif. Alors je me lève et je lui montre ma marque sur le dos.

- Soyez certaine que j'ai ce qu'il faut pour m'en rappeler. Vous pouvez compter sur moi, Catherine. Qu'avez-vous découvert ?
- Les gélules noires possèdent l'essence de Léviathan, du moins une partie. Il peut ressentir ce que vous ressentez quand vous payez votre dette, par exemple. Aussi, il ne peut envoyer en enfer que les personnes sous l'emprise des gélules. Je sais également que seuls les vivants peuvent devenir des damnés.
- Si je comprends bien, il sait ce que je ressens grâce aux gélules. C'est donc comme ça qu'il sait que nous avons payé notre dette. Mais ça ne me dit pas comment lui nuire ? Il semble que le seul moyen de sortir de ce cycle soit la mort...
- Si une partie de son essence est en vous, Claire, alors peut-être que vous pourrez en savoir plus sur ce qu'il est, ce qu'il ressent, et peut-être même ses faiblesses ?
- Et comment je suis censée faire ça, moi ? Il possède des pouvoirs que je ne possède pas parce que c'est un démon ! La seule autre personne qui détient des dons ici, c'est vous, Catherine.
- Je ne me risquerais pas à prendre ses gélules noires. Bien que j'aie déjà beaucoup perdu, il me reste encore bien trop à perdre.

Et moi donc, alors ? Son raisonnement me perturbe. M'inciterait-elle à prendre de trop grands risques ? Aucune de nous deux n'a assez d'informations sur comment se rebeller contre Léviathan sans y laisser sa place. Il est trop tôt pour tenter quoi que ce soit. J'essaye toutefois de conclure notre entrevue sur une note positive.

- Au moins, nous avançons. Plus nous en saurons sur lui, mieux nous pourrons agir. Je vais réfléchir à ce que vous m'avez dit. Maintenant, je dois vous laisser. Je dois me préparer pour l'inauguration.

Quand je sors de son appartement, je me demande si Catherine n'a pas un double agenda. Bien qu'elle ne soit pas contrainte par les gélules noires, jusqu'où est-elle prête à aller pour retrouver sa fille ?

Quand j'arrive à la soirée d'inauguration, je repère quelques têtes familières : Nathan, Sarah, d'autres résidents et Monsieur le Maire. Je me mélange à la foule locale tout en profitant des petits fours. Nathan nous accueille avec un discours puis il introduit Sarah :

- Je vous propose de commencer cet événement avec une résidente de l'immeuble voisin. Sarah est une musicienne talentueuse avec une carrière prometteuse. Maintenant, écoutons ce qu'elle a à nous jouer.

Sarah fait son entrée avec une robe qui lui va à ravir. J'aurais aimé m'habiller aussi chic mais plusieurs de mes robes ont un dos nu. Hors de question que j'exhibe ma blessure.

Quand elle commence à jouer, toute la pièce devient calme. Et plus les notes se succèdent, plus la foule est envoûtée par sa musique. Les sons qui sortent de son violon sont d'une telle justesse ! C'est si agréable à écouter, cet instant est absolument parfait.

Maintenant, je réalise mieux pourquoi elle ne veut pas se passer des gélules. Comment peut-on décider de s'en passer après avoir vécu une telle perfection ?

Après avoir fait la rencontre de pas mal de personnes, je m'éclipse pour rentrer me changer. J'enfile des vêtements sombres, prête à retourner dans un squat crasseux. Sarah me rejoint en bas de l'immeuble et nous partons discrètement dans une toute autre tenue pour un tout autre événement.

Il nous reste quelques heures pour payer notre dette.

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