Julien l’Hospitali(s)er - Morgue conceptuelle
Genève, Suisse - 199X
Une chambre blanche à la lumière blafarde, une odeur d’antiseptique et un silence épais. L’absence de lumière naturelle d’une fenêtre close. Un air tiède.
En son centre, un lit médical à barrières et aux plis rigides. A côté, une table roulante et un verre d’eau intact. Des médicaments dans un pilulier.
Un corps maigre, peau cireuse, veines apparentes, mains osseuses. Yeux ouverts, regard fixe, absence d’éclat, fatigue ancienne. Très ancienne. Bouche entrouverte, souffle court, râle discret, gorge sèche.
La perfusion lente, goutte régulière de liquide clair dans un tube translucide.
Son rythme faible et ses constantes fragiles sur le moniteur par des chiffres verts. Aucune visite et une attente longue. Reste une chaise vide.
L’horloge murale au tic-tac sourd.
La peau contre les draps, dans une immobilité totale : un poids mort mais à la chaleur résiduelle.
Un nom sur un bracelet, identité réduite à quelques numéros.
Dossier médical : conforme.
Porte close. Porte ouverte.
Numéro de chambre identique, mais affichage du lit différent, un chiffre en trop.
Une posture absente de contrainte et à l’éclat persistant. Les couleurs criardes de son vêtement, une robe trop courte sur des jambes adultes, un corps robuste, des épaules solides.
Ses cheveux rouges grisonnants, les mèches rêches et des tresses épaisses aux rubans verts. Détonation de vie dans un présent presque mort.
Ouverture lente des paupières de la momie. Résistance des croûtes, cette matière sèche à l’adhérence fragile. Au-dessous de ces fines fissures, l’humidité des larmes. Les cils comme des amas granuleux, le pourtour d’une rougeur sourde.
La fente étroite, victime de l’intrusion brutale d’une lumière blafarde. L’œil terne, une surface trouble aux reflets sans netteté sur une présence incertaine.
Une larme neuve, un trajet hésitant et une coulure irrégulière. Un mélange de résidus secs. Humidité croissante et dissolution lente des croûtes.
Ouverture maintenue par un effort coûteux. Persistance minimale.
Dame mûre aux mains larges sur les barrières du lit. Paumes calleuses et lignes épaisses. Une pression ferme sur le métal froid, une légère vibration.
Son souffle rugueux, un rire bref et sa voix rauque. Son visage proche, chaleur vivante contre l’air tiède.
Larmes abondantes sur la joue du cadavre. Gouttes épaisses au bord des paupières, débordement lent. Un trajet irrégulier sur la peau cireuse, une accumulation au creux de la joue. Un mélange d’humidité neuve et de sel ancien, une trace brillante en une disparition lente.
Son regard fixe sur les yeux ouverts, une absence de retour. Surface sans réponse. La proximité insistante en une attente dense.
Une relique d’enfance, une présence tenace, une trace vive sous l’âge. Les épaules droites, un maintien obstiné, une tension diffuse.
La bouche entrouverte, des mots bas. Une reprise, la même formule, encore. Une légère variation, une hésitation brève sur un retour identique. Un cycle court, une reprise immédiate, une insistance sourde.
La respiration en une pause courte, reprise du souffle. De nouvelles larmes, un débordement rapide, des joues humides.
Fines rides dans le coin des yeux, marques précoces. Le regard vif, un éclat persistant, une pointe de défi. Présence entière d’un esprit intact, usure du reste.
Moniteur en rythme avec la cadence des mots. Décalage bref. Retour arrière.
Second moniteur sans déplacement visible.

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