VI – Petite brune
Caldwell Yacht Maintenance. Ethan Caldwell avait bien gagné sa vie avec son atelier de maintenance de yachts de luxe, sur la Côte Est. Il avait travaillé dur pour monter son affaire, séduire une clientèle riche.
Séduire.
Michael Murphy avait recueilli plusieurs témoignages. Ethan Caldwell était un séducteur. Pas uniquement dans les affaires. Il enchaînait les conquêtes.
L’homme était élégant, séduisant. Il en avait conscience. Des couples avaient explosé, et il n’y était pas pour rien. Après tout, si ces hommes n’étaient pas à la hauteur, leurs compagnes les délaissaient, ce n’était pas sa faute. En profiter ne lui avait jamais posé le moindre cas de conscience.
Les femmes… et les chevaux.
Les chevaux de course étaient son autre passion. Il possédait un ranch, élevait, entraînait des pur-sang, pour la course. Pour gagner. Et il gagnait. Les perdants n’avaient qu’à être meilleurs. En attendant, lui, raflait la mise, le plus souvent.
‑ Notre victime était un séducteur arrogant, Frank. Il n’hésitait pas à écraser la concurrence. Il regardait les perdants de haut.
‑ Il ne devait pas toujours être très populaire, analysa Armstrong.
‑ Ça ne donne pas le droit de le tuer, réagit Murphy.
‑ Non, répondit Delaney, mais ça peut donner des envies…
Murphy partagea d’autres informations sur la victime de Magnolia. Caldwell n’y habitait pas, bien entendu. Cape May. Cette jolie station balnéaire, ses maisons victoriennes, sa population aisée, sa marina…
Il y avait fait prospérer son atelier, aujourd’hui une véritable petite entreprise. Il s’y était fait bâtir un ranch en bord de mer. Le quadragénaire roulait en Porsche 911, mais son 4x4 n’était pas européen. Pour les tâches à la campagne, mieux valait choisir la robustesse américaine. Une Ford Bronco.
‑ Mais Cape May, remarqua Armstrong, c’est pas Magnolia. Qu’est-ce qu’il faisait là ?
‑ Voilà la bonne question, Agent Armstrong. Il a participé à un événement organisé au Tavistock Country Club, le golf, au nord de Magnolia.
‑ Un événement ?
‑ Ouais, Frank, un truc de riches et de très riches, parcours de golf, on traite affaires, on signe des contrats, on boit des verres, on drague… On a pu récupérer des enregistrements des vidéos de surveillance.
Le premier enregistrement montrait le parking du Country Club. Une Porsche 911 jaune roulait au ralenti, cherchant une place entre les Ferrari et les Lamborghini. La Porsche fut garée entre une Bugatti EB 110 bleue et une De Tomaso Pantera.
‑ Caldwell arrive, expliqua Murphy. Il vient discuter de nouveaux marchés. Des clients qui ont des yachts comme ceux-là ne roulent pas en Porsche.
‑ Très bien, et… continua Armstrong.
‑ Patience, mon gars. La vidéo suivante montre Caldwell au bar du lounge. Vous voyez, il vient de conclure une affaire avec un client. Il vient au bar. Il commande un verre. Et vous voyez la petite brune, juste à côté de lui, très jolie, avec ses cheveux longs ? Regardez-bien.
La jeune femme en question renversa accidentellement sa flûte de champagne sur Ethan Caldwell. Elle recula aussitôt, visiblement confuse. Trop, peut-être. Caldwell, lui, esquissa un sourire.
Alors que la jeune femme semblait se confondre en excuses, Caldwell lui, donnait l’impression de tenir l’occasion de bien finir la soirée. Il lui prit la main, lui parla, affichant un sourire charmeur.
‑ Elle lui laisse sa main, elle a l’air gênée, remarqua Armstrong.
‑ Alors que lui, compléta Delaney, on dirait qu’il a déjà oublié l’incident.
‑ Je vais accélérer la vidéo, annonça Murphy. Tenez-vous bien.
Les images défilèrent à grande vitesse. Puis Murphy repassa en lecture normale.
‑ Là, ça devient intéressant, dit-il.
‑ Qu’est-ce qu’elle fait ? demanda Armstrong.
‑ Elle prend ce qui ressemble à une carte de visite, qui traînait là, parmi d’autres.
La jeune femme écrivit quelque chose que les trois enquêteurs ne pouvaient distinguer, puis tendit la petite note à Caldwell, qui la lut et la glissa dans la poche de sa chemise.
La jeune femme approcha son visage gracieux de l’oreille de Caldwell, murmura quelque chose, se leva avec un sourire aguicheur et quitta le bar. Caldwell gardait un sourire de prédateur repu.
‑ Vous croyez que c’est notre petite carte ? demanda Armstrong.
‑ Soit c’est elle, répondit Delaney, et notre gars est amateur d’énigmes, soit il y a deux cartes…
‑ Qu’est-ce qui te fait dire ça ? demanda Murphy.
‑ Imagine qu’une fille te donne une carte, sur laquelle est noté « 2000 ». Tu afficherais le même sourire béat que ce type ?
‑ Non, répondit Armstrong. Ce sourire, c’est si j’y lis un numéro de téléphone.
‑ Alors, il doit y avoir une deuxième carte… et, probablement, d’autres vidéos intéressantes. Ça, ce serait bien l’arbre qui cache la forêt, conclut Delaney.
Murphy hocha la tête. Il savait ce qui lui restait à faire. Fouiller la chemise de Caldwell, et visionner les vidéos des abords du Tavistock Country Club. Et retrouver la mystérieuse petite brune.

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