Chapitre 13 : Je ne suis plus ton reflet
La matinée était étrangement paisible.
Trop paisible.
J’étais assise à côté d’Ochaco Uraraka dans une salle encore vide, observant les premiers rayons du soleil glisser sur les bureaux.
Mon cœur se calmait peu à peu.
J’étais ici.
À Yuei.
Réellement.
Par moments, j’avais encore peur de me réveiller.
Puis une alarme retentit.
Brève.
Sèche.
Un frisson me parcourut.
Ochaco se redressa.
Son visage pâlit.
Des voix éclatèrent dans le couloir.
Des pas précipités.
Puis—
je sentis cette présence avant même de la voir.
Mon sang se glaça.
Cette obsession brûlante.
Cette faim dévorante.
Cette affection possessive qui me connaissait mieux que personne.
La porte coulissa brutalement.
Himiko Toga se tenait là.
Souriante.
Belle.
Terrifiante.
Le silence se fit.
Tout mon corps se raidit.
Ochaco se plaça aussitôt devant moi.
Protectrice.
Le geste me bouleversa.
Himiko le remarqua.
Son sourire se fissura légèrement.
— Louise.
Sa voix était douce.
Comme autrefois.
— Viens.
Simple.
Naturel.
Comme si ma fuite n’avait jamais existé.
Comme si j’étais encore à elle.
Mes mains tremblaient.
La peur me traversa violemment.
Mes jambes voulaient reculer.
Mon esprit voulait céder.
Redevenir son reflet.
Pour que tout redevienne simple.
Puis je sentis la présence d’Ochaco devant moi.
Sa chaleur.
Sa confiance.
Et quelque chose se redressa enfin en moi.
Je fis un pas sur le côté.
Pour apparaître face à Himiko.
Mon cœur cognait si fort que j’en avais mal.
Mais ma voix sortit claire.
— Non.
Le sourire d’Himiko disparut.
Ses pupilles se contractèrent.
— Quoi ?
Mes jambes tremblaient.
Je continuai quand même.
— Je ne suis pas ta Louise.
Le silence fut total.
Ses yeux s’écarquillèrent légèrement.
Comme si elle n’avait même jamais envisagé cette possibilité.
Je sentis sa colère monter.
Brûlante.
Chaotique.
Sa douleur aussi.
Immense.
Mais ce n’était pas la douleur de perdre une sœur.
C’était celle de perdre un miroir.
Je déglutis difficilement.
Puis murmurai :
— L’amour… ce n’est pas ça.
Ses lèvres tremblèrent.
Son visage se tordit.
Et soudain—
sa colère explosa.
— Qu’est-ce qu’ils t’ont fait ?!
Sa voix claqua si fort qu’elle fit vibrer les vitres.
— Ils t’ont retourné le cerveau !
Ses yeux brillaient de rage.
De désespoir.
— Je t’aimais ! Je t’ai tout appris !
Mes larmes montèrent malgré moi.
— Justement.
Ma voix se brisa.
— Tu ne m’as jamais appris à être moi.
Le coup porta.
Je le sentis immédiatement.
Son émotion vacilla.
Puis son visage se referma lentement.
Froid.
Terrible.
Elle me fixa de longues secondes.
Puis sourit.
Un sourire glacé.
— Tu vas le regretter.
Chaque mot tomba comme une lame.
Mon corps tressaillit violemment.
La peur me transperça.
Elle le vit.
Et sembla satisfaite.
Puis, sans un mot de plus, elle se détourna.
Et partit.
Pour de bon.
Le silence qu’elle laissa derrière elle était immense.
Mes jambes cédèrent presque.
Ochaco me rattrapa aussitôt.
— Hé…
Sa voix était douce.
Rassurante.
Je tremblais encore.
Mais elle était là.
Alors je respirai.
Une fois.
Puis deux.
Et nous repartîmes ensemble vers la salle.
Mes pensées étaient floues.
Mon cœur épuisé.
Je regardais à peine devant moi quand—
BAM.
Je heurtai quelque chose de solide.
Très solide.
Je basculai en arrière.
Une main me rattrapa brusquement.
Et une voix explosa :
— BORDEL, FAIS GAFFE OÙ TU—
Je levai les yeux.
Un garçon blond aux cheveux ébouriffés me fixait avec une irritation spectaculaire.
Katsuki Bakugo.
Sa main serrait encore mon poignet.
Et le contact activa immédiatement Crimson Bond.
Une vague d’émotions me frappa.
Colère.
Immense.
Rancune tenace.
Fierté blessée.
Frustration brûlante.
Mais dessous—
si profondément cachées que lui-même semblait les ignorer—
de la gentillesse.
Brute.
Maladroite.
Féroce.
Une loyauté absolue.
Et…
Mon souffle se coupa.
Une chaleur étrange.
Fine.
Presque invisible.
Mais réelle.
Une forme d’amour.
Diffuse.
Confuse.
Comme une braise sous des tonnes de cendres.
Je restai figée.
Choquée.
Bakugo fronça les sourcils.
— Pourquoi tu me regardes comme ça, tête à claques ?
Je clignai des yeux.
Complètement perdue.
Parce que pour la première fois—
je venais de comprendre qu’on pouvait aimer
en hurlant plus fort que tout le monde.

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